De novembre 1997 à juin 2003, Metallica a pris son temps et a connu de multiples crises. En avril 2000, le groupe a attaqué Naspter en justice et s’est mis un gros paquet de fans à dos. Le départ de Jason ‘New Kid’ Newsted en janvier 2001 a plongé les Horsemen dans le doute, et l’entrée volontaire de James Hetfield en cure de désintoxication en juillet 2001 a failli mettre un terme à l’histoire exceptionnelle de Metallica. En effet, pendant près de 8 mois, James s’est totalement remis en question, au point de ne plus vouloir entrer en contact avec Kirk Hammett et Lars Ulrich, les 2 seuls membres restants du groupe. Pourtant, en mai 2002, le guitariste/chanteur a fait son retour en studio, pour tenter de donner naissance à un huitième album studio. Pour la première fois, James est arrivé les mains vides, sans aucune chanson toute prête. Le processus de création a été revu de A à Z : ainsi, Kirk et Lars ont activement participé à l’écriture des morceaux et des paroles ! Difficile à croire quand on sait que depuis toujours, la musique de Metallica était auparavant l’oeuvre unique de James… Les fans ont pu suivre quotidiennement la création de cet opus sur Internet, via l’opération Jump in the Studio sur le site officiel du groupe. Dès les premières écoutes réservées aux journalistes professionnels en mars 2003, ‘St. Anger‘ a reçu des critiques dithyrambiques. Mais qu’en est-il vraiment ? Cet album est-il vraiment à la hauteur du mythe ?

Le premier truc qui choque quand on lance l’album, c’est le son. Finie la prod’ ultra-propre à la Bob Rock. Metallica a adopté un son garage, limite dégueulasse, pour se la jouer authentique et undergound. La batterie est ultra présente, à la limite de l’inaudible (sur la fin de ‘Frantic‘, on n’entend même plus la guitare…). Lars semble taper sur un grand bidon d’essence vide tout au long de l’album (comme Stomp…).

Globalement, le son est très brut, si bien qu’on a l’impression d’être dans le studio auprès des Horsemen, lors d’une banale répétition, avec toutes les petites erreurs que cela peut comporter. De plus, lors de la première écoute, on est terrassé par le changement de cap au niveau musical : finies les ballades et les rythmes bluesy de ‘Load‘, les Horsemen cavalent de nouveau à toute allure ! Cet album est d’une lourdeur extrême, et abuse des changements de rythme. La double pédale est de retour, et les riffs thrash profusent de toutes parts, de manière complètement imprévue ! Cependant, contrairement à la grande époque (le milieu des années 80), les morceaux ont une structure bizarre : ils semblent construits n’importe comment, sans véritable structure, rendant ainsi l’écoute plus que difficile lorsqu’on ne maîtrise pas encore l’album.

L’album s’ouvre par ‘Frantic‘, un morceau très bourrin, limite Killswitch Engage. La batterie est dévastatrice, et le riff de fin est absolument apocalyptique. Un morceau très accrocheur, comme à l’habitude, et qui donne d’entrée le ton de l’album. ‘St. Anger‘, single saccadé et non représentatif de l’album, est beaucoup trop répétitif pour captiver l’auditeur. Par contre, vous devriez vous prendre une sacrée claque en découvrant l’intro de ‘Invisible Kid‘, ou encore ‘My World‘ : ce morceau, à la rythmique similaire à ‘Master Of Puppets‘, se termine par un riff heavy à souhait, qui rappelle les meilleurs moments de Slayer. ‘Shoot Me Again‘ est un des rares morceaux bien construits de bout en bout, avec diverses montées en puissance et un refrain qui devrait faire intervenir le public en live, à la manière d’un ‘Creeping Death‘ (Come on, shoot me again, I ain’t dead yet, shoot me again, shoot me). ‘Sweet Amber‘ est également un véritable hit en puissance : l’intro très bluesy, qui semble annoncer le début d’une ballade, est suivie d’un riff extrêmement rapide de toute beauté. Les Horsemen trompent leur monde, et de quelle manière ! La fin très thrash a même des allures de ‘One‘ (la batterie y est 100% identique)… Simplement, comme sur beaucoup d’autres morceaux, un refrain hideux vient gâcher le plaisir. La voix de James est dans l’ensemble très décevante : adieu la puissance made in Hetfield, vous aurez plutôt droit à un chant très aigu et instable. Jaymz essaie souvent de pousser sa voix, mais il ne parvient pas à tenir sa note plus de 2 secondes (au moins, on est sûr que les morceaux ont bien été enregistrés en une prise ou deux maximum…). Ses Kill, Kill, Kill, Kill‘ présents à la clôture de l’album sont même pathétiques, et détruisent le morceau en question. En fait, le vocaliste de Metallica est décevant de bout en bout, et ne relève le niveau que sur ‘Dirty Window‘ et ‘Shoot Me Again‘. Il s’essaie même à un semblant de rap sur la décevante ‘Some Kind Of Monster‘ (superbe intro, mais après le break pompé sur ‘Roots Bloody Roots‘, le refrain saoule à force d’être répété et répété…). Que dire enfin du Frantic tic tic tic tic tic tock complètement ridicule ou des paroles généralement insipides et répétitives ? Difficile de croire que ce sont les mêmes individus qui ont composés ‘Ride The Lightning‘, le ‘Black Album‘ et… ‘St. Anger‘.

Il est difficile comme vous le voyez d’émettre un avis objectif sur cet album (surtout quand on est fan…). Après l’avoir attendu pendant près de 6 ans, mes attentes ont forcément été déçues, mais ce n’est tout de même pas une bouse, loin de là. Il contient une bonne dose de riffs carrément excellents, mais la structure des morceaux laisse franchement à désirer. Aucune chanson n’est parfaite de bout en bout : il y a systématiquement un petit truc qui cloche et qui gâche le plaisir (souvent au niveau du chant, il faut bien l’avouer…). En outre, tous les morceaux tirent sur la longueur, et auraient gagné à être raccourcis de 3 à 4 minutes. Si certains riffs vous feront sauter au plafond (c’est votre copine qui va être jalouse…), beaucoup d’autres sont creux, basiques et sonnent trop néo-métal. Oui, néo-métal, vous avez bien lu. Comment en effet ne pas penser à SlipKnoT en écoutant l’intro de ‘The Unnamed Feeling‘, ou à System of a Down en écoutant le break de ‘Dirty Window‘. Situé à des années de lumière de ‘Load‘ ou de ‘…And Justice For All‘ en terme de richesse de composition, ‘St. Anger‘ fait très léger, surtout après 6 longues années d’attente… Kirk ‘Hamlet’ est quant à lui devenu complètement inutile, en raison de l’absence de solos. Où sont passées sa fluidité et son groove légendaires ? Kirk était-il présent lors de l’enregistrement ou était-il trop occupé à faire du surf ?!! Quant à Roberto Trujillo, musicien de génie fraîchement arrivé dans le groupe en février 2003, il n’a même pas enregistré ses parties de basse (Bob Rock s’y est collé).

Dans l’ensemble, cet album n’est donc ni mauvais ni excellent. Il s’avère difficile à écouter d’une traite en raison du manque de solos, et de la longueur des morceaux. Il comporte ça et là de très bons trucs, mais absolument rien qui justifie les critiques extraordinaires dont il s’est vu affubler. Metallica a tenté de tromper son monde avec ce vrai/faux retour aux sources. Certes, ‘St. Anger‘ a servi d’exutoire à l’ami James, mais il ne comporte aucune touche de génie, et constitue la première vraie contre-performance des Horsemen. Décevant quand on connaît le talent (passé) du groupe.