Avec un superbe troisième album, une reconnaissance publique et critique, une tournée largement applaudie et une notoriété bienvenue, Kevin Morby peut savourer cette année 2016. Et comment mieux finir en beauté une année réussie en tout point que par une date au Grand Mix de Tourcoing ? Certains diront « par une date au Trabendo ». C’est ce que nous allons voir…

Round 1 : Première(s) partie(s)

Meg Baird n’a pas dû aimer ma tronche : à peine entre-je dans la salle qu’elle clôt son dernier titre et prend la poudre d’escampette en faisant coucou au public. On taira le fait que j’arrivais avec plus d’une demi-heure de retard, bien sûr.

Hélas, pas de deuxième première partie (?), le Grand Mix ne pouvant rivaliser avec l’affiche de La Route du Rock session au Trabendo, deux jours plus tard. Pas de mise en bouche pour les retardataires.

Deux jours plus tard, au Trabendo.

C’est toujours un plaisir de voir Kevin Morby. Se dire qu’il est accompagné par la douce Meg Baird et le très bon Steve Gunn est donc sur la papier gage d’une entrée en matière réussie. Hélas, j’arrive trop tard pour Meg Baird et Steve Gunn est déjà lancé depuis quelques secondes. On retiendra essentiellement le titres du dernier album Eyes on the line, tels que « Full Moon Tide », « Park Bench Smile », et  le très bon « Ancient Jules ». Prestation sobre et assez classe de l’ancien des Violators, le backing band d’un certain Kurt Vile.

Toujours dans la sobriété qui est la sienne sur scène, on l’apercevra quelques minutes après sa prestation dans les travées de la salle, bière en main, souriant et discutant avec le public autour de lui. A la cool.

Avantage : Trabendo

Round 2 : Kevin Morby, deux salles, une ambiance

Kevin Robert Morby arrive sur scène, épaulé d’un batteur, d’un bassiste et de son arme létale Meg Duffy, guitariste aux doigts ensorcelés. Pas de formation acoustique, de piano ni de cuivre, l’aspect dépouillé au cul : Kevin et sa clique sont là pour faire du rock’n’roll ma couille.

Et Kevsou est aussi principalement là pour jouer son dernier album, le flamboyant « Singing Saw », qui a le mérite d’avoir deux énorme tubes. C’est d’abord « Dorothy » qui vient faire danser la foule, puis « I Have Been to the Mountain » dont les choeurs sont reproduits à la guitare et à la pédale par Meg Duffy.

Cette dernière, qui a lancé son side-project Hand Habits, est tout simplement bluffante. Ses soli sont incroyablement justes et fougueux, tous les effets qu’elle utilise remplacent haut la main les instruments absents, sans oublier les choeurs qu’elle assure avec brio.

Même si le petit dernier est à l’honneur, Kevin Morby n’oublie pas de claquer ses petits classiques à lui, notamment les superbes « Harlem River », « Parade »  et la ballade romantique « All Of My Life », qui cassent la baraque et se marient bien aux morceaux les plus récents. Pour finir, le cowboy à la mèche folle nous fait de l’acoustique, pour les deux morceaux condamnant le port d’arme aux Etats-Unis (dont on t’a parlé dans cette news).

Visiblement très affecté par l’élection récente de l’épouvantail Trump, Kevin Morby a entrecoupé ses morceaux d’excuses, d’appels à l’amour et à la paix, en nous sommant de ne pas reproduire les erreurs de ses compatriotes. S’il ne réussit pas à convaincre les électeurs de la haine, il n’aura cependant rien à se reprocher. Bien qu’un peu court, ce concert électrique à souhait fut un vrai plaisir de bout en bout, de l’amour en mégawatts, conclu à merveille par l’énergique « The Ballad of Arlo Jones ».

Toujours deux jours plus tard, toujours au Trabendo

Que dire de plus concernant la soirée passée en compagnie de Kéké au Trabendo? Tout d’abord que c’est toujours un plaisir de le voir entrer sur scène, mèche folle et sourire aux lèvres. Et on est bien obligé de constater qu’en seulement trois albums, la montée en puissance est terrible. Quasiment pas un des morceaux joués ce soir ne le méritait pas. Et pourtant, et même si c’est affaire personnel, le voir au Trabendo ne m’enchantait guère, je ne me suis jamais senti à l’aise dans cette salle, à la prog pourtant souvent sympa.

Il aime partager, il aime jouer, il aime ce qu’il fait, et l’auditoire le lui rend bien. On entend quelques refrains repris en coeur ça et là, le blondinet est en belle forme, sautille partout et communique avec le public. Fuck Trump bien sûr. Il est tiraillé. Bien content de jouer pour nous, mais triste. Triste pour le spectacle offert par son pays quelques heures auparavant, triste car à deux jours près, il y a un an que le Bataclan était la cible d’on sait qui, ce qu’il fait remarquer discrètement. Triste aussi, car celui qui lui a appris à chanter et l’a marqué à tout jamais s’en est allé. Leonard Cohen n’est plus. C’est en compagnie de Meg Baird et d’un des guitaristes de Steve Gunn qu’il jouera le « Passing Through » de son mentor. Bel hommage, applaudi chaudement par l’audience.

Côté setlist, pas de changement je pense entre les deux dates, mais une émotion palpable surpassée par son sourire, son énergie et sa joie de vivre, peut-être plus flagrante que lorsque je l’avais découvert en 2015 lors de son set à la Villette Sonique. Il semble avoir pris de l’assurance depuis, maîtrise mieux l’espace scénique, et est devenu, sans trop exagérer, une bête de scène.

Mention spéciale aux titres « Dorothy », « Harlem River », « All of my life, « Singing Saw » et « The Ballad of Arlo Jones », qui viendra clore une soirée magnifique.

Avantage : Probable avantage au Trabendo pour l’intensité du concert, et la reprise de Leonard Cohen. Mais avantage surement au Grand Mix pour le prix des bières, surement bien moins chères qu’à Paris!

Avantage final :


Merci aux équipes du Trabendo et du Grand Mix, accueillir Kevin Morby en son antre est toujours une bonne idée.

Setlist de la soirée du Trabendo

Crédit photo : Dusdin Condren

Partie Le Grand Mix : Roul
Partie Trabendo : Phoenix