Din l’ch’Nord, on est fiers de nos produits locaux que ce soit nos fromages débouche chiottes, nos bières de vrai caractère (inspirées il est vrai par nos voisins belges et probablement meilleurs brasseurs du monde), on cultive une nature brut de décoffrage. Niveau zik, je pourrais vous remettre une couche de Stéphane Buriez mais c’est d’une formation cambrésienne dont je souhaite vous entretenir : Dylath-Leen délivre un death metal sombre et lourd, mêlant l’abrasif à l’atmosphérique en des moments bien sentis. Le groupe s’était déjà fait remarqué dès son 1er album, ‘Insecure‘, dans le petit monde confidentiel du métal : des chroniques et interviews dans divers fanzines et magazines spécialisés, participation à plusieurs festivals (notamment le Hellfest 2007). L’arrivée l’année dernière de ce ‘Semeion‘ est venue confirmer que Dylath-Leen a tout pour jouer dans la cour des grands.
Alors sans vouloir vous faire de cachoteries, je ne viens pas uniquement vous parler de ce groupe à cause des liens d’amitiés qui se sont noués sur les bancs de la fac avec certains de ses membres, non, Dyltah-Leen a de vrais atouts à lui tout seul, ne serait-ce que par l’obsession d’Igor (chant-guitare) pour l’univers et l’oeuvre d’H.P. Lovecraft et qui explique en grande partie l’atmosphère oppressante et inquiétante qui se dégage de chaque morceau. L’alter ego d’Igor dans ce groupe ne s’appelle pas Max mais Kathy et elle n’a rien a envier à notre vieillard brésilien préféré.
Véritable contre-partie d’Igor au chant et à la gratte, elle tient tête avec ses growls dévastateurs à ceux tonitruants de son homologue masculin. D’ailleurs si les Suédois peuvent être fiers d’Angela Gossow d’Arch Enemy, sachez que nous Français n’avons point à rougir avec Kathy, quant aux Italiens et leur Critina Scabbia, on peut carrément leur rire au nez (oui, là je parle de vrai métal, hein les gars).
Car comme si à mon habitude, j’aime le chant clair, ce n’est que quand il est utilisé avec une parcimonie venant sublimer la barbarie, vous savez ces quelques grammes de finesse dans des tonnes de brutalité. Que ce soit avec la grâce d’un ange (‘Adorning Wounds‘), la volupté d’une nymphe (‘Frozen Reflect In A Broken Mirror‘), la mélancolie d’une veuve (‘My Despair‘), on est jamais loin d’une sauvagerie allant tataner dans le bon vieux growl des familles jusqu’à des aigus criards de harpie démente prêts à mettre en charpie vos tympans ou faire voler en éclat le service de verres en cristal de vos grands parents (‘Leering Sky‘, ‘So Ill-Fated‘).
L’amplitude vocale de la belle est assez effarante, reste à l’auditeur à tenir le choc. La bête quant à elle apporte à dose égale sa puissance de feu avec les badass growls d’Igor, mention spéciale à ‘Leering Sky‘ où les [k] claquent comme des tessons de bouteille.
Et musicalement me direz-vous ? Les rythmiques avancent bien souvent en un mid-tempo aussi inexorable que la progression d’un rouleau compresseur, une double pédale qui sait se faire assassine (la fin d”Adoning Wounds‘), une basse pesante et ronde qui vient stabylobosser par instants ‘passage lourd’ (fin de ‘Scars As Victories‘). Les ambiances se fondent les unes dans les autres, bien souvent rentre dedans et apocalyptiques, elles se muent en des passages trippants, atmosphériques grâce à des samples industriels de la peur. Les riffs sont bien catchys par moments, parfois entêtants, lancinants, les breaks assureront à votre chiropracteur un fond de commerce inépuisable.
Surkiffage total des 2 petits bijoux que sont ‘Leering Sky‘ et ‘Frozen Reflect In A Broken Mirror‘, morceau qui se durcit et se saccade progressivement avant de s’ouvrir sur un vortex planant qui monte à son tour pour délivrer ce ‘Never give hope‘ dans un vrai moment qui vous arrache les tripes et qui ne manque pas de me foutre la pilosité au garde à vous.
Dylath-Leen nous délivre ici un album avec une identité toute particulière et déjà très forte, un groupe que tout amateur de métal, un tant soit peu curieux et chauvin, se doit de découvrir.