La chronique d’un nouveau Soulfly est toujours un petit événement dans le monde du métal. Critiqué de toutes parts par les vrais métalleux, Soulfly possède néanmoins un vrai public fidèle, glané essentiellement sur la route. Ce groupe très expérimental est en outre très atypique dans ce milieu, puisqu’aucun album à ce jour n’a été enregistré avec le même line-up… Décidé à perpétuer sa valse de changements de personnel, Maxou a fait fort en septembre 2003, puisqu’il a viré tout le groupe ! Alors qu’on pouvait s’attendre au pire, sieur Cavalera a vite réagi en embauchant Marc Rizzo (ex-Ill Niño), Bobby Burns (ex-Primer 55) et Joe Nunez (ancien membre de Soulfly, je vous le rappelle…). Composé et enregistré à la va-vite en moins de 3 mois, cet album marque un tournant dans la discographie du combo de Phoenix. Explications.

Prophecy‘ n’est pas un album de Soulfly comme les autres. Dès les premières secondes, on a en effet l’impression d’entendre un nouveau groupe, avec certes quelques gimmicks déjà présents sur les 3 premiers albums, mais le changement de line-up a incontestablement apporté un effet bénéfique et rafraîchissant. Marc Rizzo impose son style, sa sonorité (cf. l’intro ‘sirène’ de ‘Prophecy‘), et ses trips acoustiques qui firent sa renommée au sein de Ill Niño. Max n’a pas tord quand il dit que c’est le meilleur guitariste avec lequel il ait collaboré depuis Andreas Kisser… Et puis, comment ne pas parler de la présence exceptionnelle de Dave Ellefson, l’éternel second de Megadeth ? Junior fait vrombir sa basse sur 5 titres (‘Prophecy‘, ‘I Believe‘, ‘Defeat U‘, ‘Mars‘, et ‘In The Meantime‘), dans un style musical bien éloigné de celui de Dave Mustaine

L’album s’ouvre de manière brutale, par 4 morceaux très bourrins, renouant avec le passé ‘sepulturien’ de Max. Le morceau titre de l’album, malgré une rythmique très banale pour du Soulfly, étonne tout de même par son riff d’intro très particulier. ‘Living Sacrifice‘, avec ses rythmiques thrashy et son refrain entêtant, frappe également très fort. On est d’autant plus surpris qu’apparaît une esquisse de solo, ainsi qu’un riff rappelant la fin de ‘Dead Embryonic Cells‘ (rien que ça !). Pas le temps de s’endormir, avec le début tonitruant de ‘Execution Style‘, un titre très lourd et rapide semblant tout droit sorti des sessions de ‘Chaos A.D.‘… ‘Defeat U‘ frappe encore plus fort : ce titre, sur lequel apparaît le brameur Danny Marianino, lorgne cette fois du côté de Nailbomb pour ses influences hardcore. Un morceau d’une intensité rare, avec un performance assourdissante de Marc Rizzo.

Suite à l’écoute de ces excellents 4 titres, on se dit que ça y est, Soulfly tient SON chef d’oeuvre : ‘Prophecy‘ va enfin faire taire les trop nombreuses critiques qui se sont déchaînées sur ‘Primitive‘ et ‘III‘. Mais rassurez-vous, Max était bien décidé à faire quelques p’tites conneries pour gâcher le potentiel de l’album… Ainsi, ‘Mars‘, après 2 minutes sans concessions rythmées par une double pédale fracassante, change complètement de style en l’espace de quelques secondes : Marc ‘sac à dos’ Rizzo lâche la Jackson et les amplis Marshall pour nous offrir un interlude acoustique reposant (très inspiré du flamenco), sur fond de percussions reggae ! On aime ou on déteste, mais l’originalité est là, impossible de le nier. Idem avec ‘I Believe‘ : son refrain accrocheur et son outro apocalyptiques feront des heureux en live, mais la présence de piano sur des couplets mielleux gâche sacrément le plaisir.

Après ces 6 morceaux globalement fort réussis, l’album prend malheureusement une sale tournure. Max multiplie les expérimentations, et essaie d’inclure toutes sortes de styles dans sa musique (la pire étant le reggae sur l’insipide ‘Moses‘). L’album se transforme peu à peu en fourre-tout musical, sans aucune cohésion entre les titres. Les parties instrumentales se font nombreuses, trop nombreuses (cf. les outros de ‘Moses‘, ‘Porrada‘ ou encore l’inévitable instrumental ‘Soulfly IV‘). La reprise d’Helmet (‘In The Meantime‘) est aussi mal intégrée à l’album que l’était ‘One Nation‘ sur ‘III‘, et sur le duo R’n’B avec Asha Rabouin (‘Wings‘), on est très loin de l’intensité de ‘Tree of Pain‘. Finalement, de la seconde moitié de l’album, on ne retiendra pas grand chose : on appréciera ‘Porrada‘, un mélange subtile de Nirvana et de rythmiques binaires, ponctué par un solo joué à toute berzingue. ‘Born Again Anarchist‘, malgré des paroles bâclées (c’est la marque de fabrique de Max, ne l’oublions pas…), s’avère également très prenante, grâce à une excellente assise rythmique et un refrain facile à mémoriser. Mais bon, ça fait relativement peu sur 6 morceaux…

Finalement, il est difficile de se faire un avis définitif sur cet album. D’un côté, les influences de Sepultura se font enfin ressentir et les soli sont de retour après 10 années d’attente, et l’album vaut largement le coup d’être acheté rien que pour les 6 premiers morceaux. Mais malheureusement, ce quatrième opus est franchement inégal et bien trop expérimental sur la fin. Soulfly a certes changé de son, les recettes appliquées 3 albums durant ont été (enfin) revues, mais cela n’est pas suffisant pour faire un CD de la trempe de ‘Chaos A.D.‘ ou ‘Arise‘. ‘Prophecy‘ n’en demeure pas moins un des albums de Soulfly les plus intéressants et les plus éclectiques, dont les morceaux les plus hardcore devraient faire TRES mal sur scène.