Drôle de carrière pour les Prodigy. Si leur sommet musical s’arrête à The Fat of the Land, une longue pause et un album décevant n’ont pas empêché un retour de hype phénoménal avec Invaders must Die. Un album outrancier, entre agression verbale, ambiance de guerilla urbaine et gros trip régressif porté sur l’electro dance-floor qui a construit leur son au début des années 90. Un bon mélange entre plaisir coupable et vrai défouloir les relançant pour deux ans de tournées mondiales et des festivals estivaux. Une cure de jouvence inespérée pour un trio chaud pour un sixième assaut.

Il est loin le temps où le groupe se faisait désirer en lançant des fausses pistes et moquait la capacité des français à savoir bouger. Les Anglais teasent la gueule du monde entier sur les réseaux sociaux depuis des mois, la tournée est déjà annoncée, visible dans nos rues : c’est clair, on ne passera pas à côté du petit nouveau. Avec son single ‘The Day is my Enemy‘, Liam Howlett lâche une de ses meilleures cartouches dès le début. Beat malsain, prenant et s’arrêtant quand il faut, elle est à peu près ce que l’album n’est pas.

Des vraies faiblardes sont au menu avec ‘Ibiza‘ par exemple et son ‘message’ envers les DJ’S EDM. Les paroles sont comme d’hab’ à la masse. Soit les chansons se limitent à un mot (‘Destroy‘), enchaînent les diatribes d’ados ou les paraboles mystiques foireuses (‘Invisible Sun‘) mais ce n’est pas sur le songwriting que le groupe se défend. Parfois, la redite pointe sacrément le bout de son nez avec une ‘mélodie’ provenant d’un sample identique à ‘Take Me To The Hospital‘ pour ‘Get Your Fight On‘. Que Prodigy se répète n’est pas une nouveauté, qu’il nous croit assez con ou amnésique pour ne pas le remarquer sur tout un morceau c’est autre chose. Le rythme est aussi tellement soutenu que le flot de beats peut s’avérer abrutissant ou fatigant. Quant à l’effort de groupe que nous a vendu Liam Howlett en interview au NME, on ne le ressent pas trop dans les compos assez similaires à ce qu’on déjà pu entendre de leur part. Le travail sur l’ambiance oppressante de l’album est très réussi par contre, particulièrement sur les intros. Ou comme sur l’habituelle instrumentale du disque (‘Beyond The Deathray‘), l’un des meilleures titres de la tracklist résumant bien le disque. Entre B.O apocalyptique à la John Carpenter, clavier triturés et basses bourrines assenées à l’aide de Doc Martens à bouts coqués.

Malgré ses défauts et ses airs de déjà vu, ce disque reste accrocheur et efficace pour les mêmes raisons qu’Invaders Must Die. Cette même production lorgnant parfois vers le dub-step et des singles simples et immédiats (‘Wild Frontier‘). Des titres tapent juste, en tête ‘Rythm Bomb‘. Bourrin ce qu’il faut, un refrain samplé doté d’une voix diabolique et c’est parti pour une session de headbang gratos. On vote déjà pour sa présence remarquée dans les setlists. ‘Medecine‘ et son beat oriental marque des pions, tout comme ‘Rok-Weiler‘ et son flow RATM accroche dans la durée. Dans son but de nous faire danser et sauter sur des sons crasseux, Prodigy sait toujours arriver à ses fins. The Day is my Enemy est peut-être l’album le plus travaillé depuis Fat of The Land, qui fête ses 18 ans cette année. Ce n’est pas leur meilleur mais encore une fois ce n’est ni ce qu’on attend, ni ce qu’on leur demande.

A écouter en live à Paris et à Lille dans les prochaines semaines au Zénith !