2007, Mirrored : Atlas, Tonto, Tij, Leyendecker, Race Out.

2011, Gloss Drop : Wall StreetMy Machines ?

Si on part de l’idée que la puissance d’un groupe, c’est sa capacité au tube et aux chansons immédiates, le deuxième Battles, Gloss Drop donc, ne pèse pas lourd dans la balance.

C’est encore plus vrai et encore plus compliqué dans le cas de cette bande de brooklyniens qui ont enchanté l’année 2007 avec un premier disque exceptionnellement efficace, dans une veine math-rock dansante, expérimentale mais tout de suite accessible aux plus profanes. Mirrored, putain, quel chef d’oeuvre. Comment composer avec cette suite déséquilibrée, chaotique et propulsée dans une espèce d’easy-listeningitude ? Car s’il faut retenir quelque chose de Gloss Drop, c’est son côté irrémédiablement rainbow : les notes synthétiques tropicales à la limite du parcours de Mario Kart (Dominican Fade) et les accouplements world music sont légion dans cet album (Sweetie & Shag, Africastle). Le ton est carrément moins obscur, moins mystérieux, et donc moins fascinant. Exit les pirouettes techniques et la surprise de ce monde sonique explosé à coups de machines et de guitares bouclées, Battles nous la joue soft, et part dans toutes les directions.

En arrière, d’abord. Si la frappe de Jon Stanier est particulièrement agréable à retrouver (pour ne pas dire : ressentir, il cogne le bougre), si les petits crachotements de synthés et de tappings sont là, Gloss Drop exploite exagérément son patrimoine et ose même refaire deux-trois merdouilles époque Tras (2006) : Futura et Inchworm trahissent par exemple une sorte de formule mathoïde colorée et lassante.

En avant, ensuite, avec les bouleversements qu’a connus le groupe. Le départ du guitariste Tyondai Braxton, qu’on croyait tête pensante du quatuor, a remis les compteurs à zéro et forcé Battles à se réinventer. Ne serait-ce qu’avec la présence de quatre featurings vocaux qui viennent compléter et illuminer l’album. Matias Aguyao pose un flow inspiré sur Ice Cream et sauve le morceau de l’anecdote en montant un véritable hymne break-dance inattendu. Gary Numan vient hanter My Machines, méchante composition vrombissante qui tire le disque par le haut. Et, plus généralement, Gloss Drop réussit à intriguer quand même, en alignant les univers avec simplicité et honnêteté.

Et n’importe où, pour finir, avec cette vilaine manie de teinter leur musique hypnotique d’un psychédélisme superflu sur lequel l’assaut percussif et la puissance des mélodies auront toujours le dessus.

Dernière chance pour hisser ce deuxième album au niveau du premier : espérer que le temps aide à mieux l’apprécier. Pour l’instant, l’extase n’est pas là et Gloss Drop a déjà sombré devant d’autres sorties plus excitantes qui ne rassurent pas beaucoup sur cette question : un deuxième album est-il la plupart du temps un plouf ?