Les enragés de Gallows signant chez Warner, voilà qui a du étonner les fans du groupe anglais. Cela a même suscité de nombreuses inquiétudes: la démarche artistique brutale des anglais survivra-t-elle aux probables exigences des chefs de produit de la Warner ? La musique de Gallows est aussi accueillante qu’un crachat à la gueule, c’est même ce qui semble faire sa force; un polissage de leur musique serait du plus mauvais effet.

Les natifs de Watford l’ont bien compris, Il n’y a pas de signes d’assagissement sur ce ‘Grey Britain‘. Au contraire, l’album renferme les passages les plus violents du groupe. Preuve en sont le refrain et la conclusion tonitruante de ‘Black Eyes‘, la fin pyromane de ‘I dread the night‘ ou le mosh part brutal de ‘Misery‘. Les Britanniques n’hésitent plus désormais à utiliser la double-pédale, ni à faire durer les gueulantes, en plus de la voix crasseuse de Frank Carter. Le rouquemoute est d’ailleurs en grande forme, teigneux comme jamais, remplissant à merveille son rôle de front man sauvage sur tous les fronts, avec une présence vocale qui rappelle cet authentique rageux qu’est Jamey Jasta de Hatebreed.

En dehors des accès de violences jusqu’ici inédits, Gallows joue toujours un punk hardcore dévastateur enrobé d’un son garage lorgnant vers Hellacopters ou The Bronx. Tout au long de l’album, le groupe oscille entre ces deux composantes. L’énergie punk se ressent comme un poing dans la gueule sur ‘Death voices‘, notamment grâce au break qui résonnera dans toutes les salles où passeront ces fous furieux. Pour le rayon rock’n roll, on ira plutôt voir du coté de ‘Leeches‘ qui aligne les riffs qui sentent l’asphalte.

Et puisqu’ils ont désormais des moyens confortables pour faire leur disque, Gallows a voulu faire les choses bien. Les morceaux de l’album s’articulent autour de 4 titres élaborés, moins directs, aux tonalités bien différentes du reste. ‘The Riverbank‘ ouvre l’album telle une intro d’un thriller, avec un thème inquiétant joué au violon faisant écho au thème de fin d’album, après la marche militaire concluant ‘Crucifucks‘. ‘The Riverbed‘ est un martèlement démoniaque évoquant le bombardement d’une ville. ‘The vultures I&II‘ est une chanson-concept, qui voit Carter chanter avec une jolie voix claire (!!) sur une mélodie acoustique malsaine, avant d’enchaîner sur un brûlot punk, le tout dans une mise en scène apocalyptique. L’enchaînement ‘The vultures I&II‘ – ‘The Riverbed‘ est d’ailleurs d’une rare cohérence, et on s’étonne de voir un groupe supposement bourrin comme Gallows y parvenir.

Plus violent, plus recherché, plus sombre… ‘Grey Britain‘, album de l’année ? Eh bien non, pas vraiment. Le disque renferme quelques titres bovins et mal dégrossi en fin d’album (la suite ‘The great forgiver‘, ‘Graves‘ et ‘Queensberry rules‘). ‘Crucifucks‘ part un peu dans toutes les directions sans réel but. L’album étant parsemé d’interludes aidant à la cohérence de l’ensemble, avoir un tiers des titres qui laissent de marbre pénalise pas mal. Gallows semblent ne pas pouvoir maintenir le même niveau de tension sur la longueur, ce qui se ressentait déjà un peu sur ‘Orchestra of Wolves‘. ‘Grey Britain‘ reste un bon album, avec son lot de claques et de morceaux de bravoure. Une chose est certaine, il va falloir prévoir un casque de hockey pour se mêler à la fosse lors de leurs concerts.