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Behemoth : 1. Dérivé du mot "bête", quelqu'un ou quelque chose de taille et de puissance anormale. Synonymes : colosse, géant, goliath, poid lourd, monstre, titan. Et bien en voilà une bonne définition ! Et après avoir écouté "
Demigod", on risque fort d'être convaincu que le groupe aurait difficilement pu choisir un nom plus adéquat. Mais s'il n'est pas encore ce qu'on apelle une référence en matière de death, bien qu'une large communauté de fans serait surement ravie d'argumenter pour prouver le contraire, c'est bien grâce à ce nouvel opus que
Behemoth risque de le devenir. Après une dizaine d'albums déjà, il serait bien temps ! Ces trois polonais n'en sont effectivement pas à leur coup d'essai, et si certains de leurs albums ("
Thelema.6" et surtout l'obscure et marquant "
Satanica") ont été bien acceuillis de toutes parts, aucun n'est vraiment resté dans les annales. Mettons donc ça plutôt sur le compte de changements de line-up et de labels innintérrompus et voyons ce que ce "
Demigod" a à nous offrir de beau.
Un artwork des plus raffinés nous donne déjà un avant goût des plus alléchants de ce que contient la galette : mystique, original et frappant. Voilà les trois adjectifs qui iraient surement le mieux autant à cette magnifique pochette qu'à la musique elle-même. Et quelle musique ! Une vraie symphonie à la violence, les dix titres n'étant sans aucune exception rien d'autre que de véritables hymnes au carnage instrumental. Mais attention,
Nergal, vrai cerveau du groupe, auteur de talent, compositeur de génie, chanteur émerite et guitariste ryhtmique hors pair, a de quoi surprendre avec toutes ces cordes à con arc. Les intros et outro acoustiques embellissent à de nombreuses occasion le tout ("
Sculpting The Throne Ov Seth", "
The Nephilim Rising"…), ne faisant que rendre le contrast avec ce qui suit plus extrême, et sa voix originale ne manquera pas d'attirer l'attention. En effet, il ne s'est pas contenté que de quelques effets entendus et réentendus, mais a simplement enregistré ses titres avec trois voix relativement différentes puis les a superposées. Oui madame, il a triplé sa voix. "Ça doit être bordélique, on doit rien comprendre, blablabla…" est la première chose qui vient à la bouche de n'importe qui à qui on explique cette idée avant qu'il n'ait entendu le résultat. Mais c'est tout simplement avec la clarté d'un homme et la puissance de trois que hurle
Nergal. Bluffant. Et là on dit chapeau à
Daniel Bergstrand qui a mixé tout ça de manière à avoir un son le plus limpide possible.
Au niveau des compositions, "
Demigod" se démarque vraiment de ses prédécesseurs par le fait que le côté true black qui leur collait à leurs débuts a complètement disparu pour laisser place à un death furieux, rapide et surtout plus incisif (là encore merci au grand
Bergstrand). La batterie prend une place plus importante que jamais et on ne peut que s'incliner devant le jeu d'
Inferno dont le style est, heureusement, beaucoup plus original que le pseudonyme, parfois collant la basse hachée d'
Orion au plus près ("
Towards Babylon"), accentuant encore sa lourdeur, parfois se lachant complètement dans des syncopes psychédéliques et interminables, disséquant littéralement les riffs déjà rapides de la guitare à chaque coup de caisse claire ("
Slaves Shall Serve") et martirisant ses cymbales de petits roulement qu'il place telles de signatures au sein de chaque fill.
Mais au-delà de la performance musicale,
Behemoth a vraiment sû donner une âme, un fond à ce dernier album. Pour
Nergal, tout semble tourner autour de la religion, mais au lieu de piocher dans les clichés usés du christianismes et de ses dérives, il a plutôt choisi de revenir aux sources des religions polythéistes d'Europe du Sud et du Moyen-Orient. Et avec ses innombrables références à des divinités égyptiennes étranges, ses passages en latin, hébreux et autres langues usées dans de plus obscures incantations, les lyrics passent plus pour une thèse de théologie qu'autre chose.
Nergal se base donc majoritairement sur les légendes des demi-dieux égyptiens, enfants de divinités et de mortels, d'où le titre de l'album. Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, le tout est conté de manière assez poétique et soutenu par des recherches manifestement assez approfondies pour qu'au final on s'y intéresse.
Voilà donc un album béton, du death en même temps technique et d'ambiance avec une inspiration black pour des paroles presque épiques bien plus qu'originales, pour peu qu'on ne soit pas complètement imperméable au style et un minimum ouvert à la nouveauté.
Behemoth se fait donc sa petite révolution et monte donc d'un gros cran dans la hiérarchie des groupes extrêmes à écouter absolument.