Breakpoint est un groupe venu de Dijon dont l’origine remonte à 1994. Pour fêter ce dixième anniversaire, le combo nous propose un nouvel album, intitulé ‘Strange Fruit‘, 2 ans à peine après ‘None To Sell‘ qui s’était vu affubler de critiques dithyrambiques, un peu partout en Europe. Voyons désormais quel goût a cet étrange fruit métallique…

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Breakpoint délivre un heavy métal anglophone teinté de riffs thrash, avec une belle alternance de rythmiques lourdes et de parties plus mélodiques. Le timbre écorché de Pierre fait souvent penser à celui de Mark Osegueda (Death Angel) : sur ‘Ascending Rain‘, ‘Strange Root‘ ou ‘Half Past Void‘, on se croirait presque transporté dans la Bay Area ! La comparaison avec Death Angel ne s’arrête pas, puisque l’intro acoustique de ‘The Oldest Story To Tell‘ possède la même pureté que celles du groupe américain. Ce titre épique est l’exemple type de la ballade heavy, qui monte peu à peu en puissance (quel pont…) pour finalement exploser et déboucher sur un solo particulièrement expressif.

On retrouve également beaucoup de sonorités à la Megadeth sur cet album décidément hors normes pour un groupe français. Le palm mute saccadé de ‘Sane‘ rappelle ainsi très fortement ‘Train of Consequences‘, alors que la basse de ‘The Oldest Story To Tell‘ semble tout droit sortie des doigts de Dave Ellefson. ‘Rita‘ rappelle quant à elle le Metallica d’antan, qui jouait vite et bien. Outre un solo que n’aurait pas renié Kirk ‘Shredding’ Hammett, on retrouve un plan de batterie pas mal inspiré de ‘The Struggle Within‘ (vers 0.52).

Les soli de Mathieu sont impressionnants de maîtrise, notamment ceux de ‘Half Past Void‘ ou de ‘Neon‘ (quelle rapidité d’exécution, et surtout quel groove !). Celui de ‘A Certain Optimistic Way‘ n’est pas sans rappeler le style de Kirk Hammett période ‘Load‘, en raison de l’usage intensif de la wah wah sur un rythme mid tempo. Bref, les Dijonnais nous gâtent sur chaque piste, et ce ne sont pas les petites harmonies de guitare claire présentes ça et là (ex : la fin de ‘Ascending Rain‘) qui feront baisser le niveau.

Outre quelques excellents riffs déstructurés (‘Strange Root‘), on appréciera tout particulièrement les intros ‘balladesques’ de ‘Neon‘, ‘Anything Without‘ et ‘A Certain Optimistic Way‘, mêlant habilement guitare claire et basse. Breakpoint parvient également, et c’est rare de nos jours, à insuffler de la mélodie à ses riffs (cf. le pont de ‘Anything Without‘). Stéphane, le batteur, martèle ses fûts comme un damné (ex : le break de ‘Strange Root‘), et on se prend une belle claque à l’écoute de sa performance sur ‘Seers Parallel‘ : ce titre est un monument d’agressivité, ou la double pédale nous transperce les oreilles tel un marteau piqueur monté à plein régime. Le riff saccadé devrait également vous convaincre instantanément du talent jusque-là méconnu de Breakpoint.

La production de Fred Rochette est quant à elle excellente, avec un gros son de guitare, une basse parfaitement audible, et une batterie très brute. Les effets de guitare ne sont pas en reste, comme en témoigne la sublime intro lancinante de ‘Neon‘.

Finalement, on ne peut que tomber sous le charme de ce disque puissant, technique et varié. On ne se lasse pas de l’écouter, tant les titres sont différents les uns des autres. Les bons groupes de heavy/thrash français sont trop rares pour qu’on les ignore. Alors si vous êtes fans de ce style de musique, ruez-vous sur ce CD, c’est un ordre…