Une occasion unique.

En déménageant de New-York à Londres, Lazarus me faisait de l’oeil et j’ai pu m’y rendre 2 semaines avant sa dernière représentation. Ecrite conjointement avec Blackstar, ce rêve de David Bowie prend donc vie depuis décembre 2015, avec Michael C. Hall (Dexter, Six Feet Under) dans le rôle principal. L’idée est de donner une suite au film The Man Who Fell To Earth où Bowie jouait le rôle d’un extra-terrestre ayant du mal à retrouver le chemin de sa planète après avoir succombé aux maux humains que sont le sexe, l’amour et la télévision. Avec son statut hybride entre la pièce de théâtre et la comédie musicale, la pièce essaie de faire le pont parmi 17 morceaux de la discographie du maître, piochant allègrement dans les meilleurs bouts.
Rivaliser avec son interprète originel étant une tâche très compliquée, les compositions subissent heureusement une relecture maline laissant place au casting de montrer ses prouesses vocales. Au-delà de Monsieur Dexter, tout le cast s’illustre par des interprétations sans fautes, du bad guy reprenant « Valentine’s Day » dans une scène hallucinante à une version ambiante issue de l’époque Outside de « The Man Who Sold The World » démontrant encore une fois les qualités incroyables de sa composition d’origine. La folie du personnage se retrouve dans « It’s No Game( Part 1) » où l’écran central introduit une geïsha, faisant son arrivée sur scène en sortant du champ. La présence de l’écran donne l’impression d’assister à un clip live. « Where Are We Now? » est celle où l’émotion est la plus palpable. C’est la première fois où la scène se transforme en écran géant et parce que l’interprétation met parfaitement l’intensité nécessaire au morceau.

Un cast de folie.

Comme souvent dans les comédies musicales, les enfants se démarquent et l’actrice principale âgée de 15 ans n’est pas en reste avec une surpuissance vocale pétant presque les oreilles, même en étant dans les derniers rangs. Ce n’est pas la seule car les dix personnes composant le groupe sont toutes à louer pour leurs voix certes mais surtout pour leurs présences scéniques dans une pièce où le répit physique des acteurs est rare. L’histoire est à l’ouest, ayant du mal à faire le lien entre la suite de Man Who Fell To Earth et 17 chansons issues de sa disco et une scénographie trop peu spectaculaire en comparaison avec ses meilleurs moments. L’une des plus belles surprises initiée par Lazarus, reste ces 3 chansons composées en marge de Blackstar. Toutes trois différentes, couillues et abouties, elles legitiment à elles 3 l’existence de la pièce. Hélas, leurs versions studio perdent en puissance. Enfin, comment ne pas revenir sur l’utilisation de la vidéo-projection amenant des scènes improbables au théâtre proches de l’insertion d’effets spéciaux en live. Une prouesse visuelle mettant sur le cul et faisant regretter que le show n’en comporte pas plus : reste un très bon moment de musique, où les frissons s’invitent régulièrement. Même si le tout pâtit de son statut bâtard entre la pièce de théâtre et la comédie musicale.

Pire, le lieu conçu de toute pièce pour cette escale londonienne n’est vraiment pas approprié. Les 1000 personnes sont comme entassées dans un hangar où les sièges hauts perchés ne nous permettent pas d’apprécier une scène où la moitié de l’action se passe au sol. On se retrouve donc tous à se pencher et à lever la tête pour observer ce qui se passe quelque soit la place. Sans compter l’isolation sonore aux fraises qui nous permet d’entendre les girophares de flics et les trains passant à Saint Pancras. Mais musicalement, c’est l’orgie. Si les voix sont au niveau, et c’est déjà un exploit de pouvoir le dire, certains titres bénéficient d’un traitement exceptionnel. « Love Is Lost », une des dernières perles de la disco de Bowie, garde son intensité minimaliste et la force de ses guitares. Lazarus est aussi le lieu où The Next Day et Blackstar vivent pour la première et dernière fois en live. En se terminant par « Heroes »avec de malins effets de mise en scène, la pièce s’achève à la fois avec satisfaction et un goût de trop peu. Il s’agit d’un beau cadeau de départ de la part d’un créateur dévoué à son art en apportant sa vision à un domaine qu’il n’avait pas encore expérimenté. Si le show n’est pas une réussite sur tous les points, il faut le prendre pour ce qu’il est : à savoir l’unique moyen de reprendre une bonne et très belle dose d’un homme qui nous manque déjà beaucoup trop depuis un an.