Counterfeit est un quintet venu de Lyon, et qui 4 ans après une démo autoproduite, nous propose en ce mois de juin 2004 son premier album, joliment intitulé ‘Between The End and The Middle‘. Avec un nom tout droit sorti d’un album de Limp Bizkit, je m’attendais à une énième repompe fadasse du célèbre combo de Jacksonville, mais fort heureusement, il n’en est rien. Counterfeit, vous allez le comprendre, est un groupe bien à part, et au style bien plus sérieux que la plupart de ses contemporains.

Après une intro que n’aurait pas reniée Psykup, l’album démarre par un très bon titre aux guitares bien hachées. ‘Darwin‘ nous montre en 3 minutes un condensé de la recette Counterfeit, à savoir du néo-métal intense avec un chant anglophone et de gros riffs simples mais efficaces. Au fur et à mesure des morceaux, on retrouve une complémentarité guitare/basse qui n’est pas sans rappeler le deftones des débuts (ex : ‘Aggressive Control‘, dont le riff principal sonne comme du ‘Adrenaline‘ pur jus). Jib et Jéjé, les 2 guitaristes, multiplient les plans saccadés en palm mute, et bien souvent, ça fait très mal comme sur l’excellente ‘Come Down‘.

Waterbed‘, l’un des tubes de l’album, est facilement mémorisable avec son intro jonglant dans les aigus à la manière d’un ‘Divine Excuse‘ (oui, je vais chercher loin…). Roro s’arrache méchamment la voix sur la plupart des couplets, avant qu’une lourde rythmique n’achève le titre. La basse de Drikce est largement mise en avant sur ‘Subspleen‘, un instrumental très atmosphérique ou les samples sont rois. La fin de ‘My Queen‘ (un titre intense alternant harmonies de guitare et riffs suintant l’acier) évoque quant à elle ‘Never Enough‘ de Papa Roach, avec ses coups de boutoir espacés.

Bien souvent, dans les groupes de néo, les DJ ne sont là que pour une question d’image, mais chez Counterfeit, c’est tout le contraire. En effet, les diverses atmosphères distillées par les samples sont loin d’être superflues puisqu’elles sont au coeur même de la plupart des compositions. On ne peut ainsi que rester pantois d’admiration devant la richesse de l’instrumental ‘Jodhpur‘ (ambiance digne d’un temple bouddhiste, avec la cithare, le gong et même des chants d’oiseaux !).

Blow‘, déjà présente sur la démo du groupe, déroute avec son intro des plus paisibles (on appréciera le superbe effet de guitare rappelant ‘Untouchables‘), avant qu’un déluge de riffs malsains ne s’abatte sur la fin du morceau. Une chanson captivante où le chant de Roro évolue entre calme et tempête. L’album s’achève par un remix de ‘TVscrew‘, un morceau épique encore une fois surprenant, où piano, violons et guitare sèche s’entrecroisent sur fond de guitare saturée brute de décoffrage. Ce titre plus électronique abuse de samples particulièrement originaux, un peu à la manière de Nine Inch Nails, et se détache assez nettement du reste de la galette. Idéal pour clore en beauté ce disque.

Finalement, Counterfeit nous propose une oeuvre très personnelle, bien loin des clichés habituels de la nouvelle scène française. ‘Between The End and The Middle‘ est un album dense qui parvient à nous faire plonger dans un univers oppressant rappelant Tool ou Neurosis. La scène lyonnaise, déjà connue pour sa grande activité, vient d’accoucher d’un nouveau talent.