Une petite devinette : qu’est-ce qui a le plus grand nombre de concerts à son actif parmi tous les groupes de death européen, existe depuis bientôt 20 ans sans presque aucun changement de line-up, est considéré sans aucune contestation possible comme LA pierre angulaire du style sur le continent et qui nous pond aujourd’hui son 14ème album ? Alors ? Hein ? Et bien oui, c’est Vader, LE groupe polonais monumental dont chaque nouvel album est attendu par les amateurs de death comme le messie, le monstre de puissance dont la prestance scénique dépasse de loin tout ce qu’on peut imaginer, le prophète de la destruction rythmique, prêcheur de la folie instrumentale. La brutalité sans aucune concession est leur seule loi et ce groupe qui s’est fait connaître comme la première formation death à s’être exportée hors des ex pays communistes après la chute du mur à leurs débuts avec leur démo ‘Morbid Reich‘ (qui se vend encore aujourd’hui comme des petits pains) est bien sûr le point de devenir une légende. Alors quand on dit 14ème album, il y a de quoi en faire rêver beaucoup ! Cependant en ce qui concerne ce petit dernier, tout n’avait pas si bien commencé…

Revenons quelques mois en arrière. Mai 2004, le groupe rentre en studio, l’enregistrement de ‘The Beast‘ commence, et là, c’est le drame : Doc, batteur exceptionnel et vrai esprit du groupe se blesse et les 4 collègues annoncent que l’enregistrement doit s’arrêter là ! Bon c’est sur, le death, c’est pas qu’une batterie, mais Vader, c’est autre chose. Comment imaginer des titres désormais classiques du groupe tels que ‘Litany‘ ou ‘Creatures of Light And Darkness‘ avec autre chose que le jeu exceptionnel et si unique de Doc au coup de baguette près ? Impossible. Alors il est plus facile de comprendre l’appréhension qui régnait autour de la sortie de ce dernier album chez les fans quand on sait qu’en juin, les enregistrements ont repris avec un nouveau batteur totalement inconnu (ou presque).

Anxieux, on se lance donc à l’écoute de ‘The Beast‘, frémissant d’impatience d’entendre ce son, espérant en reconnaître immédiatement la signature inimitable…Une intro toute en lourdeur passe, et là…Miracle ! Premier coup de cymbale, premier riff arraché à la force d’un poignet des plus expérimenté et c’est un soulagement immense de se rendre compte que non, rien n’a changé, Vader est toujours aussi excellent.

Out Of The Deep‘ entame donc le massacre. La ‘mélodie’ rappelle légèrement celle de ‘The Wrath‘, Peter vocifère avec la même hargne des paroles toujours aussi percutantes et fait même de petites allusions pour les fans (le parallèle de ce titre avec ‘Wings‘ également titre d’ouverture de leur album ayant eu le plus de succès, ‘Litany‘). Le plus jubilatoire reste le son de batterie qui, étant resté le même dans l’ensemble, a encore gagné en ampleur et en puissance : le petit break destructeur qui relance avec ses quelques misérables secondes à lui seul tout l’intérêt de ce titre devrait faire école.

Mais le ‘pire’ est que sur les 9 autres titres de l’album, le niveau ne baisse pas d’un poil tout en ne répétant pas constamment le même schéma de composition, comme on aurait pu leur reprocher sur quelques-uns de leurs anciens albums. On a donc droit a du Vader old school bien lourd qui fait remuer les cheveux, conçu pour le live, aussi bien qu’à des titres ‘d’ambiance’, plus intimistes (ce groupe étant sûrement le seul groupe de death à qui on peut coller cet adjectif) comme le magnifique ‘The Sea Came In At Last‘ reprenant la recette du couplet murmuré pour mieux bourrinner de toutes ses forces sur un refrain à la lead qu’on retient en une écoute pas plus, tout simplement géniale, le tout sur des paroles d’une poésie étonnante.

Vader avec ‘The Beast‘ a donc réussi plus qu’un excellent album de plus, puisqu’il nous offre une véritable consécration, un condensé de nombreuses années de carrière dans ces 10 titres plus proches que jamais de celui qui l’écoute, touchant, honnêtement émouvant parfois pour peu qu’on se donne la peine de plonger dans cette ambiance unique. Vader c’est de la douleur, beaucoup de mélancolie, de la brutalité aussi, mais c’est aussi des moments de répit, le temps de la réflexion avant qu’on s’oublie de nouveau dans un déluge de double pédale, une boucherie que seul leur son de guitare si particulier peut produire. L’exemple même du groupe qui a su se détacher des clichés de son style et de ses débuts. Oui, Vader ce sont en quelques sorte les romantiques du death, car depuis des titres inoubliables tels que ‘The One Made Of Dreams‘, ‘Silent Scream‘ et autres chef-d’oeuvres du genre, ils ont refusé la facilité d’un death froid, aseptisé et nous offrent un vrai death, plein d’émotions.