Interview – King Yosef

FooFree
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La saison de la galette touchait à sa fin, mais il était encore temps d’aller présenter nos hommages au Roi Yosef. La tournée Industrial Worship faisait justement étape au Point Ephemère ce 24 janvier, aussi nous avons profité de l’occasion pour demander audience à sa majesté Tyvies Yosef Pelletier, aka King Yosef. Il n’a rien pu faire pour nos écrouelles, au stade semble-t-il trop avancé, mais il en a résulté une discussion passionnante, que nous vous partageons ci-dessous.

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FRENCH VERSION

La tournée, Youth Code et Street Sects

Tu es sur les routes d’Europe depuis à peu près une semaine. Comment se passe la tournée jusqu’à présent ?

Ça se passe bien. Je veux dire, ça a été très surprenant pour moi. Tous ces endroits où je suis allé pour la première fois, ceux où je jouais pour la première fois, c’est génial. Je n’ai pas à me plaindre. Et puis tout le monde ici prends tellement soin des groupes comparé aux Etats Unis, on a presque du mal à y croire.

Et à force de tourner en Amérique, tu commences à avoir l’habitude des routes et des autoroutes, alors que toutes ces choses sont excitantes pour nous ici même si elles sont banales pour vous.

Tu as déjà tourné aux Etats Unis avec Youth Code et Street Sects l’été dernier alors ça doit un peu avoir l’air de petites vacances familiales ?

Ouais, un peu. J’ai l’impression qu’on était en vacances estivales et qu’on vient tout juste de retourner à l’école. C’était fini et on s’y remet ! Cet aspect est très confortable. Ce n’est pas comme si : « Oh non, on est dans un nouveau pays dont on ne connait pas la langue et on ne connait pas bien les autres groupes avec qui on joue. » C’est vraiment comme travailler avec nos meilleurs amis. J’ai la chance de voir des gens que j’aime tout autour du monde et de visiter de nouveaux lieux. C’est génial.

Plus, en tournant avec Youth Code, ça te permet de jouer tous les soirs des chansons de « A Skeleton Key in the Doors of Depression » ?

C’est vrai. C’est tellement drôle. Ça fait une demi décennie qu’on a sorti cet album, c’est fou. Et maintenant on est là et on peut enfin le jouer en live. Si j’avais raconté au moi de 2017 que j’était sur scène avec Youth Code parce qu’on tourne ensemble et qu’on a même un album commun il m’aurait répondu : « Oh, ta gueule ! Bien sûr que non ! »

Industrial Worship

La tournée s’appelle Industrial Worship. Comme tu l’as prouvé avec la chanson « Everything’s Point of Origin » on peut dire que tu connais ce genre sur le bout des doigts. Alors je suis curieux d’avoir ton opinion : quel est pour toi l’état de l’Indus aujourd’hui et quelle est ta place dans tout ça ?

Je pense que je suis clairement un cas particulier. Youth Code et Street Sects, c’est des amis, ils me supportent et me défendent. Et réciproquement. Mais l’ancienne génération n’est pas toujours très fan de ce que je fais, ce qui s’entend.

Je pense que Street Sects est très innovant. Je pense que Youth Code est très innovant. J’essaye de l’être autant que je peux pour que la prochaine génération ait quelque chose d’inspirant. Je n’ai pas besoin d’écrire un nouvel album de Ministry parce que ces albums existent déjà. Là où j’en suis en ce moment c’est que j’espère que le flambeau sera passé un peu plus par les vieux groupes. Parce que beaucoup de gens prennent leur retraite et qu’il y a toute une nouvelle génération qui arrive et qui a besoin de modèles qui leur fassent dire : « Voilà ce qui arrive ensuite. » Donc je pense qu’en ce moment on est un peu dans les limbes, mais que l’issue sera positive.

 

Quand tu parles à quelqu’un de metal industriel, il imagine toujours l’alliance des guitares heavy avec les machines. Mais dans ta dernière incarnation, tu n’as presque pas de cordes. Alors que tu joues de la guitare avec ton autre groupe Misery Whip et dans ton dernier projet solo Wraith Drain. Alors est-ce que c’était un choix artistique, ou plutôt pratique ?

On a des guitares avec nous sur scène mais le truc c’est que je vais essayer d’aller aussi loin que possible avant d’en utiliser une. C’est mon premier instrument et parfois ça me donne l’impression de tricher. Je ne suis pas un incroyable guitariste, mais je sais écrire de la musique avec. Et je ne pense pas qu’utiliser une drum machine et une guitare me mènera vers quelque chose de nouveau. Comme on en parlait, des tonnes de groupes l’ont déjà fait.

Alors, la raison pour laquelle la guitare est peu présente c’est que j’ai déjà fait tout ça. Alors à moins que cela ne serve absolument le but de la chanson et que ça ait du sens genre : « J’ai essayé tout le reste ! Je sais que c’est ce type de chanson alors je vais le faire ! », je ne l’utiliserai pas.

C’est très drôle, j’ai été guitariste toute ma vie et j’écris de la musique en essayant d’utiliser aussi peu de guitare que possible.

Les samples

Tu utilises des samples et tu en enregistres la plupart toi-même. Est-ce que tu penses qu’ils sont en quelque sorte les fondations de ta musique ?

Absolument. Je crois que pour ce dernier album c’était la première fois que j’ai constitué une sorte de bibliothèque pour me permettre de piocher dedans. La façon dont je traite les samples est évidemment la façon dont je veux que soit fait ce type de musique.

Alors quand j’ai une idée de chanson et que j’ai cet ensemble dans lequel je peux chercher, je ne me contente pas de me servir dans un soundpack random qu’un mec a fait. C’est mon truc et c’était déjà mon idée au départ. Et ça vient de ce sentiment qui me permet d’être un peu plus confiant et proche de moi-même.

Cette bibliothèque que tu as créé pour ton dernier album, tu l’as mise en ligne sur ton site, dans une dropbox, en téléchargement libre.

Yep !

Est-ce que tu penses que d’autres artistes l’utiliseront ? Peut-être qu’un jour tu allumeras la radio et que tu entendras un de tes samples dans le nouveau Lil Nas X ?

J’espère que leurs chansons seront vraiment cool. (rires) Voilà mon état d’esprit. On n’a rien à y gagner à part le fait que d’autres personnes puissent créer de la meilleure musique, qu’on partagera tous. Tous les chefs du monde ont les mêmes ingrédients, et ils cuisinent tous des plats différents.

J’adorerais voir ça mais personne n’a refait une de mes chansons à partir de ces samples. Je ne sais pas s’ils le pourraient, parce que ce n’est pas leur vision. J’aime à penser que s’ils les utilisaient, leur vision les mènerait vers un tout nouvel endroit génial dont je pourrais être témoin.

Le format

Depuis le début tu as toujours eu des façons très originales de publier ta musique. Il y a eu ce truc où, pour promouvoir « GUILTY. », les gens devaient confesser une chose dont ils étaient coupables pour avoir accès à la chanson « Unshown ». Il y a eu aussi cette clé USB que tu as vendue avec un couteau et un pochoir.

Ouais c’est fou, j’avais oublié tout ça ! (rires)

Et je ne sais pas si c’était ton idée, mais Misery Whip a sorti un EP qui était vendu avec un petit soldat.

Oui, c’était un de mes bons amis en fait. Je vais lui faire sa pub : lui et son frère avaient créé un jeu de plateau qu’ils ont appelé Cyber Savage. Et avant qu’ils aient fait Cyber Savage ils ont pensé que ce serait cool qu’on crée une mascotte et d’en imprimer une miniature. J’ai trouvé que c’était génial et on l’a fait. C’était entièrement son idée par contre.

Est-ce que c’est toujours quelque chose que tu essayes de faire ? De pousser un peu le format ?

Parfois oui, parfois non. Je pense que c’est juste, quand ça correspond. Je ne reste pas assis à y réfléchir pendant longtemps pour m’assurer que j’arrive à le faire… C’est juste au moment où je suis en train de faire quelque chose et que je me dis : « Oh, ce serait super ! », à ce moment-là je suis cette idée.

Mon emploi du temps est déjà rempli avec la composition maintenant… Je monte tous les clips, je design le merch, je design le site web… Mon cerveau n’a plus suffisamment d’espace disponible pour se dire : « Et si je cachais un lien sur un compte Twitter que personne ne trouvera jamais ? » ou ce genre de truc. J’aimerais en faire plus mais ça va dépendre, si quelque chose se présente à moi.

L’artwork

L’artwork de « Spire of Fear » est particulièrement badass. Il a été créé par Nona Limmen. Est-ce qu’il s’agit d’une commission ?

C’est vraiment génial parce que c’est le Scott Monument à Edimbourg en Ecosse. Ma femme m’avait dit qu’elle adorait le style d’Edimbourg alors on a fait un voyage avec elle et deux de nos amis et c’est là que j’ai vu le Scott Monument. J’avais un petit appareil jetable de merde et je l’ai pris en photo.

Alors quand j’ai commencé à rassembler mes idées et designs pour l’album j’étais simplement « je sais que ça va s’appeler comme ça » et j’y ajouté mis ma photo.

J’ai mailé Nona. Elle était à notre set au Roadburn et je lui ai décrit le concept : des choses organiques et inorganiques, une création de l’homme opposée à la nature… Et elle était très ouverte, elle était super. Elle m’a envoyé un petit fichier d’images et la troisième photo qui était dedans est l’artwork de « Spire of Fear ». Et c’est l’exact monument que j’avais pris en photo deux ans auparavant. Alors j’ai littéralement dû lui envoyer ma photo pour lui prouver : « Nona ! C’est exactement ça ! C’est ce que je voulais ! » Et elle m’a répondu : « Wow ! Elle est à toi, allons-y ! »

C’était une de ces choses où tout était tellement synchronisé que tu ne peux que dire : « C’est ce qu’on va faire alors ! » Parce qu’à ce point là, comment faire autre chose, tu vois ?

Une chose encore plus drôle qui s’est produite et que je dois mentionner, c’est qu’il s’agit du Scott Monument en hommage à Sir Walter Scott, qui est un auteur écossais. J’ai sorti mon album le 15 août, sans le savoir le jour de l’anniversaire de Walter Scott.

Alors il y avait vraiment une certaine synchronicité ici…

Exactement ! Ça devait être comme ça parce que je n’avais rien planifié ni réfléchi en ce sens.

Walter

On a parlé de ta bibliothèque de samples, mais il y en a certains qu’on ne retrouve évidemment pas dans la dropbox et ce sont les enregistrements de ton arrière grand père qu’on peut entendre sur « Walter ». Quelle était ton intention en créant cette track, si ce n’est pas trop personnel ?

Pour moi le truc c’est que mon arrière grand père n’a pas eu l’occasion de publier sa musique. Il n’était pas né sous la bonne étoile tu vois, il a grandi dans la pauvreté dans une réserve. Il a eu un paquet d’enfants et il a vécu sa vie. C’était un travailleur qui s’occupait de sa femme et de ses enfants et qui n’avait pas le temps pour des préoccupations comme : « Je vais sortir et jouer des concerts ! Je vais faire presser un album, trouver un contrat et un agent… » Ca ne pouvait pas marcher pour lui.

Alors je pense que c’était le fait pour moi de pouvoir avoir cette connexion avec lui en publiant sa voix. Ce n’est pas comme si c’était un album numéro un qui domine les charts, mais c’était important pour moi de permettre aux gens d’entendre sa voix, d’entendre sa musique.

Et d’un autre côté, depuis que le morceau est sorti, le gens me parlent de ce morceau à chaque concert. Parce qu’ils ont une certaine connexion avec leurs propres grands-pères ou arrière grands-pères qui leur fait dire : « Wow, je n’ai pas eu la chance de le connaitre, mais le fait d’entendre ta chanson m’a rappelé toutes ces choses que je savais de lui. » Je voulais simplement une connexion avec mon grand père en publiant sa musique et c’est un bonus encore plus grand de voir d’autres gens y trouver une connexion. Et ça m’a presque fait pleurer de nombreuses fois. C’est juste ces gens qui viennent me voir et qui m’expliquent : « Oh, mon grand père avait l’habitude de me faire des mixtapes avec la musique qu’il aimait ! ». C’est tellement dur, mais tellement beau.

God City, Kurt Ballou, Zach Weeks et Alan Douche

Il n’avait pas eu la chance d’avoir les bonnes connexions, mais toi tu as pu enregistrer tes deux albums aux God City Studios avec Kurt Ballou et Zach Weeks, puis c’est Allan Douche qui s’est occupé du master. Comment as-tu réussi à assembler cette absolue dream team ?

J’ai juste mailé Kurt Ballou. C’est une de mes idoles. Je n’arrêtais pas de me demander comment devrait sonner mon album, et tous les albums qui sonnaient comme je le voulais se trouvaient être des albums que Kurt avait faits. Alors je lui ai simplement envoyé un mail, présenté quelques idées, et il a dit oui.

Je suis allé là bas et il m’a traité comme un ami, pas comme un gamin. Quand le moment est venu il m’a posé la question : « Qui s’occupe du master ? ». Ce à quoi j’ai simplement répondu : « Je sais pas mec, qui devrait le faire à ton avis ? » Et il a été net : « Alan ! Je vais te mettre en contact avec Alan ! »

J’ai rencontré Alan, il voulait qu’on fasse une visio Zoom. Il voulait qu’on puisse avoir une conversation avant même de se pencher sur les aspects techniques. Il voulait juste discuter, qu’on apprenne à se connaitre. Et ça a été le même chose avec lui : c’est un mec qui a travaillé sur des albums qui ont changé la musique en général et il ne me disait rien d’autre que : « C’est quoi ta vision ? Qu’est-ce que tu veux faire ? Fais toi confiance. »

Alors quand « Spire of Fear » est arrivé, je me suis dit que je voulais avoir avec moi mes maitres, les mecs qui m’inspirent dans ce que je fais. Et ils acceptent de s’occuper de moi, alors pourquoi est-ce que je dirais non ?

Etant toi-même producteur, est-ce que le fait de travailler avec eux t’a permis d’apprendre d’eux ? Est-ce qu’ils t’ont inspiré ?

Absolument. Kurt m’a appris beaucoup de trucs techniques. Si tu lui poses la bonne question, il te donnera la réponse que tu veux. Il ne te donnera pas de conseils sans te demander ton avis, mais si tu lui poses une question comme : « Pourquoi la reverb sonne comme ça quand tu la passes dans ce truc ? », il te donnera une leçon d’histoire, parce qu’il sait que ça t’intéresse.

Mais ouais, la chose la plus importante qu’ils m’aient apprise, c’est juste de croire en moi. Dès le début ils étaient genre : « Bien, c’est ta vision. Comment est-ce que ça devrait sonner pour toi ? Ce que je pense n’a pas d’importance. Qu’est-ce que toi tu veux ? Parce que c’est à toi et il faut que tu le saches. »

Et ça a changé ma vie. C’était un beau cadeau pour lequel je ne pourrai jamais assez les remercier.

Le passé, le présent et le futur

Tu as expliqué que tu voyais ton EP « The Ever Growing Wound » comme une représentation du passé. Ton premier album « An Underlying Hum » allait du passé au présent et « Spire of Fear » du présent au futur. Alors maintenant que tu as en quelque sorte bouclé la trilogie et atteint le futur, que te réserve ce futur ?

C’est très intéressant parce que pour moi écrire de la musique ça se fonde toujours sur des expériences et des histoires personnelles, quelles qu’elles soient. Alors c’est vraiment difficile pour moi de regarder vers le futur en me demandant sur quoi je vais écrire maintenant.

C’est aussi une sorte de libération parce que je n’ai plus ces choses qui me restent en tête et qui me bouffent intensément au point d’en arriver à : « Oh mec, il faut vraiment que j’écrive à propos de ça tout de suite ! ». C’était presque subconscient : « C’est cette chose que je dois extérioriser tout de suite, sinon ça va mal se passer. » Je ne ressens plus cela maintenant, alors ça marche et c’est sur la bonne voie.

Je pense qu’éventuellement, la vie change encore et encore et encore. Tu dépasses ces problèmes et tu en reçois de nouveaux. Je suis sûr que les prochains problèmes auxquels je devrai faire face m’attendent au coin de la rue. J’aurai envie d’écrire une chanson à propos de ceux-là quand j’y arriverai, mais pour le moment le futur pour moi c’est surtout le fait que tu ne peux pas écrire de musique sans absorber la vie, alors il est difficile pour moi de m’arrêter et de me calmer. Si tu ne prends pas de pauses pour essayer de vivre ta vie, tu n’auras rien sur quoi écrire.

La raison pour laquelle « Spire of Fear » était si facile, ou peut-être pas « facile », mais que c’était si naturel, c’est parce que j’ai fait une pause. J’ai passé des mois à la maison avec ma femme et je faisais des randonnées toutes les semaines, je lisais des livres… Alors quand je me suis mis à écrire j’avais des centaines de choses auxquelles j’avais pensé, parce que je n’étais pas juste resté assis à la maison à essayer d’écrire de la musique toute la journée.

Je pense que le prochain truc pour moi ce sera de tourner et d’essayer de ne pas écrire d’album de King Yosef, pour me permettre d’en écrire un meilleur plus tard. (rires)

QUESTION BONUS

QUESTION BONUS : Tu as dit que toutes tes paroles étaient très personnelles et ça m’a fait penser à une récente interview du groupe Fange (chez Horns Up, par là), au cours de laquelle le chanteur parlait des gens qui hurlent ses paroles en concert. Au final, il trouvait ça plutôt dérangeant. Qu’est ce que tu ressens quand ça t’arrive ?

Honnêtement, je suis tellement sensible. Ça ne rate jamais, je pleure presque à chaque fois. Si quelqu’un me crie les paroles en retour je vais sortir de scène et être genre : « Laissez-moi une seconde ! » parce que ça m’émeut tellement.

Ce n’est pas genre : « Oh, ils ressentent mes sentiments ! » C’est plutôt une réponse viscérale à cette chose qui m’avait fait me sentir si mal et à cet instant on gagne tous les deux. À ce moment là on est tous les deux en train d’exorciser quelque chose. Et la façon dont ça me touche à chaque fois est tellement drôle. J’essaye de me calmer là-dessus.

Et aussi, comme tout ce que j’écris est si personnel, et je vais avoir l’air prétentieux en disant ça, mais tous ceux qui crient des paroles de King Yosef ne crient jamais ça modérément. (rires) Ils sont toujours super intenses parce qu’ils le ressentent aussi si profondément. Et je pense que c’est cet autre aspect qui m’émeut tant : wow, tu le ressens si intensément que tu es là, à me le dire. Alors ouais, voilà pourquoi je suis toujours aussi ému.


Merci à King Yosef et à Clément de Vous Connaissez ? !

Photos : Emmanuel Poteau


 

ENGLISH VERSION

The tour, Youth Code and Street Sects

You’ve been touring Europe for a week now. How was the tour so far?

It has been good. I mean, it has been very surprising to me. All these places I’ve been going to for the first time ever, or at least playing, and it’s been awesome. I’ve got nothing to complain about. Everybody here takes care of bands so much better than in America, we’re all blown away.

Also, touring America a lot, you start to get very familiar with the freeways and the highways, so things are still exciting here even though they’re pretty boring to you guys.

You’ve already toured the US with Youth Code and Street Sects last summer, so this must feel like a little family vacation by now?

Yeah it kinda does. It feels like we were on summer break and we just came back to school. It was over and now we’re back at it again! That part is very comfortable. It’s not like: “oh no, we’re in a new country and we don’t know the language and we don’t know the bands we’re playing with very well.” It’s very much like working with our best friends. I get to see people I love from all around the world and see all these new places. It’s awesome.

Plus, touring with Youth Code, you get to play the songs from “A Skeleton Key in the Doors of Depression” every night?

That’s true. It’s very funny. It’s been half a decade since we released that record, which is crazy. And now here we are and we’re finally playing it live. If I told me in 2017 that I was on stage with Youth Code because we were on tour together and we made an album together I’d be like “Shut up! No I don’t!”

Industrial Worship

The tour is called Industrial Worship. As you’ve proved it with the song “Everything’s Point of Origin”, you kind of know the genre inside and out. So I’m curious to get your opinion: what do you think is the state of Industrial today and how do you think you fit into it?

I think I’m definitely an outlier. Youth Code and Street Sects, these are my friends, they support me and they have my back. Same for them with me. But the older generation are not necessarily fans of mine all the time, which is fine.

I think Street Sects is very innovative. I think Youth Code is very innovative. I try to be as innovative as I can, so that the next generation has anything to look forward to. I don’t need to write another Ministry album because they already exist. Where I’m at right now is that I’m hoping that the torch gets passed a little bit more by the older bands. Because a lot of people are retiring and there’s a new generation coming out that needs original people to ride for it and be like : “This is what happens next.” So I think we’re in limbo right now but I think it’s going to be positive.

When you tell anyone about industrial metal, they always imagine the pairing of heavy guitars and machines. But in your latest iteration you’ve got almost no strings. And you do play the guitar with your other band Misery Whip and with your latest solo project Wraith Drain. So was that an artistic choice, or a practical one?

We do have guitars with us on stage but my thing is that I’m gonna go as far as I can before I pick it up. That’s my first instrument and sometimes that feels like cheating. I’m not an amazing guitar player but I know how to write music with it. And I don’t think me using a drum machine and a guitar is gonna get me somewhere new. As we talked about, tons of bands have already done that.

So, the reason that guitar is not around a lot is because I’ve already done that. So until it absolutely serves the purpose and makes sense like: “I’ve tried everything else! I know this is this type of song, so I’m gonna do that!”, I’m not gonna use it.

It is very funny, being a guitar player my entire life and I write music where I try to use as little guitar as possible. (laughs)

The samples

You use samples and you record most of them yourself. Do you feel like they are the foundation of your music?

I definitely do. I think that this last album was the first time that I made a sort of library for me to pull from. The way I process samples is obviously the way I want to hear that sort of style being done.

So when I have a song idea and I have this pool to pull from, I’m not pulling from a random soundpack that some guy made. It’s my thing and that already was my idea to begin with. And it starts from this place of feeling maybe a little bit more confident and a little bit closer to yourself.

This library that you’ve made for your latest album, you’ve put it out on your website, on a dropbox, for everyone to download.

Yep!

Do you think that some other artists will use them? One day you might turn on the radio and hear one of your samples in the new Lil Nas X?

Hopefully their songs will be very cool. (laughs) That’s really where I’m at. We have nothing to gain but other people making better music that we all share. Every chef in the world has the same ingredients and they all make different dishes.

I would love to see it but nobody has remade any of my songs with those samples. I don’t know if they could, because it’s not their vision. I would like to think that if they use them, their vision is gonna take them to a whole new really awesome place that I get to witness.

The format

From the beginning you’ve always been very original in the ways you released your music. There was this thing where, to promote “GUILTY.”, people had to confess a guilt to get access to the song “Unshown”. There was a USB drive that you sold with a pocket knife and a stencil…

Yeah that’s crazy, I forgot about all of this! (laughs)

And I don’t know if that was your idea, but Misery Whip had an EP that was sold with a little toy soldier.

Yeah that’s one of my good friends actually, I’ll plug him right now: him and his brother created a table top game called Cyber Savage. And before they made Cyber Savage they thought that it would be cool if we made a mascot and printed it as a miniature. I thought it was awesome and we did it. That was all his idea though.

Is this still something you’re trying to do? Pushing the format?

Sometimes yes, sometimes not. I think it’s just, when it calls for it. I’m not like, sitting and thinking about it for a long time, making sure that I can make it happen… It’s just when I’m doing something and I’m just like: “oh, that would be great!” and then I follow it.

My time gets filled up so much with the composition now… I edit all the music videos, I design the merch and do the website design so… My brain doesn’t have as much free space to be like: “What if I hid a link on a Twitter account that nobody ever found?” or something like that. I would like to do more of it but it will depend, if something calls to me.

The artwork

The artwork for “Spire of Fear” is especially badass. It was created by Nona Limmen. Was it commissioned?

It’s very awesome actually because it’s the Scott Monument in Edinburgh in Scotland. My wife had told me that she loved Edinburgh and the way it looks and I went on a trip with her and two of our great friends and I saw the Scott monument. I had a shitty disposable camera and I took a picture of it.

So when I started marking the ideas and the designs I was like “I know the album is gonna be called this” and I put my picture on there.

I emailed Nona. She had seen our set at Roadburn and I described the concept to her: inorganic things and organic things, something man made opposed to nature… And she was very open to it, she was super awesome. She sent me a small folder of files and the third photo on it is the “Spire of Fear” album artwork, and it’s the same exact monument I had taken a picture of two years before. And I literally had to send her my picture and be like: “Nona! This is the exact thing! This is what I wanted!” And she was like: “Wow! That’s yours, let’s do it!”

It was one of those things where it was so synchronized that you just kind of have to be like: “That’s what we’re doing then!” Because how could it be any other way, you know?

A funnier thing that I will also mention is that it’s the Scott Monument for Sir Walter Scott who is an author in Scotland. I released the album on August 15, unknowingly on Walter Scott’s birthday.

So, some synchronicity there…

Exactly! It had to be that way because I didn’t plan and didn’t think about any of that.

Walter

We’ve talked about your library of samples, but there are some samples that you obviously didn’t put on the dropbox, which are the recordings of your great grandfather that we can hear on “Walter”. What was your intension with this track if that’s not to personal?

I mean the big thing for me was that my great grandfather, he didn’t get a shot to release music. That wasn’t in his cards you know, he grew up in poverty in a reservation and had a bunch of kids and lived his life. He was a working guy who took care of his wife and kids and didn’t get the time to be like: “I’m gonna go out and play concerts! Try to press a record, find a deal, get a booking agent…” That wasn’t gonna happen for him.

So I think that was for me to be able to have this connection to him where now his voice is out there. It’s not like it’s a number one record and we’re topping the charts with it but it was important for me for people to be able to hear his voice, to hear his music.

And on the B side of it, people talk to me about this song at every single show. Because they have some sort of connection to their grandfather or their great grandfather where they’re like: “Wow, I didn’t get to know him but hearing your song made me think about all these things I knew about him.” It was just so I can connect to him and get his music out there, and an even bigger bonus is other people connecting with it. And it has almost made me cry multiple times. Just people coming up to me and explaining to me: “Oh, my grandpa used to make me mixtapes of music he liked!” It’s always so heavy, but so sweet.

God City, Kurt Ballou, Zach Weeks and Alan Douche

He didn’t have the right connections, but you recorded both of your albums at God City Studios with Kurt Ballou and Zach Weeks, and had them mastered by Alan Douche. How did you assemble this absolute dream team?

I cold emailed Kurt Ballou. He’s one of my idols. I kept thinking: “How would my record sound?” And every album I thought about that sounded how I wanted to ended up being an album that Kurt made. So I cold emailed him, sent him some ideas, and he said yes.

I went there and he treated me like a friend, not like a kid. When it came time, he asked me: “Who’s mastering this?”. So I just said: “I don’t know man, who should master it?” And he was like: “Alan! I’ll link you up with Alan!”

I met Alan, he wanted to do a Zoom call. He wanted to have a conversation before we got to anything technical. He just wanted to chat, to get to know each other. And same thing with him: he’s a man that has worked on records that have changed music and he was nothing but like: “What’s your vision? What do you wanna do? Trust yourself.”

And so when it came to “Spire of Fear”, I thought I had to have my masters, the guys I look up to for all the stuff that I do. And they’re willing to have me, so why would I not?

You being a producer yourself, working with them, did you learn from them? Did they inspire you?

Absolutely. Kurt has taught me a lot of technical things. If you ask him the right question he’ll give you the answer you want. He’s not gonna give you any unwarranted advice but if you ask him a question like “why does the reverb sound this way when you run it into this thing?” he will give you a history lesson and teach you, because he knows that you care enough.

But yeah, the biggest thing that they taught me was just to trust myself. Really early on they were like: “Well, this is your vision. What should it sound like to you? It doesn’t matter what I think. What do you want? Because this is yours and you need to know that.”

And that has changed my life. That was a beautiful gift that I can’t thank them enough for.

Past, present and future

You’ve explained that you had this vision of the EP “The Ever Growing Wound” representing the past. Your first album “An Underlying Hum” was past to present, and “Spire of Fear” present to future. So now that you’ve sort of closed this trilogy and reached the future, what does this future hold for you?

It’s very interesting because writing music has always been about my personal experiences and my personal stories, whatever they may be. So it’s really like, jarring, looking to the future and thinking about what I’m gonna write music about now?

It’s also kind of liberating because I don’t have things rattling around in my mind that are stressing me out and would eat me up so deeply that I’m like: “Oh man, I need to write about them right now.” It was almost subconscious: “this is this thing that I need to get out of me right now, otherwise it will be bad.” I don’t feel that way right now, so it’s working and it’s on the way.

I think that eventually, your life just changes over and over and over. You conquer these problems and you get different problems. I’m sure that my next set of problems that I have to face and own up to are around the corner. I will want to write a song about those when I get there but the future for me right now is the fact that you can’t write music unless you absorb life, so it’s hard for me to stop and calm down. If you don’t take breaks and try to live your life, you’re not gonna have anything to write about.

The reason “Spire of Fear” was so easy, or maybe not “easy” but there was so much of a pull, was because I took a break. I spent months just being home with my wife and I was going on hikes every single week, reading books… So when I went to write I had hundreds of things that I thought about, because I didn’t just sat at home and tried to write music all day.

I think that the next thing for me is gonna be touring and trying not to write a King Yosef record so I can write a better one later. (laughs)

BONUS QUESTION

BONUS QUESTION : So you’ve said that all your lyrics are very personal and I was thinking about a recent interview of the band Fange (from Horns Up, right there) where the singer was asked how he felt when people were screaming his lyrics back at him during shows. And he said that it made him feel a bit uncomfortable because they’re so personal. What is it like for you when it happens?

Honestly I’m so sensitive. It’s like without fail, I almost cry every single time. If somebody’s yelling the words back at me I will get off stage and be like “I need to take a second!” because it makes me so emotional.

It’s not like “Oh, they feel my feelings!”. It’s more like a visceral response from this thing that made me feel so negative and we both are winning together right now. In this moment we both are exorcising a thing. And how emotional it makes me every time is so funny. I try to calm down on it.

But also, because everything I write is so personal, and this is gonna make me sound like I’m cocky or something, anybody that yells King Yosef lyrics has never yelled it mildly. (laughs) They’re always being very intense because they also feel it so deeply. And I think that’s the other aspect of it that makes it so emotional for me: wow, you feel it so strongly that you’re here, telling me. So yeah, that’s why it makes me feel so emotional.


Thanks to King Yosef and to Clément from Vous Connaissez ? !

Photos : Emmanuel Poteau


 

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