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Rarement j’aurais ressenti une telle excitation autour d’une date au Grand Mix. Pas que la programmation ne nous comble pas, loin de là, on traite suffisamment l’actualité de la salle et de live reports pour dire que c’est un peu la maison. Mais quand une grosse publication nationale vous appelle pour avoir des photos du show, que la date affiche complet alors qu’il s’agit d’un premier album, encensé de tous, on sentait que ce lundi, il fallait être là. Ne pas louper The Murder Capital, la nouvelle sensation d’une scène rock en plein essor outre-Manche et enchainant les perles, d’Idles à Fontaines DC en passant par Shame et désormais ce quintet irlandais.

When I have a good opener band.

Et histoire que la soirée soit encore meilleure, on nous gratifie des furieux Structures en première partie. Troisième fois en un an qu’on a le plaisir de voir les jeunes amiénois sur scène et décidément, ils ne font que confirmer à chaque passage leur montée en puissance. Toujours plus assurés, les mecs ne déçoivent pas. C’est carré, ça joue fort, ça joue bien et les nouveaux titres s’annoncent tout aussi prometteurs que ceux du premier EP, EP qui avait emballé la presse. Le groupe semble même faire sacrément évoluer ses compositions vers une structure plus complexe, plus diversifiée, du coup, on a hâte, très hâte que le groupe lâche enfin ce tant attendu premier album.

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Montée en puissance.

Puis The Murder Capital se font un peu désirer. Rentrent discrètement sur scène sans fanfaronnade. À peine de quoi voir où mettre ses pieds sans trébucher sur un instrument. Mais les mecs ont une vision. Une vision claire de ce que doivent être leurs performances lives. Ayant livré un album soufflant le chaud et le froid en termes de rythme, les irlandais savent que l’automne vient de commencer. Winter is coming comme dirait l’autre. Alors, le Royaume du Nord, on va te le réchauffer. Mais pas tout de suite. On va d’abord mener le public, attentif, dans une petite transe. Tranquillement mais assurément. « Slow Dance I » et II servent donc d’entrée en matière où la voix de James McGovern, frontman de son état, résonne de concert avec les instruments. Amples. Appliqués.

Chacun partage son espace dans une ambiance teintée de bleu puis de rouge, hypnotiques, fusionnant quasiment pour notre plus grand plaisir. Tremplin d’une soirée qu’il n’aura pas fallu louper pour dire j’y étais. Car si « Twisted Grounds » semble emmener The Murder Capital sur des terres calmes, les paroles sont, ici, marquées par le décès d’un ami. Les titres sont donc graves, sérieux mais « Love, Love, Love » n’est que le début d’une procession musicale qui va se faire de plus en plus pressante. Concentrés, le quintet n’en fait pas des tonnes, remplit au maximum l’espace de la salle de sa musique. Urgence sociale, réveil hagard d’un monde uberisé dont on s’extrairait rampant, rageur, porté par des guitares de plus en plus violentes, dissonantes parfois. « I am the underworld, the one you want to leave, A frail democracy, benign treaty, courageously foreseen, dreamed », « For Everything » titre quasi martial dans sa batterie au final entêtant rappelle au public que The Murder Capital n’en oublie pas ses titres les plus féroces. La musique est sombre comme un ciel irlandais mais derrière, l’envie de ne pas se laisser assommer, ne pas se laisser faire. Combattre cette angoisse sociale qui est la nôtre, résister, ne pas plier. Encore et toujours.

The Murder Capital n’ont pas peur.

Et on suit. On suit McGovern et son groupe sur des terres torturées à la Joy Division et on résiste difficilement à la montée maitrisée, cette tension suspendue de « Green & Blue ». Résister, ne pas plier. Encore et toujours. Alors on s’accroche. On avance. Sans rechigner. « More is Less » sonne la charge, McGovern gueulant à tout va « More, more, more, More is less, more is less » devant un public désormais chaud bouillant, pogotant devant la scène. Les lumières tamisées des premiers titres ont laissé place aux lumières franches, aux descentes du frontman et des musiciens au sein même du public. Aller au contact, résister, ne pas plier. Résister et affronter. More, more, more. Se réapproprier l’espace. Se réapproprier un Dublin bouffé par les AirBnB et autres hôtels de touristes. Se réapproprier le pouvoir. Au paroxysme du rageur « Feeling Fades », plus rien ne retient le groupe, McGovern porté par le public, s’accroche aux spots suspendus d’une salle en fusion pendant que les musiciens s’acharnent sur leurs instruments.

Arrêt des hostilités. The Murder Capital disparaissent comme ils sont apparus. Songe d’une nuit d’automne où la lumière résiste encore à l’obscurité. Plier mais ne pas rompre. Ou alors rompre pour mieux renaitre. Revenir plus fort. Résister encore et toujours. Cycle éternel et vicieux d’une vie qui cherche encore et toujours son sens dans une société plus déshumanisée. Il fallait y être, on y était et on n’a pas regretté.

J’en profite pour remercier Him Media, le groupe lui-même qui ne m’aura pas viré de sa guestlist et les copains du Grand Mix pour l’accueil parfait. 🙌🏼

SETLIST

Slow Dance I
Slow Dance II
On Twisted Ground
Love, Love, Love
For Everything
Green & Blue
Don’t Cling To Life
More Is Less
Feeling Fades