Que cela soit dit, on n’a rien contre Sonic Youth. Peu de groupes sonnent aussi cool. Cependant, en écoutant ‘The Eternal‘, il semble difficile de ne pas cogiter un minimum sur les américains qu’on compare volontiers au loup blanc. Et là arrive une question toute simple dont beaucoup n’aimeront pas la réponse : Sonic Youth a-t-il déjà écrit une vraie chanson ? Avec une belle mélodie qui reste en tête, un pont qui dresse les cheveux sur la tête, un truc à siffloter… La réponse commence par la lettre N et rime avec carton (allez, ‘The Diamond Sea‘, à la limite). Les légions de fans de Sonic Youth risquent de nous expliquer à grand renfort de métaphores que ce n’est pas là l’intention du groupe. Certes. Le groupe surprend, fait de l’art, déstructure, restructure, fait de l’abstraction avec des guitares gorgées de distortion. Tout cela est très cool et ça fait mine de rien très intelligent de cultiver à la fois les neurones et les pulsions. Mais franchement, en écoutant ‘The Eternal‘, on se dit que finalement de surprise, il n’en a jamais été question avec Sonic Youth. Le groupe fait toujours plus ou moins la même tambouille expérimentale, parfois pop (‘Rather ripped‘), parfois grungo indie rock (‘Goo‘), parfois noise (‘The Eternal‘). Finalement rien de surprenant, un plan de carrière qui consiste à faire croire qu’il n’y a pas de plan, qu’on obéit à l’instinct. Rien de grave mais ça flaire presque l’imposture. Le groupe expérimental dont il est verbotten de dire du mal ne serait-il que l’équivalent arty des gros gogoles de Blink 182, un groupe faisant toujours la même chose? Pas impossible se dit-on en entendant ce ‘The Eternal‘ sans surprise, cahier des charges suivi à la lettre, ambiances caractéristiques, travail intéressant sur les voix. Sonic Youth veut tellement se rebeller qu’il en rejoint l’évidence, ce qui est une forme de soumission… Les fans vont être ravis, les sceptiques continueront à ne pas remplir les fosses et tout le monde sera heureux, ce qui finalement est le signe d’un bon groupe, non ?