Je me doute que pour les lecteurs de Visual Music, le black metal est loin d’être une passion (même si Krasterk essaie de vous convertir, avec un certain talent). Moi-même, j’ai toujours eu beaucoup de mal avec cette musique extrême, et je n’y connais strictement rien, l’imagerie de ce style m’ayant toujours plus ou moins refroidi. Pourtant, quand j’ai reçu le nouvel album de Cradle of Filth, j’avoue avoir rangé mes a priori au placard, car les 2 extraits que j’avais auparavant entendus (‘Gilded Cunt‘ et ‘Nympetamine‘) m’avaient particulièrement séduit, par leur côté plus mainstream et moins caricatural. Avec ce premier album chez Roadrunner, Cradle tenterait-il de démocratiser le black comme Metallica l’avait fait avec le thrash en 1991 ? Réponse dans quelques centaines de pixels…

Après une intro digne de la guerre des étoiles en version gothique, Cradle lance la machine avec ‘Gilded Cunt‘, un morceau très orienté métalcore avec une batterie plus rentre-dedans que par le passé. Si les premiers morceaux peuvent sembler plus agressifs que d’habitude, ne vous y méprenez pas : il s’agit bel et bien d’un album de black. Du black atténué (comme Michael Jackson quoi…), mais du black quand même. Premier truc qui choquera les die hard fans : les claviers Bontempi ont été rangés au placard, pour laisser place à de bonnes vieilles guitares. Quoi de plus normal pour du métal finalement ? Niveau chant, rien ne change vraiment : Dani Filth crie toujours aussi stridemment, et bizarrement, ce chant n’est pas si extrême que cela, même pour un néophyte. Dani possède une véritable identité sonore, et sa seule voix peut insuffler un rythme à une chanson (écoutez ‘Gilded Cunt‘ vers 1.43 pour vous en convaincre).

Paul Allender et James McKillboy, les 2 guitaristes, nous donnent une véritable leçon de métal : leurs compositions sont longues, torturées, et surtout riches en riffs (mention spéciale à ‘Nemesis‘). Devant tant d’imagination, on ne peut finalement que s’incliner… Que les oreilles sensibles se rassurent, Cradle ne nous sert pas une soupe sonore à la limite de l’inaudible comme c’est souvent le cas dans le black : non, ici, les influences guitaristiques lorgnent essentiellement vers le bon vieux thrash des années 80 (‘Mother Of Abominations‘, ‘Absinthe With Faust‘, ‘Nympetamine Overdose‘) ou vers le heavy période NWOBHM (‘Coffin Fodder‘).

On repère d’ailleurs 2 sortes de morceaux : tout d’abord les titres bien bourrins, à la limite du death mélodique suédois (ex : ‘Gilded Cunt‘, ‘Filthy Little Secret‘), et puis ensuite les morceaux beaucoup plus calmes, où le caractère gothique est mis en avant : le lyrisme prend alors le pas sur l’agressivité, sans qu’on y perde en intensité (cf. l’interlude ‘Painting Flowers White Never Suited My Palette‘ ou encore la fin de ‘Mother Of Abominations‘). Quelques belles intros de piano parsèment l’album ça et là (‘Gabrielle‘, ‘Absinthe With Faust‘, ‘English Fire‘, ‘Swansong For A Raven‘), avec des mélodies toujours très lentes et épurées… Liv Kristine apporte également une once de finesse sur ‘Nymphetamine Overdose‘, dans une version beaucoup plus longue que celle de Resident Evil : Apocalypse. Les plus anciens seront également heureux de retrouver du Cradle typique, avec un mélange furieux de guitares et de claviers (‘Swansong For A Raven‘, ‘Medusa And Hemlock‘).

Produit par Rob Caggiano (le guitariste soliste d’Anthrax) et mixé par Colin Richardson (Machine Head, Fear Factory, Napalm Death), ‘Nymphetamine‘ possède un gros son, une première pour ce groupe : le son est en effet très lourd et puissant, un peu à la manière de ce qui se fait sur la scène scandinave. La batterie, particulièrement mise en avant dans le mix, ne ressemble plus à une boite à rythmes : quand on pense qu’il aura fallu attendre 10 ans pour cela, c’en est presque comique ! En fait, le gros défaut de cet album, c’est sa longueur : 75 minutes c’est long, surtout pour un disque destiné à conquérir un public moins extrême. On a parfois l’impression d’entendre un dérivé de musique progressive tant les compositions abusent de changements de rythme… La qualité des compositions est constante, et on ne trouve pas de fillers sur cet album. ‘Nymphetamine‘ marque un donc un ‘changement de cap dans la continuité’ pour nos black métalleux préférés : plus agressifs, plus efficaces, les 6 Britanniques n’ont cependant rien perdu de leur talent. En tout cas, j’ai personnellement été étonné par ce style finalement très facile d’accès, et cet album m’a finalement plus que convaincu.