Finalement, chroniquer un album de U2, c’est un peu comme faire un audit économique. Le groupe irlandais étant parmi les plus puissants (financièrement parlant en tout cas), on en viendrait presque à penser qu’ils sont surtout les principaux actionnaires d’une entreprise qui ne risque pas de connaître la crise ! Il faut dire que le conglomérat irlandais compte des millions d’actionnaires à travers le monde, prêts à investir encore et encore sur leur boite préférée… Parfois même au risque de se faire rouler puisque semblant faire preuve d’une confiance aveugle auprès de cette institution (comme les banques ?). Alors ce nouveau U2, véritable bonne affaire dans le domaine de la finance musicale ou montage frauduleux d’envergure à la Bernard Madoff ? C’est un fidèle mais clairvoyant actionnaire du groupe qui tente d’y répondre.

Avant tout, ce ‘No Line On The Horizon‘ a bien évidemment bénéficié du plan marketing habituel du groupe, destiné à placer un album dans chaque foyer du monde (aux côtés d’une bouteille de Coca-Cola bien sûr) : faux buzz à base de titres écoutés trop fortement et enregistrés par les voisins avec diffusion sur le web, enregistrement aux 4 coins du monde, album révolutionnaire annoncé par le manager (comprendre comptable) du groupe, etc… Et puis, et puis, c’est le premier single ! ‘Get On Your Boots‘ qui n’aura rien du tube espéré. Je garde en mémoire la géniale OPA de ‘Vertigo‘ en 2005 qui n’avait certes rien de révolutionnaire mais assurait au moins le spectacle ! Ici, on attend encore l’explosion, le refrain accrocheur qui va pousser les actionnaires à se dire que l’on tient là un coup sur lequel il faut vraiment miser, quoi qu’en disent les autres. Oui, les autres, ceux qui ne misent rien sur U2 pensant que le groupe ment sur ses résultats depuis bien trop longtemps pour ne pas tomber en cette période de crise. Et bien avec cet album, ces « autres » ne risquent pas vraiment de changer d’avis et on aurait même tendance à leur donner raison cette fois.
Et ce n’est pas faute de tenter nous convaincre du contraire, les irlandais haranguant l’auditeur à coup de « wohouwohou » sur le titre ‘No Line On The Horizon‘ ou encore de « hahahahaaaa » sur ‘Magnificent‘ qui a néanmoins le mérite de se montrer sympa à l’écoute. Certes, c’est U2 qui y fait du U2 mais c’est au moins ça car le plus regrettable, c’est d’entendre par exemple la version 2 de ‘No Line On The Horizon‘ (single ‘Get On Your Boots‘), plus enlevée et carrément plus accrocheuse, celle-ci a été reléguée au statut de face B, laissant place à une version plus calme, moins rentre-dedans. Pour ne pas bousculer les plus vieux actionnaires ?
Car oui, à trop vouloir jouer la sécurité, U2 tombe vite dans des travers peu enviables avec des titres mid-tempo sans réelle recherche ou innovation (les mauvaises langues diront que ça fait bien longtemps… et ils ont raison) mais là, le groupe semble se complaire dans une facilité excessive comme sur ‘Moment Of Surrender‘ et ses choeurs fleurant bon la mièvrerie et la récup’ grossière. La facilité se faisant parfois avec plus d’efficacité (et c’est tant mieux) comme sur ‘Breathe‘, véritable hymne rock qui fera sensation dans les stades ; guitare volontaire et refrain accrocheur ou encore ‘Stand Up Comedy‘, incisif, tendu et certainement le titre le plus surprenant dans son approche musicale sur un album jusque là sans véritable surprise (malgré les ‘wouhouhous‘ de Bono dont on viendrait presque à se demander s’il ne va pas accoucher ou si le manque d’inspiration a même joué sur le songwriting).
Puis tombent les déplaisants frais bancaires, ‘I’ll Go Crazy If I Don’t Go Crazy Tonight‘, véritable montagne russe parsemée de hauts et de bas me laissant penser parfois que le titre vaut le coup (sur ses ponts) et parfois, non ; la voix de Bono pouvant être limite supportable quand il tape dans de pareils aigus. Et le reste s’écoute sans possibilité de bouclier fiscal, même pour les plus riches musiciens ! ‘Fez Being Born‘ est par exemple victime du côté pompeux du groupe, intro pseudo-ambiante peu palpitante avec des bouts de ‘Get On Your Boots‘ dedans alors que le reste du titre (s’ouvrant aussi à coup de ‘hahaaaaa‘) manque singulièrement d’intérêt, cela valait-il vraiment la peine de jouer la carte du Maroc pour en arriver à un titre aussi passe-partout ? La ballade ‘White As Snow‘ ne sauvera pas plus le peu d’investissement restant encore à l’auditeur-épargnant, dommage parce que cela aurait tendance à flinguer la classique ballade de fin d’album ‘Cedars Of Lebannon‘, elle, bien mieux foutue, plus subtile et presque plus sincère que le reste.

Nous le savons tous, U2 se repose depuis (un peu trop) longtemps sur ses lauriers et masque encore difficilement ses atours de plan marketing bien rodé. Trop d’ailleurs pour un concept qui s’essouffle inévitablement. Du coup, on en vient forcément à regretter le renvoi prématuré du producteur Rick Rubin, ayant prôné un ‘retour aux racines‘ au début de la conception même de cet album mais ce renvoi se comprend mieux avec le recul. Celui-ci avait eu le tort de remettre en cause les méthodes de travail (pour ne pas dire acquis) du lobby irlandais, pas plus prêts à lâcher de leste que leurs amis du MEDEF. Malheureusement pour eux, en cette période de crise, le public a tendance à en vouloir aux grands patrons qui se vautrent dans leurs acquis à la vue de tous.

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