Retour à la case départ. Presque six ans après le split d’Oasis, quatre ans après la sortie du [url=https://www.visual-music.org/chronique-1395.htm]prometteur et candide[url] ‘Different Gear, Still Speeding‘ nos petites sensibilités romantiques sont malmenées par une implacable réalité: le pragmatisme de Noel Gallagher l’emporte inexorablement sur l’idéalisme rock n’roll de Liam. Retour à la vieille hiérarchie familiale et aux idées reçues de toujours: le vrai boss, le chief, c’est lui, le frère moche. L’artiste respecté, c’est lui. Les tubes, c’est lui. À lui les arènes pleines à craquer. Les fans, les radios et les ménagères de moins de cinquante ans ont tranché, du moins pour l’instant, et ‘Chasing Yesterday‘ se fait un plaisir de répondre au succès un peu inattendu (et assez chanceux, avouons-le) du [url=https://www.visual-music.org/chronique-1460.htm]premier High Flying Birds[url] en étant tout aussi accessible mais plus abouti, mieux écrit, beaucoup mieux produit, et étonnamment inspiré.

En un peu plus de 20 ans les Gallagher nous auront habitués à tout: aux ovnis sortis de nulle part, aux plantages monumentaux, aux mauvaises passes prolongées et à une sorte de purgatoire artistique sur le tard, avec une série d’albums plutôt dignes mais qui semblaient tous vouloir prouver quelque chose à tout prix, que ce soit une hypothétique réinvention, un changement de direction, un retour à la fraicheur des débuts, une respectabilité quelconque. ‘Chasing Yesterday‘ a avant tout le mérite de ne pas/plus s’emmerder à faire passer une évolution en force et de sonner comme un album fait par envie plus que par obligation, décontracté du gland et qui, justement, ne court pas après le passé. Ni après le futur. Un disque plutôt humble, contre toute attente. Un disque adulte (c’te honte), enfin décomplexé sur lequel Noel Gallagher est moins enclin à se la jouer psyché ou chef d’orchestre cosmique – ou de façon nettement plus mesurée et habile. On le savait excellent songwriter, on ajoutera ici arrangeur et producteur – domaines dans lesquels il se montre en nette progression, à une ou deux indulgences près: le tapageur single ‘In The Heat Of The Moment‘ semble écrit sur commande pour Madonna et ne propose guère plus qu’une énorme basse ronflante, un refrain catchy et des na na na na na incongrus auxquels on ne s’habitue jamais tout à fait. La très mielleuse chanson de fin ‘The Ballad Of Mighty I‘ évoque davantage un générique de James Bond qu’un émouvant cri du coeur à la ‘The Masterplan‘. Autant dire qu’elle ne nous arrachera pas une larme en concert. Pas de quoi se braquer cela dit, surtout quand on a encore en tête les ‘Sunday Morning Call‘, ‘Force Of Nature‘, ‘Record Machine‘ machin truc et autres cagades inexcusables, les cordes dégoulinantes, les choeurs en toc, les chansons dont on se dit illico ‘celle-ci serait mieux avec Liam‘.

Rien de tout cela ici, et les deux singles susmentionnés sont une vitrine trompeuse pour un album organique, bien foutu, méditatif, avec une élégance mélodique intacte (que l’on est loin [url=https://www.visual-music.org/chronique-1621.htm]des hymnes de tâcherons[url] qui remplissaient ‘BE‘), des touches jazzy et des saxophones très 70’s du meilleur effet comme chez Lou Reed, Nick Drake ou John Martyn (‘The Right Stuff‘ notamment, rescapée du projet avorté avec Amorphous Androgynous), de la pop résolument ambiante (la belle ‘Riverman‘, ‘While The Song Remains The Same‘ et son excellent final) et même des sucreries rock faites maison (‘Lock All The Doors‘, ‘The Mexican‘, aussi bien ficelées que n’importe quel titre de l’ère Morning Glory). Nono a trouvé ses marques en tant qu’artiste solo et prend ses aises avec l’autorité d’un songwriter chevronné, à la Paul Weller, conscient de ses atouts comme de ses faiblesses. Nono déroule comme un pro. Nono assure. Nono est exactement là où on l’attendait.