Plus le temps passe, plus la musique de The Dillinger Escape Plan est plaisante. ‘Ire Works‘, leur précédent album, était un exemple de maîtrise, intégrant parfaitement les passages mélodiques dans le flot de saillies furibardes. Ce nouvel opus ‘Option Paralysis‘ se pose clairement comme sa suite et reste dans la même démarche. Tout juste peut-on constater une plus grande part de chant non hurlé dans la performance de Greg Puciato. Les quelques brutes épaisses qui trouvent que The Dillinger Escape Plan se ramollissent d’album en album peuvent camper sur leurs positions et continuer sereinement à médire, tandis les aficionados (dont je fais partie) se jetteront dessus sans retenue. Et hop, une chronique de bouclée.

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OK, on va étoffer un peu. The Dillinger Escape Plan est un groupe schizophrène qui selon l’humeur fait péter les décibels avec des rythmiques fracassées propres à désaxer l’esprit le plus stable; ou alors se vautre avec délectation dans un rock aérien et sombre (bien que totalement gay) à la A Perfect Circle. Il va sans dire que les premières écoutes de leur musique laissent souvent le néophyte perplexe. Par contre, à peine commence-t-on à apprécier que l’on se retrouve rapidement piégé. Comme dit plus haut, ‘Option Paralysis‘ est construit quasiment de la même manière qu”Ire Works‘, à savoir: une entrée tonitruante, deux chefs d’oeuvre, un final en douceur et un bon matelas de titres ultra couillus. Inventaire.

Farewell, Mona Lisa‘, c’est du deux en un: entrée tonitruante et chef d’oeuvre. Parfaite synthèse de l’univers des américains, elle nous trimballe énergiquement entre tension, apesanteur et soulagement, tel un grandiose roller coaster musical. ‘Widower‘ est à ce jour le titre le plus finement ciselé de The Dillinger Escape Plan. Un piano très sobre, des percussions ennivrantes, un crescendo captivant, une voix virevoltante, une soudaine montée d’adrénaline, un nuage de jazz, un auditeur sous le choc.

Ben Weinman (guitare) déclarait en cours d’écriture qu”Option Paralysis‘ serait fucking heavy. On en doute un peu après avoir écouté ‘Widower‘ et surtout ‘Parasitic Twins‘ qui clôture doucement l’opus. Pourtant cet effort renferme du méchant, du très méchant même, en en quantité suffisante pour affoler un sismologue. Parmi les déflagrations, on citera ‘Room full of eyes‘ au dénouement extrêmement pesant. Pour le coup, on aura rarement entendu le quintette du New Jersey aussi heavy. Au jeu de la chanson la plus tarée, malgré la bonne tenue de la bien sombre ‘Good Neighbour‘ et de la sautillante ‘Endless Ending‘, c’est ‘I wouldn’t if you didn’t‘ qui remporte la palme. Quatre minutes de grind furieux explosant allègrement les limites de vitesse, au final apocalyptique à peine ralenti par un interlude au piano. Enfin, même si ces deux titres ne sont pas aussi convaincant que le reste de l’album, on signalera qu’avec ‘Gold teeth on a bum‘ et ‘Chinese Whisperer‘, The Dillinger Escape Plan se montre capable de faire des chansons tout à fait potables sans verser dans le radicalisme musical. Mais bon, ça on le savait depuis ‘Milk Lizard‘.