Découvrir la première démo d’un tout jeune groupe est toujours un plaisir, et ça l’est encore plus si ce groupe a du talent. Dans cette liste des premières oeuvres qui surprennent par leur maturité, on peut désormais ajouter ‘Spooky’s dead‘ des 4 Strasbourgeois d’Audity. Mais si on peut dire de cette formation qu’elle est jeune, c’est uniquement du fait qu’elle n’existe que depuis 2002, car côté instrumental, l’expérience de musiciens déjà chevronnés se fait bien ressentir. Et c’est sans doute cela qui évite au groupe de tomber dans le piège des débuts hésitants, de la démo fade et sans intérêt qui semble si souvent être le passage obligé de nombreux jeunes groupes. Car oui, ceux-là savent ce qu’ils veulent et l’adjectif fade est sans doute celui qui va le moins à ces 4 titres pleins de surprises auxquels nous allons maintenant nous intéresser plus en profondeur.

Des bruits de la forêt. C’est ainsi que débute le titre d’ouverture ‘Squirrel‘. Mais ces chants d’oiseaux et frétillements de ruisseaux s’empressent d’être rejoints par une basse percutante et métallique à souhaits qui ouvre dès lors les festivités. Et la première écoute est plutôt déroutante : après cette petite intro à la lourdeur incontestable accompagnée d’un grognement des plus gutturaux, on s’attend à tous les coups à entendre se déchaîner une double pédale et une voix toute en vomissements incompréhensibles…mais non. La guitare des couplets fait dés lors inévitablement penser à un ‘Push It‘ très entraînant de Static-X, la basse se fait groovy et le chant mélange subtilement cris dans la veine hardcore et chants plus clairs. Les autres titres sont d’ailleurs du même acabit, mêlant les genres avec une fluidité impressionnante. Il est donc difficile de trouver des équivalents à ce son, mais on pourrait dire, pour en donner une image plus précise qu’il fait cohabiter habilement le créativité, le talent de composition et la technicité d’un Psykup et la spontanéité chaotique des anglais de Sikth (‘Jack’s Friend‘ fait beaucoup penser à une version ralentie de leur ‘Pussy Foot‘).

Mais même si le son d’Audity reste assez inclassable, on ne peut s’empêcher à plusieurs reprises de se dire ‘tiens, j’ai entendu ça quelques part…’ ou ‘on dirait un peu…’, cela n’étant nullement un mauvais point, au contraire. La basse, qui insuffle tout leur groove aux compos fait grandement penser à du Mudvayne avec ses passages slappés là où on ne les attend vraiment pas. Le phrasé du chant, quand à lui, peut osciller entre certaines mélodies de Nirvana (les passages chantés de ‘Squirrel‘ ont indéniablement des ressemblances avec les couplets de ‘Negative Creep‘, aussi étrange que cela puisse paraître) et un flow haché à la Disturbed, comme dans ‘Sixteen‘.

Au final, on a donc droit à une première démo plus que réussie, un vrai melting-pot des influences des membres du groupe, qu’on sent vraiment diverses et variées, chaque instrument y apportant son petit quelque chose. Mais même au-delà même de la musique, on aperçoit tout un univers derrière celle-ci, tout entre brutalité et absurdité, aussi sombre que festif. Il n’y a donc aucun doute qu’on en entendra encore parler, car 4 titres c’est bien trop court quand c’est si bon.