O Kee Pa est un groupe très à part sur la jeune scène néo-métal française. Les Angevins, qui se sont formés en 2001, ont en effet décidé d’incorporer à leur musique des instruments traditionnels africains, un peu à la manière de ‘Prophecy‘, le quatrième album de Soulfly.

Avec ‘Derdeba‘, un maxi 5 titres sorti en mars 2003, O Kee Pa a frappé très fort, en se détachant clairement de tout ce qui se fait sur le sol français. L’album s’ouvre par une intro provenant directement d’un village africain, où l’on entend des chants tribaux sur un rythme saccadé de djembé. Après cette minute des plus étonnantes, un gros riff très rapide donne le ton du maxi : ‘‘ fout grave le boxon, avec un chanteur qui s’égosille sur des textes drôlement bien écrits. Après un break atmosphérique que ne renierait pas un Max Cavalera au meilleur de sa forme, Sam se calme pour sonner comme un certain Cool Shen… Par la suite, le morceau part encore dans tous les sens, avec notamment des passages de double pédale furieux ! En moins de 5 minutes, O Kee Pa a montré toute l’étendue de son talent dans un morceau d’une diversité incroyable.

Mamba‘, la troisième piste, continue d’étonner, tant elle part dans une autre direction… Sam chante sur un ton très détaché, d’une manière franchement inhabituelle pour du métal (surtout quand il nous dit qu’il ‘faut manger le grand-père’…) ! Une sublime combinaison de guitare et de basse donne à la fin de ce morceau une lourdeur absolue, alors que le frontman dénonce le système capitaliste. ‘Inspire‘, bien qu’appliquant une recette néo sans originalité, doit tout tuer en live lors de refrains sacrément bourrins. Idem pour L’automotive, dont le break hurlé par le vocaliste (‘Tout le monde descend !‘) sur fond d’annonce Air France risque de faire des dégâts dans la fosse…

Au final, ce 5 titres se fait d’une efficacité rare, et grosse surprise, le groupe parvient haut la main à mêler son néo-métal furieux aux percussions traditionnelles africaines. La production, tout à fait honnête, donne un côté brut idéal pour mettre en avant l’aspect tribal. ‘Derdeba‘ (qui signifie ‘rite de possession’ dans un vieux dialecte marocain) est donc un premier essai réussi, débordant d’énergie et de gros riffs. En à peine 18 minutes, la frenchcore prouve ainsi que la fusion a encore des ressources, et que l’innovation reste possible dans un style soit-disant saturé. Avec des textes en français captivants et une réelle authenticité musicale, on ne peut que piaffer d’impatience en attendant le premier album, prévu pour fin 2004.