Et si Billy Corgan était en train de réussir son pari de faire vivre son groupe au présent ? Etrangement, la sortie de ‘Monuments to an elegy‘ semble sérieusement secouer le net. Le NME fait des diaporamas sur la sagesse de Corgan, la moindre de ses déclarations fait le tour de tous les sites web du monde et surtout chaque revue de ‘Monuments to an elegy‘ comporte la sacro-sainte phrase « meilleur album depuis… ». On lit même des avis révisionnistes sur ‘Oceania‘. Au rythme où l’on va, le revival ‘TheFutureEmbrace‘ n’est qu’à un pas.

Une belle actualité Smashing Pumpkins à un moment où paradoxalement les Smashing Pumpkins n’ont rarement aussi peu réellement existé. Après l’effort collectif ‘Oceania‘, c’est un Corgan seul ou presque qui s’est attelé à deux albums : ‘Monuments to an elegy‘ et ‘Day for Night‘. Le concept est simple, l’un sera catchy, l’autre (théoriquement) plus aventureux, chose que dans le passé notre Billy faisait tenir dans une seule chanson. A son acharnement aux concepts grandioses a suivi l’annonce que Tommy Lee allait être le batteur sur le disque et ses posts de blog toujours aussi crypticomiques. On ne parle pas des chats et des performances de 8h qui ont fait marrer tout le monde. Oui, clairement le 12 juin dernier, Billy Corgan était la cible de bien des moqueries. Ce 12 décembre, il est au sommet d’une vague pour une raison finalement assez simple : ‘Monuments to an elegy‘ est un bien chouette disque. Catchy, court, concis. Corgan et le producteur Howard Willing ont fait dans l’efficacité et le profil bas. Rien ne dépasse les 4 minutes pop réglementaires, toutes les chansons ont une mélodie à siffloter (‘Being Beige‘), un motif qui reste en tête (‘Anaise !‘) ou une phrase à chanter le poing levé (‘Drum+Fife‘). Il y a du gros riff (‘Tiberius’, ‘Monuments’, ‘Anti-Hero’, ‘One and all’), des partouzes de synthé (‘Run2me‘ ou l’accouplement contre nature de ‘Pinwheels‘ et ‘Death from above‘) et les habituels underdogs que Corgan aime tant (‘Dorian‘). Au final, rien de bien neuf chez Corgan (à part le shagging groove de ‘Anaise !‘) et c’est peut-être là que le bât blesse un peu. Pour la première fois, un album des Smashing Pumpkins ne semble pas créer un univers à lui seul dans lequel on peut vivre durant des mois, en trois écoutes l’affaire est pliée, c’est un chouette disque… qui n’a pas la beauté de ‘Oceania‘ et probablement pas son endurance. Un chouette disque sur lequel Corgan débute tous ses refrains par « lover », se laisse aller à sa passion pour la mythologie (‘Tiberius‘) mais chante des choses étranges pour un presque cinquantenaire (never been kissed by a girl like you)… Corgan est réconcilié avec son passé et livre un best of d’inédits (chaque chanson semble provenir d’une séance d’un précédent disque) d’une efficacité rare pour un album des Smashing Pumpkins et si l’on se réjouit du retour en grâce de Corgan auprès d’un (presque) grand public, on espère que le ‘Day for night‘ fera tomber le masque de soumission que porte ‘Monuments to an Elegy‘.
Chouette disque cela dit.