Et ça fait pshiiit, une fois de plus. Mais n’allons pas rabâcher ce qui a déjà été souligné dans [url=https://www.visual-music.org/chronique-1411.htm]la mythique chronique[url] de ‘Wasting Light‘ et que l’on entend désormais un peu partout. Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras et regrettablement les Foo Fighters ont à nouveau accouché d’un pétard mouillé après des mois de diarrhée promotionnelle. ‘Sonic Highways’ la série ne déçoit pas – au contraire, même – mais ‘Sonic Highways‘ l’album est bien parti pour se prendre une bonne rouste. Pas à la hauteur du concept pour certains, téléphoné et illégitime pour d’autres, ou tout simplement raté. «Le pire du groupe», peut-on même lire ici et là. Exempt de singles FM susceptibles de taquiner les radios, quoiqu’il en soit (à part peut-être le sympathique ‘Congregation‘), et c’est probablement sur ce point que les fans se sentiront le plus lésés. Les Foo Fighters s’en remettront sans doute, mais puisque sa sainteté Dave Grohl pose un genou à terre, victime d’une presse d’habitude si docile et rangée à sa cause, ne comptez pas sur nous pour porter l’estocade. On n’est pas comme ça, chez VisualMusic. Le disque est foiré et bien foiré mais derrière le marketing tentaculaire, derrière l’imbuvable blabla conceptuel de Grohl et ses poses presque napoléoniennes d’ambassadeur autoproclamé de la musique américaine (ça sent un peu la folie des grandeurs, tout de même), il y a plus de spontanéité dans les maladresses et les sorties de route de ‘Sonic Highways‘ que dans le formatage millimétré de ‘Wasting Light‘, avec ses ‘White Limo‘ pour les brutes et ses ‘Walk‘ pour les fiottes sur fond d’authenticité analogique (ou anale logique, au choix).

Les hommages de ‘Sonic Highways‘ ne sont pourtant guère plus palpables musicalement que ne l’était le garage de ‘Wasting Light‘, tout au plus peut-on pinailler sur un arrangement ou jouer à chercher des références dans les paroles, mais tout cela reste très vague et bien malin qui pourra deviner le nom des huit villes se cachant derrière les huit chansons. L’hommage à Seattle évoque la fin de Nirvana (‘Subterranean‘, bof) avec le mec de Death Cab For Cutie, ce qui frôle le n’importe quoi, dans la lignée de l’intronisation rocambolesque au Hall Of Fame. En fait, tout aurait pu être enregistré au même endroit tant le disque est homogène et s’envoie d’une traite sans vrais contrastes, et c’est d’ailleurs, paradoxalement, l’un de ses (rares) atouts. Butch Vig a néanmoins dû suer à grosses gouttes pour donner un semblant d’équilibre à l’ensemble en dépit de compos bancales (‘Something From Nothing‘, ‘What Did I Do ? / God As My Witness‘, ‘Outside‘) ou répétitives (‘I Am A River‘) mais on arrive à bon port sans trop de hauts le coeur et surtout sans trouver le temps excessivement long – ce qui n’était plus le cas depuis… longtemps. À défaut d’avoir un songwriter (l’intéressé semble complètement dépassé par les évènements, et peu en voix), les Foo Fighters y mettent du leur et jamment comme des âmes en peine, incrustant ce qu’ils peuvent comme ils peuvent parmi les contributions des invités d’honneur. À vrai dire, ce côté gros bordel manifestement inabouti donne une tournure assez originale, presque improvisée à ‘Sonic Highways‘ qui jure avec l’ambition démesurée du projet, mais aussi avec ce qu’on pouvait attendre d’un groupe aussi expérimenté et fermement installé au sommet du mainstream. Quelques passages sentent bon le classic rock cocaïné des années 70. Un album bourré de grossiers défauts et de moments de bravoure guignolesques mais un album qui lutte obstinément pour convaincre et exister en tant qu’album des Foo Fighters, sans jamais chercher à altérer son approche ou illustrer son sujet (pas la moindre trace de blues à Chicago, pas de country à Nashville etc…). Il faut de l’épique coûte que coûte, de la guitare qui crache, un cri grohlien dans le mix, envers et contre tout. C’est à la fois débile et un peu attendrissant, quelque part.

Mais en conclusion non, les Foo Fighters n’ont toujours pas répondu à l’écrasant plébiscite populaire et critique de ces dix dernières années avec de la vraie bonne musique digne d’un grand groupe, et l’absurde ‘Sonic Highways‘ sonne peut-être le glas de cette période d’immunité. Trois ou quatre tubes éparpillés sur autant d’albums inconsistants ne suffisent pas. Pour qui ne lui voue pas un culte inconditionnel, Dave Grohl est devenu ce type jadis apprécié pour son glorieux passé et son bon petit rock potache mais désormais ambigu sur les bords, toujours battant, toujours effusif mais tellement cabotin et assoiffé de pub qu’il est de plus en plus difficile de partager son légendaire enthousiasme pour ses mille et uns projets, de ne pas renifler une complaisance malodorante derrière chacun de ses clins d’oeil à la caméra. Aujourd’hui, le public lambda voit la gueule de Dave Grohl plus souvent qu’il n’entend ses chansons, et si l’on se garde bien de minimiser l’intérêt de ses documentaires il est indéniable que l’exhibition médiatique a pris le pas sur la musique. Entre une série soignée et un album mal foutu de plus, l’aventure ‘Sonic Highways’ ne laisse au final plus tellement de doutes: l’image prime sur le son. Et c’est fort dommage.