Si le dernier Meshuggah s’appelle Koloss, la galette de Soulfly ici présente aurait pu s’appeler Boloss.

Comprenez qu’avec un jeu de mots pareil je risque le cachot, à poil, avec pour seule chose à me mettre dans la bouche l’organe de mon geôlier. J’ai pris le risque non pas par goût de la sentence (désolé Ross), mais parce qu’Enslaved ne mérite que le mépris et les blagues vaseuses. Il faut dire qu’on avait déjà énormément d’appréhension sur ce disque dès qu’on en a vu la pochette. Max Cavalera et sa bande ont réussi à atteindre le niveau de mauvais goût esthétique de Ministry, il faut le faire. On leur accordera cependant un sens aigu du symbolisme. Si les petites natures peuvent voir leur reflet sur cette jaquette, les auditeurs les plus aguerris y voient en revanche l’illustration de la musique de Soulfly. En un mot, le son d’Enslaved est sale. Pas sale comme graveleux et provocateur, sale comme moche. Ce disque a-t-il été enregistré avec, au mieux, des instruments de poche ? Je dis bien au mieux car on dirait bien que la basse de World Scum est constituée de gargouillis amplifiés. Les micros ça ne se mange pas voyons. Sans rire, c’est consternant. Comment garder son sérieux face à Gladiator, sa cithare et son Heil Cesar ! … Gladiator ! ? Pas facile de headbanguer sur ces morceaux : ils ont une odeur de feu de paille et une texture de lait caillé. Pour le goût, optons pour poire pourrie. C’est dommage, car il y avait quand même des bonnes idées à exploiter avec du talent, comme les introductions de Revengeance et Bastard. Oui, on notera surtout les introductions, car Soulfly ne donne pas envie d’écouter le reste, et ce n’est pas grave car il n’y a rien d’intéressant.

Soulfly s’est gouré dans la sémantique : de la saleté et de la lourdeur, il y en a à revendre ici, mais ce ne sont pas celles que l’on attendrait de la part d’un bon groupe de metal. On a donc ici affaire à du mauvais metal. Pas défoulant, pas jouissif, chiant, ridicule, et oserais-je dire obsolète.