Les Lostprophets ont frappé fort il y a 4 ans de cela, avec leur premier album sorti sur la scène undergound du Royaume-Uni. Réédité un an plus tard sur une major, ‘The Fake Sound Of Progress‘ a fait sensation en amenant une réelle touche d’originalité sur la scène néo-métal mondiale. Une voix, une vraie, des riffs de guitare simples mais accrocheurs, et surtout une alchimie et une originalité au sein de combo qui fera d’eux les héritiers naturels de Faith No More (rien que ça).

Dire que les 6 Gallois avaient la pression pour ce deuxième album était donc un doux euphémisme… En effet, après le raz-de-marée créé par ‘The Fake Sound Of Progress‘, ‘Start Something‘ était un album particulièrement attendu, sur une scène néo en pleine décomposition. Il aurait été facile de faire un ‘Shinobi 2‘ ou une suite à ‘Kobrakaï‘… Et bien réjouissons-nous, ‘Start Something‘ (dont la pochette fait sacrément penser au film 28 jours plus tard de Danny Boyle) reprend tout ce qui était bon dans le premier album sans pour que l’on puisse pour autant parler d’auto-plagiat.

La première fois que j’ai entendu le teaser de l’album, ‘Burn Burn‘, on ne peut pas dire que j’ai été emballé. Même si je m’y suis à peu près habitué, je reste persuadé que c’était un mauvais choix pour promouvoir ce second LP. Trop fade, rien de nouveau, bref, je kiffais pas. Au contraire du second single, ‘Last Train Home‘, qui est un hymne, un vrai, le genre de hit que la radio passera encore dans 5 ans. Avec un refrain des plus accrocheurs, ce morceau ne pouvait pas éviter le succès. Ian Watkins n’a rien perdu de sa voix prodigieuse : il évolue sans peine dans une multitude de genres, poussant tantôt des cris à la limite du hardcore (‘To Hell We Ride‘) pour ensuite se faire lascif et envoûtant (les intros de ‘Goodbye Tonight‘ et de ‘Hello Again‘). Oui, ce chanteur est grand, ultra-talentueux, et il possède un timbre de voix inimitable. Toujours à propos de ‘Hello Again‘, on retrouve à la fin de cette piste un interlude oriental rappelant ceux de ‘The Fake Sound Of Progress‘. Lee et Mike, à la guitare, ont trouvé l’inspiration nécessaire, toujours dans cette alternance de gros riffs et de mélodies en guitare claire (‘We Still Kill The Old Way‘). On reconnaît leur patte dès les premières secondes, avec ces changements de tempos incessants. Quant à James Olivier, le DJ, il est magistral sur les interludes et les outros.

Mais, ne se limitant pas à la recette magique qui fit son succès en 2001, le groupe évolue musicalement, avec (accroche toi Simone) un solo de guitare (‘I Don’t Know‘) digne du dernier Anthrax. Le monde tourne-t-il donc à l’envers ? Un groupe de néo qui sait jouer de la guitare à toute vitesse avec les petites cordes qui tuent les doigts ? Les Lostprophets s’essaient même au thrash métal teinté de double pédale furieuse sur sublime un titre bonus, ‘We Are Godzilla You Are Japan‘. Ca fait mal, très mal, d’autant plus que le groupe assure dans un genre qui n’est absolument pas le sien. ‘Start Something‘ joue également dans un registre assez hardcore (sur le chant et la batterie essentiellement), avec quelques touches de Muse à la guitare, avant qu’une superbe outro au piano n’achève le morceau. L’album se clôt par un ‘Sway‘ très lent, où Ian fait des prouesses pour casser sa voix dans les aigus (marrant, ça me fait penser au dernier Adema…). Dommage que le morceau soit ennuyeux, car le chanteur s’est bien déchiré ! Même l’outro à la guitare sèche et les 5 minutes de samples qui suivent sont plus intéressants !

En 13 morceaux parfaitement produits (c’est bien lisse pour toucher le maximum de djeun’s), les Lostprophets se débrouillent donc vachement bien, et l’album est le digne successeur de ‘The Fake Sound Of Progress‘, peut-être un cran au-dessus. Je n’arrive pas à lui trouver de véritable défaut : chaque morceau est bon voire très bon, et toutes les étoiles semblent parfaitement alignées pour faire de cet album un carton commercial. Mais bon, vu que j’aime bien faire chier les étoiles, je vais quand même réussir à trouver des (petits) points négatifs… Si la quasi-intégralité des morceaux sont très efficaces au cas par cas, globalement l’album est moins convaincant : après plusieurs écoutes, on a la désagréable impression d’avoir souvent entendu les mêmes schémas (intro de guitare claire, alternance de guitares claires et saturées, changement de tempo, et surtout les choeurs d’Ian Watkins sur les refrains)… Beaucoup de chansons ont donc tendance à se ressembler, ce qui risque sérieusement de lasser les auditeurs non fans. Ne croyez pas que je veuille dire du mal de ces musiciens, je les trouve rafraîchissants et vraiment super doués dans ce qu’ils font. Mais bon, ça manque un peu de folie tout ça, et ce disque prouve que le néo, tout aussi bon soit-il, reste un genre plutôt limité. Et les Lostprophets, bien que leaders incontestables de leur scène, ne parviennent pas à lui faire franchir une étape significative.