Le moins que l’on puisse dire à propos des 5 Autrichiens de Seeds Of Sorrow, c’est qu’ils en ont vécu des choses grâce à ce groupe : tournées avec les plus grands dès leurs tous débuts (Motorhead ou encore Obituary pour ne citer qu’eux) puis splits, et resplits en cascades, changements de formations… On les croyait déjà perdus dans les méandres du succès dans cette scène death métal internationale qui ne connaît pas la pitié pour les plus faibles. Eh bien figurez vous que pas du tout ! Car aujourd’hui ils nous reviennent plus forts que jamais avec un quatrième album qui confirme non pas le déclin du quintet mais bien leur arrivée à maturité.

Après leur dernier split, on les croyait finis, puis voilà qu’ils nous ont sortis un ‘Phoenix Rising‘ des plus inattendus mais tout de même un peu fade. Alors ce n’est qu’avec une appréhension encore plus grande que l’on accueille ce ‘Immortal Junkies‘. On ne peut s’empêcher de se demander si ce n’est pas le dernier sursaut d’un groupe déjà en décomposition ? Il semblerait bien que ce soit tout le contraire : dès le premier titre, ‘If Jesus Died‘, aux lyrics ambiguës et à l’opposé du politiquement correct, on est scotché par une double qui se place en maître au-dessus de tous les autres instruments. La qualité de l’enregistrement et du mix de George Sukopp sont indéniables mais tout aussi audacieux. Pour les habitués de Seeds Of Sorrow ce ne sera pas une énorme surprise, ce son leur étant propre, mais on ne l’avait jamais connu avec une telle ampleur et une telle éxagération dans les extrêmes : les saturations sont aussi saturées que possibles, criblées d’interférences de toutes sortes au niveau des guitares et les basses et batterie sont incroyablement bien sorties du lot avec des sons d’une lourdeur jamais vue.

Les compositions proprement dites maintenant sont toujours dans le style du bon vieux death, parfois mettant mal à l’aise par une oppression malsaine et continuelle comme dans ‘If Jesus Died‘, questionnement lancinant sur le thème du pêché et de la mort, alors que d’autres seront agressives et rapides à souhait, des sortes de titres-à-pogo, comme ‘Illuminati‘. La lead se permet des solos dans la pure tradition oldschool, flirtant avec du Manowar, et la rythmique se permet de mixer du Vader et du Pantera pour en tirer des riffs simplissimement gigantesques come dans le très hardcore ‘The Day The Whole World Dies‘. Si vous aussi votre passion c’est de vomir en parlant, vous vous reconnaîtrez sûrement dans le chant d’Alex Aigner, qui avale sans complexe la moitié des syllabes pour au final régurgiter une prononciation très… spéciale, très fluide (on se demande si il sait qu’on peut mettre des consonnes aussi dans les mots…) mais qui passe beaucoup mieux après quelques temps d’écoute.

Pour résumer, Seeds Of Sorrow, avec son dernier album c’est en quelque sorte Cannibal Corpse sans le gore mais avec des leads psychédéliques. C’est aussi quelques refrains très accrocheurs, ce qui est assez rare chez les groupes de death pour être remarqué et félicité. C’est encore un son et une voix uniques qu’on aime ou qu’on déteste mais qu’on oublie sûrement pas, et c’est avant tout un groupe qui, au travers des nombreuses difficultés qu’il a subies dans sa carrière, à su amener sa musique à une maturité rare et eu le talent d’imprimer ça sur des compositions derrière lesquelles on sent cette petite touche de mélancolie et de vécu qui fait que ‘Immortal Junkies‘ n’est ni plus ni moins un album de qualité.