10 ans de silence, des rumeurs de fin de vie et de maladie incurable et pourtant, c’est avec toujours la même aura et une puissance médiatique et marketing de feu que David Bowie revient nous pousser la chansonnette.

Son premier extrait sonnait comme un chant du cygne, un long titre crépusculaire mis en scène par un clip un brin bizarre. L’homme aux yeux verrons est vicelard et on pourrait penser qu’il avait manigancé toute cette histoire pour être un peu tranquille. Faire croire à un album de crooner sur le départ qui vient nous faire ses adieux, il avait réussi à nous berner. Car  »The Next Day » est la plus rock des galettes de Bowie depuis  »Outside ». Elancé, agité et endurant, ces 14 morceaux sont inspirés et voguent avec assurance entre plusieurs époques du Thin White Duke sans jamais sombrer dans l’auto-référence vaine ou la redite. Avec ses arrangements ultra-soignés et un sens du songwriting aiguisé, on rentre dans l’album très rapidement et difficile de se dire que le bonhomme derrière tout ça a pu être en délicatesse avec sa santé. Le constat est là dans nos tympans : Bowie est en forme et ça fait d’ailleurs très longtemps qu’il n’a pas été aussi remuant. A part quelques accalmies, le rythme est soutenu et on pourrait même le qualifier de trop agressif par moments avec le riff à la Jack White de la fatigante  »(You Will) Set the World on Fire ». Globalement on est en terrain connu avec une ambiance bordélique à la  »Earthling » sur  »If You Can See Me » ou des guitares familères sur  »Dirty Boys ». Parfois le grand monsieur se prend au jeu et en fait des caisses avec  »You Feel So Lonely You Could Die » ou  »How does the grass grow ? » mais nous sort des morceaux efficaces comme  »Valentine’s Day »,  »I’d Rather Be High » ou  »Boss Of Me ». Dommage que l’ambiance mortifère de  »Where are We Now ? » se limite à ce morceau car malgré ses longueurs, ce premier extrait reste celui qui procure le plus de frissons.

A l’inverse de son compagnon de beuverie Iggy Pop, il porte la soixantaine avec classe et n’est pas prêt de sombrer entre albums de reprises chiants à mourir, featuring pour Ke$ha et autres cachetonneries. Comme ces autres albums des années 2000, on est en présence d’un album qui fait plaisir, contenant quelques perles (l’intense  »Love Is Lost ») mais qui s’écoutera difficilement en entier. Mais on s’en fout : on est très contents de le voir pointer à la première place des ventes dans une bonne dizaine de pays. Puis savoir que ce 27ème check-up en studio est plus que positif et se dire qu’à 66 ans, il passe la visite médicale avec force et élégance, ça nous rend serein face à notre propre vieillesse.