«
Le rock français, c’est comme le vin anglais » a dit
John Lennon, plus clairvoyant que ce que sa myopie laissait penser. En effet, on ne peut qu’admettre la triste vérité : la France n’est pas rock’n’roll. On navigue entre rock engagé, car lorsque l’on comprend les paroles, français oblige, il faut, absolument, dire quelque chose d’intelligent, et rock dérangé et caricatural.
Hushpuppies n’appartient à aucune de ces catégories et son deuxième album assure.
Le premier disque,
The Trap, portait bien son nom. De subtiles et sournoises mélodies s’y cachaient et accrochaient les neurones durablement. La pub ne s’y est pas trompée (
Ah ! Quelle horreur ! Une pub ! Mon intégrité d’auditeur est souillée !). Deux ans presque jour pour jour après
The Trap sort
Silence is Golden.
Bon, peu de surprises,
Hushpuppies refait peu ou prou le même disque. Alternance de titres, tous accrocheurs pas de canard boiteux ici, tour à tour plein d’entrain ou plein de retenue, ce deuxième album s’apprivoise très facilement.
Le style
Hushpuppies est toujours hautement reconnaissable, des riffs garages enrobé d’un onctueux son d’orgue.
Passéiste ? Non intemporel.
Silence Is Golden s’ouvre sur «
A trip to Vienna », harmonisé à la
Beatles période
Abbey Road avant d’enchaîner sur une partie plus rythmée et délectable, ce titre bicéphale est comme une montagne russe, une longue montée suivie d’une vertigineuse descente.
Hushpuppies a soigné ses contrastes, toujours capable de fulgurances power-pop («
Fiction in the facts ») enchaînées à des fascinantes ballades («
Lunatic’s song » ou "
Love bandit"). Le groupe étend ses influences et sonne parfois comme les
Queens of the Stone Age, sur le troublant «
Harmonium » ou sur le riff robotique du très bon «
Broken Matador ».
Robotique est aussi le mordant (voir les paroles) single “
Bad taste and gold on the doors”, clin d'oeil à tous les apprentis rock star.
La vraie différence avec
The Trap se situe au niveau de l’ambiance, son successeur est plus sombre même sur les moments de ludisme comme «
Hot Shot ». Plus sombre et moins ouvertement pop, on assiste moins à un enchaînement de chansons au potentiel tubesque mais
Silence Is Golden se veut aussi plus ambitieux. Preuve en est «
Down, down, down », encore un morceau double, qui s’ouvre sur une longue partie instrumentale rappelant avec joie le
Air de
Virgin Suicides (ce son de guitare) avant de céder la place à une complainte portée par une énergie empreinte de mélancolie. Très belle sombre réussite.
Silence Is Golden prouve avec joie que rock français n’est pas synonyme de
Noir Désir et tous ses clones.
Hushpuppies propose un rock classe et classieux et un deuxième album qui confirme tout le bien qu’on pensait d’eux.
Peut-être va-t-il falloir songer à goûter du vin anglais ?
confirmation !