Jack White est au stade de sa carrière où il n’excite plus vraiment. Il serait facile de pointer du doigt ses multiples papillonnages, son obsession forcenée à être le batteur des dispensables Dead Weather, le split des White Stripes, la disparation dans la nature des Raconteurs, un premier album solo qui pêchait par excès d’orgueil (‘Blunderbuss‘ était sous titré « je fais mes trois groupes tout seul quand je veux où je veux »), une chanson phare devenue hymne pour stade de foot et une nouvelle génération qui le pousse doucement vers la catégorie dad rock-star, cousin un peu bizarre des Dave Grohl, Josh Homme etc.

Si le monde se désintéresse doucement de lui, la bonne nouvelle est que Jack White n’en a pas pour autant arrêté d’écrire de bonnes chansons. Plus encore que ‘Blunderbuss‘, ‘Lazaretto‘ contient son lot d’excellentes choses. Court, concis, précis voire méchant confirme aussi la tendance entamée sur ‘Icky Thump‘ de White à délaisser les concepts pour se livrer plus personnellement. Impossible par exemple de ne pas penser à ses trois célèbres ex lorsqu’il chante qu’il a « three women : red, blonde and brunette » sur l’excellente ouverture du disque. Puisqu’on parle d’ouverture, sur ses 5 premières chansons ‘Lazaretto‘ frise le 10/10 avec 4 uppercuts entrecoupés par une ballade country fleurant bon le Kentucky rural. D’une manière générale, ‘Lazaretto‘ est plus orienté guitares lourdes que son grand frère (les excellents ‘That Black Bat Liquorice‘, ‘High Ball Stepper‘, ‘Lazaretto‘, ‘Three Women‘), un peu de pop facile (‘Just one drink‘, ‘Alone in my home‘). L’album est centré autour du superbe morceau de bravoure ‘Would you fight for my love‘ et son crescendo menaçant de piano et guitares. Contrairement à ‘Blunderbuss‘, Jack White reste concis et ne cède jamais à la tentation du too much et s’il ne livre pas forcément un grand disque (White souffre toujours de son incapacité à vraiment émouvoir), il affine son style solo et son érudition avec classe. Franchement recommandé.

PS : et comme à chaque fois avec Mr White, l’artwork vaut le détour