« Comment choisir entre la mort et la gloire ? » se demandait
Pete Doherty sur
"Fuck Forever". A priori, et à l’écoute de ce deuxième effort de
BabyShambles, on est en droit d’imaginer que
Doherty, après tergiversations poudrées, a opté pour la deuxième option. Quoique…
Retour en arrière : il y a deux ans presque jour pour jour
BabyShambles sortait
Down In Albion. Il s’agissait là du premier contact du grand public avec ce génie torturé ou ce junkie qui sort avec Kate Moss, vision dépendante de la presse lue en amont. Personne n’a trop compris où le gars voulait en venir. L’album, sans être la catastrophe que certains se complaisent à décrire, contenait quelques bons moments mais surtout de longs passages ineptes et inutiles. Des concerts foireux et un EP foireux plus tard, conscient que l’alchimie des
Libertines avait disparue pour de bon et soucieux de ne plus se faire avoir, l’arrivée du single
"Delivery" s’est faite dans l’indifférence la plus totale.
Erreur. Ce titre est tout bonnement excellent. Parfait maniement du manuel du petit
Kinks ilustré, riff et solo directement inspiré de la paire
"You really got me"/ "All day and all of the night", BabyShambles signe là sa première vraie bonne chanson. Les paroles semblent confirmer : « a song that delivers me » chante l’anglais. L’option la gloire plutôt que la mort se confirme. Là, oui, on acquiesce et on se rue vers la suite.
Qui déçoit.
Ce
Shotter’s Nation (traduction : nation de drogués) est produit par
Stephen Street, producteur anglo-anglais s’il en est de
Blur première période, des
Smiths et dans le genre moins glorieux mais toujours Anglais,
Kaiser Chiefs. L’impression générale qui se dégage est que
Doherty, avec jeu de mots, est dans le bon rail. «
Recentré » a-t-on entendu. Si l’album n’est jamais désagréable à
entendre, il pose plus de problèmes lorsqu’on l’
écoute. En effet si l’homme au chapeau a semble-t-il choisi la gloire, il ne l’assume visiblement pas pleinement. Il nie l’évidence mélodique d’une bonne majorité des titres du disque en les noyant dans des arrangements qui se voudraient intéressants mais qui ne font que plomber le potentiel des chansons. Et dans ces moments, on repense à tout ce qu’on a pu entendre de lui : un être torturé, un génie incompris, un poète. Ce qu’on entend est un pauvre gars qui n’a rien pigé.
Exemple :
"UnBilo Titled" pourrait faire de l’ombre à
Oasis dans le genre ballade monumentale mais part dans tous les sens et jamais dans le bon. Le résultat est que ces trois petites minutes qui débutaient fort bien paraissent interminables.
"UnStookie Titled" fait encore plus fort, le titre est convaincant mais, sans prévenir et de surcroit d’une manière douteuse, le groupe se met à jouer un passage de leur, hum, tube
"Fuck Forever". Pourquoi cette auto-citation ? On ne sait pas mais c’est très raté, très frustrant et surtout très moche.
Doherty connaît ses gammes et ses classiques et s’il sait indéniablement écrire des chansons, il fait parfois dans le facile. Le futur single
"French Dog Blues", tout comme
"Crumb Begging", "You Talk" ou le bluresque
"Side of the Road" ont tous cette touche
Doherty reconnaissable, le petit arpège du début, ces enchainements d’accords un peu usés… Une recette, comme sur l'ouverture
"Carry up on the morning" et son débit élastique, typique de l'homme.
L’homme serait aussi un poète qui exprimerait tout son potentiel seul à l’acoustique. Les deux titres proposés ici n’ont rien de stupéfiant,
Doherty a bien mieux en réserve (à écouter les acoustic lullabyes). Cela dit, sur trois titres –sur douze…-
BabyShambles assure. Sur le single
"Delivery", sur la voltairienne
"Deft Left Hand" qui reprend tous les ingrédients de la tambouille citée plus haut mais avec l’étincelle de passion qui fait la différence, et enfin sur la charmante
"Baddies Boogie" dans laquelle le groupe mêle allégrement la brit-pop la plus craquante (merci
Stephen Street?) à un refrain plus punk pour un résultat tout bonnement parfait.
La majorité du disque, même s’il n’y a rien de honteux, est loin d’être à la hauteur des trois vrais bons moments de
Shotter’s Nation. Ces titres où
BabyShambles assume son versant pop font que peut être pour la première fois on peut s’intéresser à ce groupe autrement qu’à travers le prisme
Libertines ou celui presse people.
S’il a vraiment choisi la gloire, c’est par là que
Pete Doherty doit aller. Autrement il sera condamné à n’être que ce que l'on appelle poliment un musicien culte qui ne sort que des albums frustrants.
A l’image de celui-ci.