KoRn est un groupe qui aime aller vite. Depuis leurs débuts en 1993, ils sortent les albums par paires, quitte à un peu bâcler le deuxième… Ainsi, si l’on en croit Jon Davis, ‘Life Is Peachy‘ est inférieur à ‘KoRn‘, de même qu »Issues‘ comparé à ‘Follow The Leader‘… Alors avec ce ‘Take A Look In The Mirror‘ sortant moins de 18 mois après un ‘Untouchables‘ salué par la critique mais aux ventes mitigées, on était légitimement en droit de se poser des questions quant à l’avenir de la formation californienne…

Et bien rassurez-vous ! Ce sixième opus sorti tout droit d’Huntington Beach est en quelque sorte un retour aux sources ! Oubliez la voix mollassonne de Jon sur Untouchables, le HIV hurleur est de retour, et de quelle manière ! Avec cet album auto-produit, KoRn a voulu aller à l’essentiel, oublier les expérimentations peu concluantes d »Untouchables‘ et surtout se passer des conseils avisés d’un producteur ou de tout autre parasite susceptible de nuire à leur créativité. ‘Take A Look In The Mirror‘, c’est donc un album 100% KoRn, et rien d’autre !

Vous retrouverez donc ce son bien crade, avec la basse claquante de Fieldy (qui manquait cruellement au précédent album). Les riffs de Munky et Head sont basiques, certes, mais plus lourds et jumpants que jamais ! Jon Davis, comme je vous l’ai dit plus haut, est aussi agressif qu’à ses débuts, et il se permet même quelques explosions vocales du plus bel effet sur ‘Here It Comes Again‘, ‘Everything I’ve Known‘, ou encore ‘Alive‘. On retrouve toute cette rage envolée depuis le mythique ‘Life Is Peachy‘. Ses râles gutturaux sur ‘Alive‘, ‘Break Some Off‘ ou encore ‘When Will This End‘ sont là pour prouver aux plus sceptiques qu’il n’a rien perdu de ses capacités vocales… On croirait entendre un chanteur de death métal par moments ! Quant à David Silveria, ben disons que ce n’est plus tout à fait le génie que c’était, mais il possède encore un sacré coup de poignet comme en atteste l’intro assourdissante de ‘Break Some Off‘.

Si l’on s’intéresse de plus près aux compositions, on remarque qu’il s’agit d’un retour aux sources sans vraiment en être un… Alors OK, ça claque, c’est du gros son, mais les passages mélodiques ne sont pas pour autant négligés. La cornemuse est de retour après 4 ans d’absence, mais ‘Let’s Do This Now‘ n’est tout de même pas du même calibre qu’un ‘Dead‘ ou qu’un ‘Shoots & Ladders‘. En fait, c’est là que se situe le gros problème de ‘Take A Look In The Mirror‘ : c’est un album homogène, avec une succession de bonnes compositions, mais beaucoup d’entre elles se ressemblent. Les riffs manquent en effet cruellement d’originalité : dès la première écoute, on a l’impression de les connaître par coeur et de les avoir entendus 1000 fois dans d’anciens titres du groupe ! En plus de s’autoparodier, les Californiens ont également repompé sans vergogne la mythique ‘One‘ (Metallica) à la fin de ‘Here It Comes Again‘… Et ben, c’est du propre tout ça !

Néanmoins, on en prend quand même plein les oreilles : pour une auto-production, le son est grandiose, comme le prouvent les intros de ‘Right Now‘ ou de ‘Here It Comes Again‘ (dingue ce son de glaçons qui s’entrechoquent !). Le CD comporte son lot de tueries (‘Right Now‘, ‘I’m Done‘, ou la très sombre ‘Counting On Me‘), mais ce sont trois autres morceaux qui se distinguent du lot : tout d’abord ‘Alive‘, qui pour ceux qui l’ignoreraient, est une démo de 1993 remise au goût du jour. On retrouve le son de l’époque, avec ces guitares fuyantes si particulières… Ensuite, ‘Y’all Want A Single‘, le deuxième single de l’album aux paroles teintées de second degré, nous montre un Jon Davis avec un timbre de voix très grave et inhabituel. Avec une base rythmique très jumpante, on n’a pas fini de faire des dégâts dans le mosh… Superbe . Enfin, ‘Play Me‘ se fait remarquer en raison de l’apparition du rappeur Nas. Ce dernier, pas foncièrement mauvais, n’en gâche pas moins un instrumental qui aurait pu tout tuer…

Au final, ‘Take A Look In The Mirror‘ est un album mitigé : bien que se situant largement au-dessus de la majorité des productions néo actuelles, il n’en démontre pas moins que ce groupe est assez limité en terme d’évolution, et qu’il est condamné à répéter les mêmes schémas s’il espère survivre. Avec ‘Untouchables‘, KoRn montrait qu’il pouvait évoluer vers un autre son, mûrir, et s’éloigner d’un néo-métal en perte de vitesse. Trop linéaire et manquant de surprises, son successeur fait du sur place, et c’est là son principal défaut.