Billy Corgan avait lâché la bombe en début d’année : le rock aurait été délibérément effacé des radars médiatiques à la fin des années 90. Complot industriel, manœuvre corporate, ou simple loi du marché ? Le chanteur des Smashing Pumpkins penchait clairement pour la première option. Et maintenant, Charlie Benante d’Anthrax — également batteur de Pantera — débarque en renfort pour confirmer : ouais, il y a bien eu un coup d’état.
Corgan avait développé sa théorie dans son podcast The Magnificent Others, avec un luxe de détails qui ferait pâlir un journaliste d’investigation. Il déclarait notamment :
« Je pense, et je vais le dire ouvertement, que le rock a été volontairement mis en sourdine dans la culture. Ça a commencé à la fin des années 90. Si vous étiez chez MTV, ou dans l’entourage de MTV en 1997-98, ils ont soudainement décidé que le rock, c’était fini — alors que le rock était au sommet. Et il a été remplacé par le rap. Leurs règles et pratiques ont changé du jour au lendemain. Des choses qui n’étaient pas autorisées l’étaient soudainement, les gens brandissaient des flingues à l’écran. Certains affirment que la CIA était impliquée là-dedans. Encore une fois, ça dépasse mes compétences. Mais je l’ai vu se produire. J’en ai été témoin. Le rock est probablement ce qui génère le plus de recettes billetterie dans le monde occidental, et pourtant il n’y a quasiment aucune représentation du rock dans la culture. Alors pourquoi ce fossé ? Je crois qu’ils ont délibérément réduit la capacité des rock stars à avoir une voix dans la culture. » — Billy Corgan, podcast The Magnificent Others
Interrogé par le magazine Hot Metal, Benante n’y va pas avec le dos de la baguette. Et il désigne même un suspect :
« C’est quelque chose que je dis depuis longtemps. Il l’a juste dit de façon plus éloquente. Ces putains de gardiens du temple qui empêchent encore notre musique d’atteindre les masses… Ils nous enchaînent et ne nous donnent pas les chances que l’on mérite — des chances qu’ils accordent à d’autres genres sans problème. La country ? Je n’en fais pas, ça ne me touche pas, je respecte ce qu’ils font. Mais cette musique est partout, elle est saturée. Ils ouvrent les vannes pour ce type de trucs. Le rock a encore une voix, il y a un mouvement, vous savez ? Les gens doivent le reconnaître à nouveau pour ce qu’il est. Il y a eu un coup d’état. Je pense que c’est Clear Channel qui a fait ça — d’un coup ils ont commencé à racheter des stations radio et à les transformer. Je vais vous donner un exemple parfait. À Los Angeles, il y avait une station qui s’appelait KNAC. Cette station était l’une des plus grandes parce qu’elle donnait aux fans de rock un endroit où se brancher. Quand ils ont viré KNAC, ce marché s’est effondré. Et ça s’est propagé dans tout le pays. MTV aussi, vous vous souvenez ? Un jour MTV a dit : on ne passe plus ce genre de trucs. Ça a tué le business. Regardez ce qui s’est passé. Personne n’est venu à notre rescousse. » — Charlie Benante, Hot Metal
En clair : des mastodontes comme Clear Channel auraient raflé les stations radio rock une à une, les remplaçant par autre chose. L’exemple emblématique cité ? La station KNAC de Los Angeles — la référence metal de la région — qui disparaît du dial. Et avec elle, le public. Et avec le public, les ventes. Et avec les ventes… vous connaissez la suite.
Corgan, lui, pointait MTV du doigt : en 1997-98, la chaîne aurait coupé le rock de sa grille aussi sec qu’on éteint une cigarette sur un ampli Marshall. Remplacé par du rap, de la pop, des boys bands au sourire calibré. Rentable, facile à contrôler, conçu pour les majors. Le rock, lui, est resté en dehors — trop rugueux, trop rebelle, trop cher à formater.
Le métal a survécu. Comme toujours. Mais sans les clés du royaume.

