La rentrée musicale s’est faite plutôt fort dans beaucoup de styles, les nouveaux talents et les favoris de l’année à venir se font déjà sentir et les plus grands sortent leurs nouveaux albums, qu’ils ont passé l’été à peaufiner… mais où est le black dans tout ça ? C’est vrai, car ils ne sont pas nombreux, les groupes à pointer le bout de leur nez pâle à la sortie des studios ces derniers mois, et beaucoup de fanatiques de l’obscur s’offusqueraient désormais face à celui qui leur dirait de ne pas oublier le nouveau Cradle of Filth…Alors en attendant le retour, dans l’hexagone, de nos chers Anorexia Nervosa, les amateurs de black bien dépressif peuvent jeter leur dévolu sur le troisième opus de Forgotten Tomb, ‘Love’s Burial Ground‘.

Le titre à lui tout seul en dit long. On laisse donc à la porte bonheur, joie, amour, compassion, espoir et autres souvenirs de jours meilleurs et on revêt ses habits de noirceur, de haine, de tristesse, car plus on avance dans les 1 heure et 5 minutes de cet album (chapeau ! si seulement tous étaient aussi généreux…), plus l’obscurité s’épaissit, les ombres nous encerclent et on se sent vite tomber dans cette spirale de mal-être qu’essaient d’exprimer ces 4 musiciens en grand manque de tendresse. Tout le monde aura donc compris qu’il s’agit ici de black-plus-black-on-fait-pas à ‘tendance’ doom, comme ils le disent eux-même. En fait il serait plus juste de dire le contraire puisque 75% du temps c’est de doom qu’il s’agit. Et pour du lourd, c’est du lourd : prenez du Black Sabbath, faites tourner ça au quart de sa vitesse d’origine, égorgez une brebis pour obtenir la voix (prévoyez-en quelques dizaines vu la durée…) et voilà ! Le tour est joué ! Vous avez un semblant de Forgotten Tomb. Ça peut paraître méchant dit comme ça mais ce n’est pas du tout péjoratif, puisque c’est le but : obtenir une ambiance la plus oppressante possible et bousculer les sens de l’auditeur jusqu’à ses limites (attention, consignes d’utilisation : ne pas laisser à porter de fans de Kyo sous peine de déchirure intempestive des tympans et implosion cérébrale).

Bon, c’est sûr, ils ont pas complètement tort non plus, il y a bien du vrai black dans cette galette puisqu’on retrouve régulièrement cette guitare tout droit remontée des mélodies infernales de Burzum ou encore une batterie aux cymbales résonnant sèchement et à la double grosse caisse bien lente à la manière d’un Katatonia (si ce n’est que ces derniers avaient l’originalité de les ‘accorder’ différemment, rien que pour faire ch…). C’est d’ailleurs heureusement sur les titres de plus de 10 minutes qu’il y a parfois ce genre d’action (la mélodie de fin de ‘Slave of Negativity‘ est vraiment bien sentie) parce que le reste du temps, il faut bien avouer qu’à moins d’être un fanatique inconditionnel de doom et de cette progression réellement pénible à travers des mélodies qui s’étirent et s’étirent encore jusqu’à en devenir incompréhensibles (‘House Of Nostalgia‘), on a vite fait de s’ennuyer.

Les amateurs seront donc ravis, les autres moins, même si certains titres comme le plus rythmé ‘Forgotten Tomb MMIII‘, plus faciles à aborder, plairont sûrement aux fans de black plus ‘moderne’. Ces autres-là, donc, n’auront plus qu’à admirer l’extrêmement subversif et dérangeant ‘Original Uncensored Artwork’ de la pochette qui pour une fois fait dans l’original. De toutes manières, le pari de ces 4 malades est plutôt réussi : ils sont le mauvais côté du ying et du yang, ils sont l’anti-anti-déprésseur, le Prozac qu’on prend quand tout va bien, bref ils sont ce qui s’oppose le plus aux bisounours sur la planète toute entière. ‘Darkness in stereo’.