Voilà un évènement de taille respectable dans la scène néo-métal française : la sortie du dernier et tant attendu album du quatuor parisien AqME. Gueulards sans intérêt pour les uns, révélation de la scène néo hexagonale, il faut cependant avouer que le groupe ne laisse pas indifférent. Deux ans après le deuxième album ‘Sombres Efforts‘, ils récidivent avec leur tout nouvel opus ‘Polaroïds & Pornographie‘ que je vais disséquer pour vous avec une précision toute aussi chirurgicale que l’est celle des stratèges de l’armée américaine (en un peu plus fin, quand même)…

La bête : 12 titres, pour une durée totale de 47 minutes et 36 secondes (*régie : ‘c’est pas vrai, elle recommence…’*), ce qui est une bonne durée de vie dans le genre. Avant même d’écouter ce CD, on se sent obligé de le comparer à son prédécesseur. Et on a bien raison, car dès le premier titre on ressent le clin d’oeil, à savoir que ‘Pornographie‘ (oui oui, c’est bien le premier titre…) débute de la même manière que ‘Superstar‘ (premier titre du précédent album) : une batterie seule pendant quelques secondes, puis on envoie la purée sans faire de détails, histoire de vous confirmer que vous écoutez bien du néo-métal. La voix de Koma est toujours la même, tour à tour plaintive, déchirée ou mélodique, ce qui est un bon point pour ceux qui aiment ou à l’inverse achèvera ceux qu’elle n’avait pas convaincus.

Grande nouveauté que je me dois de relever, la basse de Charlotte a enfin dépassé le seuil critique de l’audition des graves chez l’être humain (Alors Charlotte, marre de jouer avec des spaghettis ?) ! On ne peut que souligner ce changement, bien qu’on puisse également être surpris par la disto quasi-omniprésente sur cette dernière, ce qui confère à certaines chanson une (légère) touche électro à la The Faint, comme ‘A chaque seconde‘ ou encore ‘Tes mots me manquent‘.

3’38‘ est l’un de mes coups de coeur de ce dernier album d’AqME, son refrain très typé rock voire pop-rock contrastant avec des couplets très hard. Notez que cette chanson se termine à exactement 3 minutes et 38 secondes, alors qu’elle n’est pas encore achevée (Comment ça vous vous en battez l’intestin grêle ?!). Viennent ensuite la très spéciale ‘Tes mots me manquent‘, spéciale dans le sens où ce titre, malgré les efforts de Ben et de ses gros riffs plombés dans le refrain ne sonne pas métal, en partie à cause de la voix de Koma que je juge ici relativement mal adaptée à l’instru (ou l’inverse), puis la très bonne ‘Sur le fil‘, sur laquelle la bassiste s’amuse encore avec sa disto pendant l’intro…

Arrive ‘Vampire‘ et l’electro-disto-basse de Charlotte, accompagnée dans les couplets par une guitare au son fantomatique qui mue dans le refrain, et toujours la voix, cette-fois très en phase avec la musique ce qui en fait sûrement une des plus belles pistes de l’album. Après ce moment d’égarement, la guitare bien fat est de retour dans ‘Comprendre‘, soulevant une voix possédée dans les couplets, mais toujours ce côté paisible par moments qui fait la marque de fabrique du quatuor parisien.

On continue avec les tout aussi bons ‘Être et ne pas être‘ et ‘Ce que tu es‘, la douceur est de retour dans ‘La vie est belle‘, et le tout se finit sur la très enragée ‘La réponse‘, 2 minutes et 12 secondes de néo-métal dans toute sa splendeur… *argh !* la rage revient de plus belle après 10 secondes de blanc dans une instru hallucinante qui durera tout de même près de trois minutes…

Sombres Efforts‘ vs. ‘Polaroïds & Pornographie‘ ? Et bien tous comptes faits, la comparaison est un peu inutile tant ces albums sont semblables (ma préférence va tout de même au premier, mais ça n’engage que moi vu que c’est ma préférence), c’est ce qui fait à la fois la force et la faiblesse de ce dernier : la prod’ est toujours aussi bonne, les textes sont réfléchis et les instrus audibles (voire agréables avec le nouveau style de la basse) malgré le jeu de batterie d’Etn qui ne s’est toujours pas étoffé… Mais AqME n’innove pas, et c’est pourquoi je ne puis leur mettre une meilleure note. Cela reste malgré tout un très bon album, qui par ailleurs contribue à prouver que dans notre pays ravagé par les guerres civiles, les attentas et la chute du cours du poireau ouzbek… (*régie : ‘Nan Julie, ici tu es en France…’*) ah oui c’est vrai… euh ben que la scène française peut toujours sortir de quoi tenir tête aux poids lourds du néo-métal U.S.