Je me souviens parfaitement de ce mois de mars 2002, quand
Fear Factory a annoncé son split… Ahhh, je peux vous dire que j’étais bien dégoûté à cette époque, qu’un de mes groupes favoris stoppe sa carrière à cause d’une bagarre entre
Burton C. Bell et
Dino Cazares. C’est donc avec un sentiment mélangeant joie et étonnement que j’ai appris la nouvelle de leur réformation mi-2003, ce à quoi il fallait ajouter un peu de scepticisme vu que
Christian Olde Wolbers reprenait le poste de guitariste. Alors, me direz-vous, que vaut "
Archetype" ? Est-ce une tuerie, ou bien
Dino était-il irremplaçable ? La réponse dans quelques paragraphes, d’ici là, va falloir vous coltiner mon analyse !
Si "
Digimortal" était un album bien efficace, il était surtout calibré pour les radios. Ce qui ne l’a pas empêché de faire un gros flop. La double pédale de
Raymond Herrera (LA marque de fabrique de
Fear Factory par excellence) était quasi-inexistante, les chansons ne dépassaient pas les 4 minutes, et
Burton gueulait comme une fillette. Bref, même si ça accrochait l’oreille, y’avait de quoi être déçu. Et bien, fans de "
Demanufacture", rassurez-vous, le
Fear Factory qui fait du gros son sans concessions est enfin de retour !
Christian a retrouvé ses premières amours (la guitare), et il nous propose pendant une grosse heure une multitude de riffs plus brutaux les uns que les autres… A la manière d’un
Soulfly, le groupe américain a placé tous ses titres les plus agressifs en début d’album, et 6 morceaux durant, ça fait mal, très mal ! Les compositions sonnent comme du "
Demanufacture", avec la même hargne, la même qualité de riffs, et surtout cette batterie inhumaine de l’ami
Herrera. Les chœurs glauquissimes font enfin leur retour après 9 ans d’absence ("
Act of God"), et
Burton retrouve enfin l’usage de sa voix la plus gutturale…
"
Slave Labor" ouvre le bal avec un festival de riffs complexes et de cris rageurs :
Christian se montre à la hauteur du défi qui lui était proposé, mais c’est surtout
Burton qui fait un festival, passant de la voix la plus douce à des cris de mammouth sans faiblir. "
Cyberwaste", le premier single d’"
Archetype", fait immédiatement figure de classique, avec un refrain mémorisable en à peine quelques secondes. Un morceau très brutal qui dénonce tous ces forums où les soit-disant "fans" passent leur temps à balancer de fausses rumeurs ("
Nothing you say matters to us"). Ce morceau ressemble en de nombreux points à la chanson "
Demanufacture", c’est dire s’il déchire ! "
Act of God" est également une tuerie, à l’intro rythmée par la batterie survitaminée de
Ray ! Du très grand FF, où
Burton s’arrache les cordes vocales comme à la grande époque ! Que dire également du morceau titre de l’album, absolument magique et enivrant (merci les claviers de
Rhys Fulber !) ? A la fois lourd et mélodique, "
Archetype" fait intervenir de la guitare claire pour la seconde fois dans l’histoire de
Fear Factory, sans que l’on puisse cette fois crier au scandale. Les chœurs qui interviennent à la fin ajoutent en outre un caractère épique à ce morceau pas comme les autres…
Les samples électroniques rétros, largement présents sur "
Digimortal", sont à nouveau utilisés sur "
Corporate Cloning", un morceau où
Ray mitraille ses fûts dans un style proche du break de "
H-K (Hunter-Killer)". Pour la première fois depuis 1998,
Fear Factory réutilise des "samples à la Terminator" (comme sur "
Securitron" ou "
Pisschrist", rappelez-vous), pour introduire certains morceaux et leur conférer une ambiance glaciale et futuriste. C’est le cas sur "
Drones", LE morceau le plus indus de l’album :
Ray y joue tout simplement comme un robot déshumanisé !
Après 6 morceaux tous plus excellents les uns que les autres, l’album change de style, et prend une tournure plus mélodique.
Burt’ nous fait apprécier toute l’immensité de son talent, sur la très lente "
Bite The Hand That Bleeds". Même chose pour "
Undercurrent", un titre tout en contrastes (refrain très aseptisé/couplets ultra-vindicateurs). Sur "
Bonescraper", le groupe explose les limites du bourrinage musical, avec un
Raymond qui s’en donne à cœur joie dans une multitude de styles. Après ce déluge de violence, l’album se clôt par deux titres enchaînés, "
Human Shields" et "
Ascension" (un peu à la manière de "
Resurrection" et "
Timelessness"). En écoutant "
Human Shields", on retrouve l'influence des
deftones à la guitare, alors que le rythme se fait très lent pendant plus de 5 minutes.
Burton excelle dans un registre inhabituel (les cris mélodiques), et son timbre rappelle parfois celui de
Bono sur "
New Year’s Day". Notons au passage que cette chanson possède un caractère politique inédit chez
Fear Factory : elle fait en effet référence aux civils qui se sont rendus en Irak en mars 2003 pour faire office de boucliers humains au début de la guerre. Ce titre envoûtant est suivi d’un instrumental avant-gardiste de 7 minutes qui achève cet album de la plus belle des manières (on retrouve un peu l’ambiance de l’intro de "
Money For Nothing" de
Dire Straits, en plus ambitieux et plus moderne).
"
Archetype" marque donc le grand retour de
Fear Factory. Tel un phœnix, le groupe américain a su ressusciter et faire fi du passer pour devenir plus fort que par le passé… La fabuleuse combinaison guitare/batterie, inimitable sur la scène métal actuelle, est enfin de retour alors qu’on la croyait morte et enterrée pour de bon il y a de cela 2 ans.
Dino n’était donc pas si indispensable que ça, et
Christian lui succède avec brio. Toutefois, ne voyez pas en "
Archetype" le simple successeur de "
Demanufacture" :
Fear Factory a mûri, et il prouve sur la seconde moitié de l’album que l’on peut adoucir sa musique tout en gardant sa crédibilité artistique 100% intacte (contrairement à l’épisode "
Digimortal"). Chapeau bas messieurs.