De retour après un long voyage, Rammstein revient avec ‘Reise Reise‘. Dans ses bagages : le lourd combo gonflé à bloc nous rapporte en vrac des bouteilles de coca-cola, de la romance à la française, un moine tibétain, de la vodka révolutionnaire russe et surtout, un énorme son made in Germany.

Rythmes binaires, guitares lourdes et puissantes. La voix de Till encore plus sombre et grave, devient grandiloquent, sous des airs héroïques. Les guitares toujours saturées s’effacent peu à peu, mettant le chant pesant en avant, plus que jamais dans la carrière de Rammstein. Et ces ambiances de fond, en sample, au synthé qui s’y ajoutent… Rammstein devient épique avec une connotation cinématographique remarquable. On s’imagine alors les performances lives, où le fantôme d’Armin M. (aka l’Hannibal Allemand) et surtout celui de sa victime hanterait la scène sur ‘Mein Teil‘. Où les drapeaux communistes et le peuple russe enragé se rueraient poing levé vers une nouvelle révolution dans ‘Moskau‘, avec en prime, un refrain qui aura le mérite de nous faire réviser deux langues sous-estimées à l’école : l’allemand et le russe.

Et cette image cinématographique ne s’arrête pas là puisque s’y ajoutent des chants religieux et autres instruments symphoniques tout droit sortis de le Filmorchester de Babelsberg, poussant Rammstein au summum de sa force : les tripes se soulèvent et on a la larme à l’oeil, tandis que le métal indus typique du groupe allemand y prend une dimension humaine et surtout gigantesque. ‘Morgenstern‘ en devient mélodiquement vacillant, ‘Ohne Dich‘ (à ne pas confondre avec l’incontestable tube de Die Ärzte) a des allures de générique de fin d’un quelconque film un peu trop romancé, tout comme ‘Amour‘ qui clôture l’album, où mélodies sirupeuses côtoient le métal.

Mais qu’il ne subsiste aucun doute : non, Rammstein ne devient pas pour autant un gros blockbuster débordant d’émo-attitude : la simplissime et pourtant efficace ‘Amerika‘, répétitive aux premiers abords, est tout simplement un futur hymne de fosse. Et ‘Dalaï Lama‘ n’a de doux que son moine tibétain, pour tomber rapidement dans une ambiance plus torturée et oppressante; tandis que ‘Mein Teil‘ ne se gênera pas pour montrer la puissance d’une bonne gratt’ saturée…

Au final, Rammstein signe un nouvel album certes différent de ce que l’on aurait pu avoir mais aux mélodies plus élaborées, une production impeccable et de nouvelles sonorités (accordéon, mandoline). Et on tient entre ses doigts encore frémissants LE disque de Rammstein, sinon L’album de fin d’année.