« Some say love, it is a river » et le blondinet à perruque s’écroule.

Dans la mythologie Nirvana ce concert du festival de Reading en 1992 figure en bonne place. Ceci explique probablement pourquoi il s’agit du premier concert intégral (exception faite de l’unplugged) du trio à se voir gratifier d’une sortie officielle. Pourquoi maintenant, on ne saurait dire mais franchement on ne va pas bouder son plaisir d’autant plus que, merci le suicide( ?), il se dégage toujours quelque chose de poignant de Nirvana. Cobain, même lorsqu’il s’en branlait ce qui devait souvent être le cas, hurlait ses tripes comme personnes. .. Toutefois en 2009 Nirvana c’est compliqué. Personne ne s’en réclame, personne ne sonne comme un malheureux clone, toutes les personnes normalement constituées sont passées à autre chose, bref, ça ressemble à une faille spatio-temporelle de vrai rock et d’auto destruction sur scène comme il n’y en a pas eu depuis. Pourtant, voir théorie exprimée dans ces mêmes colonnes, le rock ou plutôt la place de celui-ci ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans le tourbillon ‘Nevermind‘.

C’est précisément de ce tourbillon qu’il est question dans ce live. Cobain semble encore s’en amuser, mais son groupe est au sommet ce 30 août 1992, ‘Nevermind‘ cartonne et ‘Live at Reading‘ confirme qu’à l’époque, un concert de Nirvana est the place to be. Qu’y a-t-il à voir sur ce Dvd ? Pas grand chose en fait… Nirvana ne fait pas dans le son et lumières, la scène est réduite à son strict minimum, pas besoin de fioritures, à peine aperçoit-on un roadie danser sur scène. Les réalisateurs ont eu la chic idée de respecter cette approche en n’ayant pas trop recours au montage marteau-piqueur très en vogue où il n’y a rien à piger. Voilà pour le Dvd dont on se fout finalement un peu, la musique ça s’écoute nous dit-on justement à l’oreillette. Le Cd vendu avec (contenant une chanson en moins « Love buzz » et les commentaires entre les chansons) nous intéresse drôlement plus. La performance du groupe allie classe et bordel, le son nickel n’a pas été enjolivée, on entend tous les plantages et ils sont nombreux, la saturation typique du groupe vrille toujours autant les tympans, les tubes sont grosso modo expédiés au début et la suite est bourrine à souhaits. On entend un groupe qui en a déjà marre de son tube qu’il sabote à moitié (au passage, on n’a jamais entendu une bonne version de ‘Smells like teen spirit‘ en live alors que les autres chansons de Nirvana gagnent toujours en intensité en live, faut-il en déduire que Teen spirit est surtout une chanson mieux produite ?), un groupe dont les tics de compositions sautent aux oreilles (la célèbre saturation systématique des refrains), un groupe dont les meilleures mélodies ne sont pas celles des singles (‘Lounge act‘, ‘On a plain‘), un bassiste plutôt bon, un batteur restant sacrément impressionnant ici un peu sous mixé d’ailleurs et un anti guitariste hurleur de premier ordre. Et des putain de bonnes chansons. Les sots vous racontent souvent ceci : « Ouais Nirvana c’est de la merde c’est trop facile à jouer », dernière occurrence personnelle il y a moins d’un mois. Peut être mais Nirvana composait des chansons du feu de Dieu. « Lithium » et son refrain salvateur, « Aneursym » ou le punk rock de Cobain à son paroxysme, « Lounge act » et sa mélancolie sous jacente, « Drain you » était la préférée du Jésus grunge c’est dire. Presque tout ‘Nevermind‘ y passe, la cover « D-7 » est effectuée avec grande classe et si le principal reproche fait à ‘Nevermind‘ est son aspect lisse, on se réjouira d’entendre un groupe live éminemment bordélique.

Live at Reading‘ surfe avec joie sur la mode actuel des bootlegs édités officiellement et on ne saurait se plaindre de celui-ci qui nous prouve que si l’amour est une rivière, la beauté de celui-ci se trouve aussi dans des chemins tortueux voire boueux. Comme ceux de la Wishkah, peut être.