Le Grand Mix est une des salles les plus incontournables dans la région Nord, la squattant sans cesse en raison des artistes programmés, on a depuis longtemps sympathisé avec l’équipe en place. Et parce que chaque discussion d’après concert nous semblait hyper intéressante, on a décidé de se caler une interview fleuve (à découvrir en deux parties) et ainsi commencer notre tour des salles de concerts que l’on fréquente avec Julien, le programmateur, et Vincent, le chargé de communication de la salle, qui est située à Tourcoing, à côté de Lille.

Let There Be Rock

Salut les mecs, est-ce que vous pourriez vous présenter un peu et nous dire comment on termine dans une salle de concert comme le Grand Mix ?

Julien : J’ai fait des études de sociologie en dilettante mais je m’intéressais depuis le lycée à la musique, début des années 90, à Besançon, j’allais voir des concerts même si c’était une grande frustration vu qu’à l’époque il n’y avait pas grand chose. Donc, j’allais à Mulhouse ou encore Strasbourg et bien évidemment aux Eurockéennes de Belfort. Et puis j’ai eu une grosse période de flou professionnel, j’ai donc suivi une formation liée aux métiers de la culture et j’en avais vue une à Dunkerque mais j’étais pas du tout dans ce domaine. Et cette licence ouverte à tout le monde m’a poussé à m’y installer une année. Lors de la maitrise qui a suivi, il y avait un stage durant lequel j’ai pu postuler au Grand Mix. J’avais déjà vu que la prog’ correspondait pas mal à ce que j’écoutais.Ça correspondait à la période de Patrice Budzinski qui faisait la programmation ici. Bud qui est parti quelques années plus tard à l’Aéronef. Et après avoir postulé, j’ai été pris et il y a une création de poste à l’accueil des publics pour lequel j’ai continué. Deux ans après, mon collègue de l’action culturelle est parti, je l’ai remplacé et peut-être 2-3 ans plus tard, Bud est parti à l’Aéronef (ndr : autre salle de Lille), j’ai donc pris sa place à la programmation. Je suis donc passé de spectateur abonné fidèle à programmateur en 13 ans. J’avais une certaine culture d’entreprise (on se marre tous).

« C’est très dur d’y arriver, d’avoir ce premier job et d’enchainer. C’est un milieu très concurrentiel, demandé… »

Vincent : Un peu pareil au début, j’ai fait des études d’histoire mais je savais pas trop, je voulais être prof et puis après non. Je jouais quand même dans un groupe de musique et je faisais pas mal de concerts et j’avais fait un petit site en HTML pour mon groupe de musique, et comme je cherchais quoi faire de ma vie à part de l’histoire, je me suis dit tiens, webmaster ! Je me suis donc retrouvé à chercher des formations sur ce que l’on appelle les outils de communication, j’ai donc fait les IUP, Instituts Universitaires Professionnels Infocom à Rennes. Et j’ai fait des stages chaque année. En journalisme, ça me plaisait pas. Dans une structure de partenariats, ça me plaisait pas. Mais j’ai fait mon stage de fin d’études au festival des Vieilles Charrues et là, ça m’a bien plu d’être dans l’organisation. Comme ça s’est bien passé pour eux aussi, je me suis dit que c’était peut-être là que je pouvais m’orienter. Même si c’est difficile dans le domaine de la culture, alors j’ai mis du temps avant de trouver mon premier job. J’ai donc passé pas mal d’entretiens comme à l’Astrolabe (ndr : salle située à Orélans) mais j’avais du mal à décrocher le poste et au bout d’un an, j’ai été embauché à l’Antipode, une SMAC de Rennes. J’ai fait 3 ans là-bas et puis j’ai eu envie de partir, et il y avait une offre au Grand Mix que je connaissais de réputation. J’avais pas de gosses, pas de famille. Enfin si une famille quand même (on se marre). J’ai postulé et j’ai été pris, et ça fait 8 ans.

En tout cas, je constate qu’en gros, on termine dans une salle de concert quand on sait pas trop quoi faire de sa vie !

Vincent : C’est un peu ça (on se marre tous).
Julien : Non mais plus sérieusement, j’avais déjà une idée, c’est pour ça aussi que j’avais pris un studio à Dunkerque, ce qui a dû contribuer à ma prise de poste, j’avais 27 ans, j’étais déjà plus motivé. J’étais avec des étudiants qui s’en foutaient un peu. Comme moi en socio à l’époque. Et c’est sûrement ce qui a fait la différence parce qu’ici, quand on ouvre les candidatures pour les stages, t’as 30 candidatures… Et depuis que je suis arrivé, j’ai jamais arrêté de travailler dur ! Mais dur ! (on se marre encore)
Vincent : C’est très dur d’y arriver, d’avoir ce premier job et d’enchainer. C’est un milieu très concurrentiel, demandé…
Julien : Pour chargé de com’, il y a pas eu 200 candidats d’ailleurs ?
Vincent : Quand j’ai postulé ? 500 ! C’est le loto quoi.
Julien : Si tu mets une annonce programmateur ici, t’auras des dizaines de candidatures.

itv-julien-vincent-grand-mix-v2-4

Derrière le bar, les affiches des groupes passés par le Grand Mix.

Métro, boulot et plein de Kro’

Est-ce qu’il y a une journée type pour vous au boulot ?

Julien : Pas vraiment. Je dépose ma fille à l’école et je prends le métro. Y’a une sorte de fantasme, se coucher tard et aviné… Certes ça peut arriver (rire général) mais sinon on est vieillissants avec des enfants, on a quand même un boulot de bureau en fait. Moi, mon taff c’est répondre à des mails à 80% et répondre au téléphone. On fait 40h annualisées et on a 60 – 70 dates par an, je les fais toutes, j’ai pas dû en louper une cette année. Comme je choisis les groupes, c’est bien d’aller voir ce qui se passe sur scène. Je dis pas que je reste au bout à chaque concert mais quand même souvent, et puis ça permet de voir comment réagit le public, s’il y a eu du monde et le lendemain de faire un petit retour à l’agent pour lui dire si c’était bien ou pas. Et puis, c’est bien aussi de rencontrer les groupes, leur entourage, comme les agents, je pense à Ty Segall dont l’agent est français, c’est sympa d’aller leur serrer la pince vu que ce sont des mecs avec qui tu échanges essentiellement des mails, tout en incarnant la salle.

Tu passes du temps à faire ta prospection ?

Julien : Alors oui, même si je prospecte beaucoup moins donc je vais moins en festivals ou dans d’autres salles mais sinon j’essaie d’aller à des festivals de découvertes régulièrement. En janvier au festival de Groningen aux Pays-Bas, un festival de showcases, de jeunes groupes émergents, y’a la même chose à Brighton en Avril, les Transmusicales de Rennes en décembre. Très régulièrement je suis allé au Printemps de Bourges et puis là je vais aller à Dour. J’ai fait une fois Pop Montreal au Canada, c’était chouette, les Eurockéennes mais c’est vrai que je ne cours pas les festivals à travers le monde, contrairement à certains collègues qui vont par exemple au South By South West à Austin au Texas. Ça coûte un bras quand même.

« Mon taff c’est répondre à des mails à 80% et répondre au téléphone. »

J’essaie aussi d’aller à Lille voir des groupes, souvent des petits groupes que j’espère voir monter. Si je vais voir Neil Young, c’est pas dans le cadre de mon travail. Enfin, en fait, j’y vais pas (rires). Aller voir un concert complet à l’Aéro qui accueille 2000 personnes, ça ferait très bizarre et si on nous le propose, je vais pas dire « ha non c’était pas terrible », je vais juste pas le faire.
Vincent : Sauf si c’est un truc qu’on déteste…
Julien : Ouais genre variété (on se marre), Franck Michael
Vincent : De toute façon, quand ça fait du pognon, on nous le propose jamais (rires) !
Julien : Si par un heureux hasard on nous propose Ghinzu ou encore Editors qui sont des gros groupes, je vais pas dire « j’ai trouvé le dernier set un peu mou »…

Ty Segall, Le Grand Mix, Tourcoing, 26 juin 2016

Ty Segall, Le Grand Mix, Tourcoing, 26 juin 2016

Un peu comme les Eagles Of Death Metal (ndr : initialement programmé après le Bataclan) ?

Julien : Chez nous, c’était une location. Mais déjà on était complets 3 mois avant, ç’aurait dû jouer à l’Aéro direct. Le passage du Grand Mix au Splendid (ndr : autre salle de Lille), je sais pas pourquoi car il n’y a que 200 places d’écart, c’est pas vraiment significatif mais je crois que l’Aéro n’était pas dispo et ce cas reste assez différent. Normalement le schéma habituel, c’est qu’on achète des groupes à des agents français, dont le métier est de connaitre leurs groupes, leur popularité. Il va donc plutôt essayer de nous vendre un petit groupe en nous disant que c’est un gros du genre « donne-moi un peu de sous car t’es sûr que ça va faire complet » et à l’arrivée, tu fais la moitié de ce qu’il t’a dit (rires) et ça, c’est régulier.

« Si par un heureux hasard on nous propose Ghinzu ou encore Editors qui sont des gros groupes, je vais pas dire j’ai trouvé le dernier set un peu mou… »

L’inverse, si le mec a un groupe qui fait 2000, il a pas d’intérêt à venir au Grand Mix alors qu’il y a l’Aéro à 10 bornes. C’est pour ça qu’on a peu de propositions hors sujet, c’et plutôt le petit groupe qui essaie de passer chez nous et de faire complet avec 600 personnes… Et mobiliser 600 personnes, c’est compliqué. Je passe mon temps à dire « merci de la proposition mais ça va être compliqué chez nous » et on va faire 50 entrées payantes et c’est pas le lieu. Par contre, des gros groupes, ce qu’on appelle des « caviars », on en a régulièrement comme DJ Shadow tout récemment. Le genre de truc où t’es complet 1 mois avant. Et moi, mon boulot, c’est pas de me décrédibiliser en allant envoyer des mails tous les 3 jours à un tourneur « je vois que U2 sort un nouveau disque » (rires). Sur DJ Shadow, je l’ai fait et un peu sur un malentendu ça s‘est concrétisé mais sinon j’évite.

Bientôt les Insus alors ?

Julien : (il se marre) Il ont fait un tour de chauffe au Splendid, s‘ils nous l’avaient proposé, on l’aurait fait…

Et comment vous travaillez ensemble au final avec Vincent à la com’ ? Toi, tu programmes un truc et genre Vincent se démerde…
Julien : La règle et simple, si c’est complet, c’est une bonne programmation (rire général). Si c’est pas complet, c’est la com’ qui a merdé.

vincent-chargé-com-grand-mix

Vincent, chargé de communication du Grand Mix

Com’ deux point euros

Alors pour toi Vincent en tant que chargé de com’, la journée type, c’est quoi à peu près ?

Vincent : Y’a plusieurs journées type en fait mais je suis tributaire du projet artistique de Julien. Et de plus en plus, on a une date d’annonce, de mise en vente, de contraintes comme ça. Moi aussi, j’ai de plus en plus les agents sur le dos pour savoir ce qu’on va faire en com’, je dois donc leur envoyer des plans de com’…

Pour s’assurer que vous faites le taff d’une certaine manière ?

Julien : Alors lui non, mais au dessus, oui. On programme quand même beaucoup de groupes étrangers. Du coup l’agent français est juste l’antenne… Même si certains agents comme celui de Ty Segall, qui est français, gère toute l’Europe mais souvent au-dessus, y’a un agent européen. Qui, lui-même au-dessus, doit avoir un manager qui met la pression. Et nous, on est un peu le dernier maillon de la chaine (rires). Sincèrement, le gros de nos contacts, ce sont les mêmes et notre taff doit se faire avec une dizaine de tourneurs, on bosse toujours ensemble, on a des plans ensemble, ils savent que si on bosse sur la durée, c’est que ça se passe bien et qu’on fait bien notre métier, que les groupes sont bien accueillis, qu’on les paie en temps et en heure, qu’il y a à manger, un équipement technique qui est bien, qu’on a un bon public, une identité artistique… Du coup, nos contacts français, si une date ne fonctionne pas comme elle devrait, ils savent que t’as fait le boulot. Mais au-dessus, t’as les agents comme les agents anglais, qui sont plus nerveux.

« Normalement, les affiches, c’est à leur charge même si ces dernières années, ça a changé et il faut de plus en plus les payer. »

Vincent : Ouais, tu vois il te disent qu’est-ce que t’as fait et qu’est-ce que tu vas faire ? Tu réponds, ça prend du temps tout ça et puis, ce que je m’amuse à faire, c’est leur répondre « t’as d’autres idées ? » et bien souvent, y’en a jamais (rires).
Julien : Ou alors des fois, on joue pas le jeu parce qu’ils nous envoient rien en matériel promo. Normalement, les affiches, c’est à leur charge même si ces dernières années, ça a changé et il faut de plus en plus les payer. Avant, la tradition voulait que ce soient les maisons de disque qui les donnent aux tourneurs mais c’est devenu compliqué pour les maisons de disques. Le tourneur n’a pas pris le relais donc souvent, c’est nous qui les payons. Impression, transport, collage…
Vincent : Le gros boulot de com’, c’est de développer des outils qui vont faciliter tout le travail. Comme avoir un site internet où tu vas retrouver l’information facilement et acheter les places facilement, partager des événements sur des pages Facebook qui ont déjà une certaine audience, développer une audience sur différents outils de com’ pour que t’aies déjà fait 30% du taff à l’annonce genre application,… De toute façon, c’est pas moi qui ai inventé ces concepts de com’ mais tu communiques auprès de ton premier public pour que l’info se diffuse. Ensuite, tu vas essayer de relancer un petit peu et avoir de la visibilité mais vu les budgets qu’on a, on ne va pas passer des affiches de 4 mètres par 3 partout, ça ne servirait à rien. Et on reste tributaires de la popularité des groupes, de l’esthétique…
Julien : Sur les trucs de niche, comme Kevin Morby, on va pas mettre des trucs dans les boites aux lettres des gens…

Vincent : Des fois, on va faire un peu plus que ce que l’on fait habituellement et des fois, un peu moins, souvent on est dans les bons scores, après, si tu te compares à Nantes… Faut aussi voir que t’as un bassin de population, un profil socio-culturel. Quand tu fais un groupe hyper populaire en Belgique et que tu fais complet alors qu’à Lyon, il font 150 personnes, bah tu sais que c’est pas parce que t’as été super performant, c’est la frontière (rires).
Julien : Après, on a quand même pas mal travaillé auprès des frontaliers, on est pas mal repérés des Belges.
Vincent : Vaut mieux faire un travail de fond et faire que l’info passe correctement et que tu puisses faire de bons scores régulièrement qu’un gros coup. C’est un travail de fidélisation. C’est aussi avoir 1300 abonnés alors qu’il y a 8 ans, on en avait 400 ou 500 donc, c’est vraiment du travail de fond plus que de la grosse promo. De toute façon, j’aurais pas le temps pour ça, y’a des semaines, on a 5 artistes donc je ne peux pas m’amuser à appeler tous les journalistes en faisant croire que c’est le groupe du siècle.

« C’est un travail de fidélisation. C’est aussi avoir 1300 abonnés alors qu’il y a 8 ans, on en avait 400 ou 500. »

Julien : Y’a un paquet de bons groupes mais parfois ce sont juste de bons groupes, tu peux pas faire croire aux gens qu’ils vont vivre l’expérience ultime de leur vie car si tu fais ça une fois… Tu peux tromper une fois 1000 personnes… (rire général) Nous, c’est pas notre politique. Dans l’accueil aussi, l’ambiance, c’est important.
Vincent : Le lieu, c’est vrai. On a des gens qui disent, « je vais au Grand Mix », pas tellement je vais voir tel truc sauf sur certaines dates et ça c’est aussi le travail général de l’équipe, d’accueil, que les gens se sentent bien. Même si d’autres se plaignent de ça en disant y’a des gens qui viennent au Grand Mix mais ils viennent pas au concert, ils parlent un peu trop fort.

itv-julien-vincent-grand-mix-v2-9

Julien, programmateur du Grand Mix

La Terre du Milieu (de l’Europe).

Une question qui revient souvent d’ailleurs concernant la salle, c’est votre capacité à attirer des groupes assez côtés tout en tenant des tarifs super abordables… J’avoue que je me souviens de Royal Blood, on en avait déjà parlé ensemble à l’époque car vous aviez un tarif autour de 15 balles alors qu’à Paris, on devait être au double…

Julien : Ouais ouais, c’était 13 et 16€ même ! Concernant les groupes qu’on arrive à chopper, y’a plein de facteurs différents et y’a pas un programmateur capable de te sortir un groupe du chapeau comme ça. On est super bien situés géographiquement entre Londres, Paris, Amsterdam et Bruxelles, que Vincent ou moi soyons là ou pas, ça ne change pas. Donc les groupes étrangers qui passent dans les capitales, nous on est au carrefour, forcément, c’est plus facile de s’arrêter là que de faire un aller/retour pour aller à Brest. D’autre part, on a un gros bassin de population, la métropole lilloise, c’est 1,2 million d’habitants, quelque chose comme ça donc forcément, ils vont plutôt s’arrêter ici qu’à Amiens même si c’est bien situé aussi. Ensuite on a une jauge intermédiaire de 650 places qui permet de faire de la découverte et faire de l’argent pour payer des groupes décemment.

« Des groupes rares qui ne font que quelques dates, c’est ça qui nous excite plutôt que les groupes avec une aura mondiale. »

Nous, ce qui nous excite plus, c’est le côté artistique. Comme Bud l’avait fait avec une prog’ tournée vers l’indé étranger. Des groupes rares qui ne font que quelques dates, c’est ça qui nous excite plutôt que les groupes avec une aura mondiale. Mais c’est aussi parce que l’on a les trois premiers paramètres qu’on arrive à les avoir de temps en temps. Et puis après, on a un peu de moyens même si c’est de plus en plus tendu et que parallèlement, on a aussi un public nombreux, donc sur l’activité concert, on ne perd plus trop d’argent contrairement à une époque où on avait les épaules pour les supporter. C’est moins le cas maintenant mais ça tombe bien on remplit pas mal et on a augmenté un peu les tarifs quand même, mine de rien, ça fait qu’à l’année, on ne perd plus beaucoup d’argent sur la programmation.

Alors pour Royal Blood, on les avait vus par hasard à Brighton au Great Escape où un agent français nous a dits, « venez voir ça, il parait que c’est énorme », c’était pas l’agent du groupe, on y va, on voit le truc, on se dit oui effectivement, y’a un potentiel et quelques semaines après, leur agent nous dit, « j’ai une date pour eux tu connais ? » Oui on les a vus, super ! Ça avait de la gueule, allons-y, essayons. Mais tu vois, on était en amont aussi, ça avait fait une belle date en Angleterre, tu vois que c’est bien foutu, qu’ils ont des moyens, l’agent français est un gros agent, c’est Radical, en même temps, y’a pas eu de dates en province et on n’a pas de visibilité sur ce que ça pèse. On sait pas si on va perdre un peu de pognon mais on y va. Tu vois est-ce qu’on va faire 3-400 ou on va faire 600 ? On n’en sait rien ! On est sur un cachet d’artiste en découverte donc 3 mois avant la date, on se met d’accord sur un cachet qui nous permet d’avoir un tarif de 13 – 16€ et équilibrer. Le groupe joue le jeu aussi parce que sur la date, il perd de l’argent, quand tu as un tour bus, ça coûte très cher mais ils sont dans une démarche de tournée, de développement.

« Quand tu files 2500€ à un groupe en tourbus, ils perdent beaucoup d’argent même à 4000, c’est compliqué… »

La première tournée même si elle est complète, ils perdent du fric mais ils savent que derrière il y a les festivals, de plus grosses salles et que sur l’ensemble de la tournée, ils vont s’y retrouver. Un tourbus, c’est plus de 1000 – 1500 balles par jour. Des fois, t’as un voire deux chauffeurs pour couvrir les grandes distances et puis après, y’a les musiciens, le staff, t’as souvent 3-4 personnes et ensuite les intermédiaires comme l’agent européen qui prend une com’, l’agent français qui prend une com’, le manager, tout le monde se paie là-dessus, ce qui est normal donc quand tu files 2500€ à un groupe en tourbus, ils perdent beaucoup d’argent même à 4000, c’est compliqué, il faut qu’ils enchainent parce qu’en plus parfois, il y a des « day off » donc ce jour-là, tu paies quand même le bus. Donc une tournée de clubs comme nous à 600 places, ça génère pas assez mais si le groupe enchaine les dates en récolant le max de ce que l’on donne. là, je pense que ça commence à s’équilibrer.
Vincent : Mais faut pas qu’ils aient de trous dans leur agenda, c’est aussi pour ça qu’on les récupère.
Julien : Les américains, y’a aussi les billets d’avion à amortir, la location du matos, autant ils viennent avec leurs guitares, autant la batterie, ils la louent, y’a quand même énormément de frais. Pour être tout à fait transparent, nos cachets oscillent entre tête d’affiche, c’est rare d’être en dessous de 1500€ jusqu’à 8000€. Au-dessus, de 6000, c’est très très rare aussi, ça fait des années. En moyenne, c’est 2500-4000 avec une moyenne de 400 spectateurs. On se plante un peu mais on essaie de corriger.

Suite de l’entretien avec Julien et Vincent du Grand Mix dès la semaine prochaine !