La Suède, toujours la Suède…et In Flames, toujours In Flames…Comment font-ils pour durer aussi longtemps (10 ans déjà !) et sortir des albums aussi souvent (au nombre de 8 !). Et à chaque fois c’est la même chose : ‘- Hmmmm ! C’est doux ! C’est neuf ? – Non, c’est lavé avec Nuclear Blast !’ Car s’il y a bien une chose que ces 5 piliers du death nordique connaissent c’est la fidélité envers leur maison de disque, Nuclear Blast, qui les tiens en figure de proue depuis tout ce temps (tout de même aux côtés de Meshuggah et autres grands noms…). Au vu de leurs ventes, aucun doute qu’ils auraient déjà pu signer chez des grands, beaucoup plus grands, mais non. Et c’est sûrement ce qui fait leur succès, ce côté roots, autant dans leur attitude que dans leur musique. Car oui, leur musique, si elle était révolutionnaire à l’époque de ‘Lunar Strain‘, est encore bien plus qu’au goût du jour aujourd’hui. Certains diront qu’ils se sont assagis, abandonnant leur logo black sanguinolent et leurs pochettes goths obscures, ce qui est vrai en un sens. D’autres diront qu’ils ont mûri, ce qui est déjà un jugement plus objectif.

Au départ de Jesper Strömblad, gratteux, qui allait se frotter à la basse dans son side-project Dimension Zero, certains ont crié ‘gare au split !’, mais pour le plus grand bonheur de tous, le gaillard est de retour et plus en forme que jamais. Et dès le titre d’ouverture, ‘F(r)iend‘, on sent les riffs de sa guitare rythmique nous perforer les tympans, renversant une batterie jusqu’ici jamais détrôné de sa surpuissance. La basse de Peter Iwers, toujours aussi grasse pose un fond sonore doux et en même temps rugueux, continuel, implacable. Et ce qui frappe sûrement, c’est la complexification de la structure des titres : au nombre de 13, ils déroutent parfois par des ponts et pré-refrains inattendus, accélération, décélérations, montées en puissances, alternances de toutes sortes, se servant dans un prisme de rythmiques d’une largeur jamais vue. Les guitares à contre temps sur le refrain de ‘The Quiet Place‘, titre sur lequel, au passage, Anders pousse sa voix dans des retranchements exceptionnels et d’une intensité émotionnelle rare, tant au niveau chant que ‘cris’, sont tout simplement du génie. La rapidité d’un ‘Dead Alone‘ et ses rythmiques à la frontière du punk rappellent inévitablement des titres mémorables comme ‘Episode 666‘. La mélodie complexe de toute beauté de ‘My Sweet Shadow‘, ses passages de duos simplement entre guitare et voix murmurée et ses synthés discrètement glissés derrière une guitare au son d’une pureté cristalline rappellent inévitablement la virtuosité d’un ‘Trigger‘. Les riffs écrasés sur une double chirurgicale de ‘Dial 595 Escape‘, son refrain et ses solos font revenir à l’esprit l’aspect heavy que l’on trouvait dans des titres comme ‘Only For The Weak‘. In Flames est toujours In Flames, et sait se renouveler mieux que personne tout en gardant son son incomparable.

Mais au-delà des musiciens, et de leur talent indiscutable, il y a des artistes qui savent donner une consistance à un album. Et surtout un poète, le charismatique Anders, leader torturé et obscur de la formation. Cet homme incroyable aux talents de producteur prouvés à de nombreuses occasions sait également user des vers et des proses. Si l’artwork déjà bien sombre (et mettant tout de même bien en avant leur origine, comme toujours) de l’album ne resplendit pas de joie de vivre, avec ses crucifix tordus et ses schémas anatomiques plus qu’approximatifs, c’est dans les lyrics que se trouve le coeur de ce mal-être que répand leur musique : que ce soit les tourments bibliques du pêché dans ‘F(r)iend‘, l’expression d’un autisme volontaire dans ‘The Quiet Place‘ ou les affres d’un passé trouble dans ‘My Sweet Shadow‘, tous ces thèmes prennent une ampleur majestueuse sous la plume d’Anders. Prendre des mots simples pour exprimer des sensations complexes, c’est ça l’exploit.

S’il fallait exprimer cet album en un mot, ça serait sûrement ‘claque’…ou plutôt ‘crochet du droit dans la mâchoire’ tant la prouesse est bluffante. Chaque titre est différent et pourtant se repose sur cette même pierre angulaire qui donne toute sa force et sa personnalité au groupe depuis tant d’année. Chaque note semble imprégnée de l’implication de chacun des membres et on ne peut que partager la passion qu’ils communiquent à travers ce chef-d’oeuvre. Merci In Flames !