Après avoir sorti une pléthore de disques de néo-métal, Roadrunner étoffe son catalogue en recrutant des artistes métal de plus en plus variés. 3 Inches of Blood est une de leurs dernières signatures, et ce groupe canadien se démarque des autres productions du label par son style résolument old school. Aurait-on à faire au nouveau Judas Priest ?

Prenez le chant aigu de Rob Halford, les guitares d’Iron Maiden, accélérez le tout et vous obtiendrez 3 Inches of Blood. La grosse particularité de ce groupe est d’avoir 2 chanteurs, Cam Pipes et Jamie Hooper. Heureusement que je l’ai lu sur la pochette, sinon je ne l’aurais pas cru… En effet, bien qu’évoluant dans 2 styles différents, leurs timbres sont extrêmement proches. Le premier essaie clairement d’imiter Rob Halford de Judas Priest. Mais le petit problème, c’est que pour chanter juste dans les aigus, faut soit être castré, soit avoir un don, et là, ce n’est pas vraiment le cas : sa voix n’est en effet pas des plus stables, un vrai problème pour les notes haut perché. Qui plus est, il est incapable de varier son style et il ne cesse de se répéter tout au long du disque. Le second chanteur joue quant à lui dans un registre plus extrême, un peu dans le style blackeux de Dani Filth, avec des beuglements bestiaux censés compléter le chant de son acolyte. Mais il s’agit bien souvent de braillements purs et simples, et sur la très hardcore ‘Dominion of Deceit‘, c’est plus horripilant qu’autre chose. Bref les 2 hurleurs ne dérogent pas à la règle du heavy, mais on aurait aimé un peu moins de linéarité dans leur style.

Plus grave, les morceaux se ressemblent pour la plupart et manquent cruellement d’originalité : galops de guitare, double batterie, cris haut perché, thèmes épiques, tout est là. La technique n’est pas absente, surtout à la lead guitar, mais à quoi bon shredder à 200 à l’heure quand aucune âme ne se dégage des innombrables solos (‘Dominion of Deceit‘) ? Le groupe joue vite, très vite, si bien qu’on s’approche parfois du thrash (‘Swordmaster‘, ‘Destroy The Orcs‘) : 3 Inches of Blood ne fait aucun compromis et n’accuse aucune baisse de régime, mais malheureusement la structure des morceaux est à peu de choses près la même pendant plus de 51 minutes. Parmi les titres marquants, on retiendra ‘Deadly Sinners‘, ou encore ‘Lord of the Storm‘ dont l’intro apporte (enfin) un peu d’originalité. ‘Premonition of Pain‘ et ‘Axes of Evil‘ sont également sympathiques, avec des solos qui font mouche. Mais l’album aurait fortement gagné à être raccourci : en effet, trop de heavy tue le heavy…

Les thèmes abordés n’étonneront personne : piraterie (3 morceaux y sont consacrés), combats moyenâgeux, orques, tout y passe… 3 Inches of Blood garde le caractère épique qui fit le charme des groupes de heavy au début des années 80. Les amateurs de Tolkien adoreront, les autres auront du mal à se plonger dans les paroles en raison d’un style trop solennel.

Côté son, Neil Kernon s’est chargé de la production alors que Colin Richardson s’est occupé du mixage (on ne retrouve malheureusement pas sa patte). La pochette a quant à elle été réalisée par Ed Repka, bien connu du grand public pour ses pochettes de Megadeth. L’artwork et l’habillage du CD, avec leur ambiance médiévale, sont donc très réussis, mais est-ce suffisant pour succomber au charme de 3 Inches of Blood ? Pas sûr…

Avec ‘Advance and Vanquish‘, 3 Inches of Blood a tenté de remettre la NWOBHM des années 80 sur le devant de la scène, sans y apporter la moindre innovation. Malgré un effort certain, le groupe n’y parvient pas, en raison d’un gros manque de personnalité et de thèmes trop caricaturaux. Je n’arrive pas à vraiment m’expliquer pourquoi, mais je n’arrive pas à accrocher à ce groupe (peut-être bien que ce style est devenu trop kitsch). Cet album aurait pu cartonner il y a une vingtaine d’années, mais voilà, il arrive un peu en retard, à l’époque du néo-métal et du métalcore. Loin d’être mauvais, ce disque rapide et technique est donc à réserver aux seuls amateurs de Judas Priest, Dio et Iron Maiden.