Slipknot est aujourd’hui un groupe qui fait couler beaucoup d’encre : à la fois haï par les true coreux (cf. l’épisode du Fury Fest) et adulé par les kids en recherche d’identité, Slipknot ne laisse personne indifférent. L’album éponyme de 1999 avait scotché beaucoup de monde, avec ce mélangé survolté de haine et de folie. On découvrait alors un groupe honnête dans sa démarche et capable de tout renverser sur son passage. ‘IOWA‘ avait eu le mérite de ne pas faire dans la facilité, avec 14 titres d’une intensité malsaine. Bref, Slipknot, c’était un peu la biquette égarée dans le troupeau du néo-métal, en tout cas la plus hargneuse et la plus antisociale de toutes.

On aurait pu espérer du troisième opus du groupe (‘MFKR‘ ne compte pas) qu’il aille encore plus loin dans l’intensité que ‘IOWA‘, ou bien qu’il flirte avec le génie du premier skeud. Malheureusement, Stone Sour est passé par là, et Corey a fini par devenir tout ce qu’il critiquait sous son masque, à savoir un chanteur mélodique dans un groupe commercial. Dès qu’il s’est agi de composer le troisième album de Slipknot, l’hégémonie de Joey Jordison et Paul Gray (les 2 créateurs de ‘IOWA‘) a pris fin et l’influence de Corey Taylor et Jim Roots s’est enfin faite ressentir. Coté production, Ross Robinson s’est fait éjecter, au profit du très hype et très surestimé Rick Rubin (Slayer, Limp Bizkit, Red Hot Chili Peppers et prochainement KoRn). On pouvait donc s’attendre à beaucoup de changements pour ce nouvel opus des 9 tarés masqués, et effectivement, des changements il y a eu…

Dés le premier titre, ‘Prelude 3.0‘, le ton est donné : Slipknot a changé. Sur ce prélude qui dure 2 minutes de trop, on découvre un chanteur plus apaisé, sur une mélodie toute gentillette. Heureusement, la donne change vite avec les 2 titres suivants, assurément les plus intéressants du CD pour un fan de métal bête et méchant comme moi. ‘The Blister Exists‘ fait exploser les enceintes à gros coups de drumkits et de riffs brutaux, un peu comme ‘People=Shit‘ ou ‘SIC‘ en leurs temps. La batterie digne d’un peloton d’exécution est largement mise en avant, peut-être même un peu trop sur la fin. ‘Three Nil‘ met également le feu, avec un Corey survolté (‘1, 2, 3, NIL !‘) et un Joey Jordison en plein démonstration technique. Après ces 2 grosses tueries, on est rassuré sur l’état de santé des 9 paysans de l’Iowa : ils savent toujours bourriner !

On enchaîne avec ‘Duality‘, le premier single, et étonnamment, on tombe rapidement sous le charme de ce titre, qui est un mix péchu (mais pas trop) de ‘Left Behind‘ et ‘Wait And Bleed‘. Un morceau très efficace au refrain aisément mémorable. ‘The Opium of the People‘, le cinquième titre, ne fait pas non plus dans la dentelle, avec une intro de guitare très technique et une nouvelle démonstration du talent de Joey le nabot. Cependant, la suite du CD n’est pas très réjouissante…

En effet, Slipknot a changé de cap et nous propos désormais des titres acoustiques mous du genou (‘Circle‘, ‘Vermillion part 2‘). Pas que ces chansons soient mauvaises, loin de là, elles sont même très catchy, avec un Corey particulièrement expressif. C’est juste que Slipknot, c’est pour moi et beaucoup de gens un groupe de maboules qui fait de la musique sans concessions en crachant sur le music system et ces singles sirupeux faits pour vendre des disques. En nous balançant ce genre de titres tous plats, le combo américain va à l’encontre de ses principes d’antan. Et ce n’est pas la soi-disant volonté d’évoluer et de mûrir qui me convaincra…

Toutefois, on trouve quand même de bonnes choses sur la fin du CD. Tout d’abord, des soli ! Et oui, Mick Thompson (un ex-prof de guitare, rappelons-le) nous pond des soli dignes du dieu Slayer sur les 2 bons titres que sont ‘Pulse of the maggots‘ et ‘Welcome‘ (notez la repompe de System of a Down sur la rythmique). ‘Before I Forget‘ fait également bonne figure, l’espace d’une intro très jumpante, mais la meilleure surprise de ce volume 3 vient de ‘The Nameless‘. Ce morceau complètement déjanté est en effet le mariage des extrêmes, où l’on passe sans problème d’un martèlement de double pédale à une mélodie digne des Boyz 2 Men ! La performance de Corey est en outre assez phénoménale, avec une sorte de combat vocal entre ses 2 alter ego.

L’album s’achève par 2 titres assez atypiques. ‘The Virus of Life‘ rappelle le coté torturé du premier album éponyme, avec des ambiances lourdes et une relative absence de structure. ‘Danger, Keep Away‘ lorgne quant à lui du coté de Radiohead et Pink Floyd (c’est pas moi qui le dis, mais Corey !). Cet ovni est, avouons-le, assez réussi, et Corey démontre qu’il sait chanter juste et qu’il peut véhiculer des sentiments positifs avec sa voix (on est loin du mythique ‘I wanna slit your throat and fuck the wound‘ de ‘Disasterpiece‘…).

Finalement, il est très, mais alors très compliqué de se forger un avis définitif sur ‘Vol. 3 : The Subliminal Verses‘. D’un coté, désolé de vous l’apprendre, mais le groupe de Des Moines a changé. Le Slipknot fat et ugly que vous aimiez n’est plus. Il manque à ce CD le petit grain de folie qui faisait le charme du groupe : on ne retrouve cette intensité hors normes qui faisait le charme de Slipknot. Corey n’hurle plus aussi fort (certainement en raison de l’absence de Ross Robinson qui était un maître pour booster les chanteurs), et les compos manquent globalement de pêche, malgré quelques passages old school des plus réussis. D’un autre coté, il faut reconnaître que cet album est diablement efficace : il comporte un gros paquet de hits, et c’est musicalement le disque le plus abouti du groupe. Slipknot a pris le risque de changer, et cela mérite d’être souligné. Bref, n’enterrez pas trop vite le combo de l’Iowa : Slipknot entre dans une nouvelle ère, plus riche, plus vaste mais aussi plus radiophonique. A vous de voir si vous êtes prêts à les suivre dans cette direction.