Supergrass est sans conteste l’un des tous meilleurs groupes de notre époque et ce depuis l’inaugural
I Should Coco.
Si leurs albums sont rares, ils sont surtout toujours réussis. Là est le hic. Réussis.
Supergrass n’a pas le chef d’œuvre ultime en poche même si
In It For Money s’en approche. Le meilleur groupe d’Oxford a bien un tube, le rigolo «
Alright ». Pas suffisant pour s’attirer les faveurs d’un public plus sensible à la démagogie d’un
Verve, d’un
Placebo ou d’un
Coldplay ou plus séduit par la grande gueule des
Gallagher que par les mélodies en or de
Supergrass. Ironie suprême lorsqu’on sait que
Gaz et ses potes ont en stock des «
Moving » ou des «
Richard III » à tour de bras alors que les autres n’ont, en comparaison, rien ou presque (
Oasis a «
Some might say » et quelques autres, quand même…).
On trouve des jolis badges en Angleterre. L’un des plus marrants mais aussi des plus vrais dit ceci : «
Supergrass: everyone’s second favourite band ».
Oh, on s’en est accommodé. D’ailleurs l’histoire de la musique est faite de perdants magnifiques. Des
Zombies à
Pavement en passant par
Badfinger et les
Replacements. Qui saurait dire aujourd’hui quel disque sera adoré demain ?
Un des meilleurs donc. Toujours est-il que depuis quatre ou cinq ans, le cas
Supergrass devenait inquiétant. Un best-of en 2004, bien légitime, mais avec quelques inédits vaguement funky et totalement médiocres.
Road to Rouen en 2005, l’album
Maman est morte, au demeurant très joli mais bien trop poli. Surtout, encore une fois, les titres qui n’étaient pas mid ou down tempos étaient des tentatives funk peu convaincantes.
Alors quand on a posé
Diamond Hoo Ha sur la platine, c’était presque avec la certitude que, pour la première fois,
Supergrass allait décevoir.
Et bien mal nous a pris.
Diamond Hoo Ha est l’album le plus ouvertement rock de
Supergrass depuis le mirifique
In It For Money. Le groupe d’Oxford est en grande forme malgré son infirme bassiste. Le timbre de
Gaz rugit comme jamais sur les deux premiers titres (et singles) sur lesquels les anglais jouent serré, précis, violent et rapide. La purée est balancée sans hésitation avec la ferveur d’un puceau devant son premier porno. Et c’est jouissif.
Diamond Hoo Ha remet les choses au point : personne ou presque n’écrit des chansons comme
Supergrass. «
Rebel In You » s’impose grâce à son évidence mélodique glam 70’s imparable comme l’un des diamants les mieux taillés, tout comme l’extraordinaire «
Ghost of a friend », morceau assez hallucinant, à la fois complexe et direct, dont la mélodie surréelle semble venir du
Village Green des
Kinks. Le genre de chanson dont la durée étonne: tant de variations mélodiques, de bonheur et d’idées ne peuvent intervenir en si peu de temps. Toute la verve est là, l’humour aussi car nos petits comiques poussent même le vice jusqu’à baptiser la moins bonne chanson du disque «
Return of inspiration »…
Ce cru est de haute volée et se bonifiera sur scène,
Supergrass semble ne pas hésiter une seconde sur ce sixième album: rock prenant sur «
Bad Blood », balade sixties sur «
When I needed you », l'habituelle envolée cosmique finale sur «
Butterfly », le saxo de
Bowie (disque berlinois oblige) sur «
Whiskey and green tea », tout est là pour faire de
Diamond Hoo Ha le disque qui, sait-on jamais sur un malentendu, les verra enfin tenir le haut de l’affiche.
Ca ne fait que 14 ans qu’ils le méritent…
A écouter : Bad Blood - Rebel in you - Ghost of a friend - Diamond Hoo Ha Man