Le 8 décembre 2004, Dimebag Darrell, LE guitariste métal des années 90, s’est fait descendre par un maboule en plein concert. Il me semblait donc logique de revenir sur le dernier album des frères Abbott, qui était passé un peu inaperçu à sa sortie. Evidemment, la seule question que tout le monde se pose, c’est de savoir si Damageplan est à la hauteur de Pantera, ou si ce n’est qu’un side-project aussi anodin que Superjoint Ritual… Les frères Abbott ont-ils pondu un disque qui marquera une nouvelle génération de métalleux, ou n’est-ce qu’un CD pour nostalgiques d’une époque révolue ?

En fait, l’album n’est pas très homogène, et on distingue clairement 2 styles : tout d’abord, des morceaux bourrins presque du niveau de Pantera (mais pas tout à fait), et ensuite, des trucs beaucoup plus soft, à la croisée d’Alice In Chains et du néo-métal. Pat Lachman, le nouveau chanteur, est doté d’une belle voix, plus variée que celle de Phil Anselmo, mais il lui manque l’essentiel : une identité forte. On ne peut ainsi s’empêcher de le comparer à Phil sur les refrains beuglés de ‘Wake Up‘, ‘Breathing New Life‘, ‘New Found Power‘ ou encore Explode. Là où Drowning Pool avait réussi à trouver un nouveau chanteur plein de charisme, Damageplan n’a trouvé qu’un banal clone sans personnalité, et ce choix n’est finalement pas des plus judicieux tant il pousse à la comparaison.

Même si la première partie de l’album rassure plus ou moins les fans de Pantera, aucun titre ne possède l’intensité du quatuor magique des années 90. Les frères Abbott font du Pantera light, avec ça et là quelques riffs ou gimmicks appréciables (cf. les 3 premiers titres), mais pour un groupe qui se voulait autrefois incorruptible et 100% power métal, on ne peut être que déçu. Vinnie Paul, sans être mauvais, ne se défonce pas autant que sur un ‘War Nerve‘, et son jeu passe finalement assez inaperçu. En outre, comment un guitariste aussi doué que Dimebag a-t-il pu composer des titres aussi mous du genou que ‘Pride‘, ‘Save Me‘, ‘Soul Bleed‘ ou ‘Blink of an Eye‘ ? Sans être 100% néo, ces derniers possèdent de nombreux plans soft absolument inacceptables pour les frères Abbott. Faut pas me faire croire que ces morceaux étaient destinés à un nouvel album de Pantera, c’est rigoureusement impossible. Phil Anselmo n’est peut-être pas dans le groupe du siècle avec Superjoint Ritual, mais au moins, lui, il reste intègre et sans concessions. Donc voici petit conseil d’ami : dans la seconde moitié de l’album, vous pouvez tout zapper sauf ‘Moment of Truth‘, un titre lent et heavy au riff terriblement malsain.

Parmi les bonnes surprises de ce disque, on retiendra tout de même l’excellent featuring de Corey Taylor (Slipknot) sur ‘Fuck You‘ : voilà enfin un titre rapide, plein de hargne et qui aurait pu figurer sur un skeud de Pantera. Autre satisfaction, les solos de Dime sont toujours bel et bien là, avec ce son suraigu si caractéristique. Le chevelu à la barbichette rouge n’a au moins pas perdu son talent d’exécution. Avec une basse très dense, la production est quant à elle de qualité, mais elle ne restitue pas assez la hargne et l’énergie du groupe. Etonnant, vu que Dime et Vinnie s’en sont chargés comme à la grande époque de Pantera

Si vous étiez fan des Cowboys From Hell, n’espérez donc pas trop de ce disque. En aucun cas vous n’aurez envie de tout péter sur votre passage comme à l’écoute de ‘The Great Southern Trendkill‘. Tout au plus, vous serez heureux d’entendre l’évolution des 2 frangins texans. Sans être mauvais, ce disque ne souffre en fait que de la comparaison avec Pantera : le métalcore est passé par là, et Damageplan n’impressionne pas plus que cela, malgré un disque très honnête. ‘New Found Power‘ n’est donc pas le successeur légitime de ‘Reinventing The Steel‘ : il ne restera dans l’histoire que pour de macabres raisons, étant donné que ce sont les derniers enregistrements de Dimebag Darrell.