Some Kind of Monster‘ est le troisième DVD consacré à l’enregistrement d’un album de Metallica, après les 2 documentaires consacré au ‘Black Album‘. Enregistré sur une période de 900 jours alors qu’au départ il ne devait durer que deux mois, le film commence le 24 avril 2001, et nous permet de suivre chronologiquement les différentes phases de composition de ‘St. Anger‘. Pour faire court, on va dire que suite au départ de Jason Newsted (apparemment pour des raisons financières), le groupe a engagé un psychothérapeute à 40.000 $ par mois pour l’aider à résoudre ses problèmes internes. Le film démarre sur ce début de crise, et nous entraîne dans ce qui seront les moments les plus noirs de l’histoire du groupe…

Pourquoi ce documentaire est-il intéressant ? Et bien comme le disent les 2 réalisateurs, s’il avait été filmé 5 ans auparavant, il n’aurait été qu’un banal making-of sans relief, mais ici nous assistons à une période charnière de l’histoire de Metallica. En effet, après le départ de Jason, le groupe s’est remis en question et a revu de A à Z sa manière de composer. Qui plus est, James connaît à cette époque de graves problèmes d’alcoolisme, et il décide subitement de changer de style de vie pour sauver sa vie de famille. C’est ainsi que deux mois après le début du tournage, le 15 juin 2001, il claque la porte suite à une dispute et disparaît pendant plus de 10 mois, ne donnant plus aucun signe de vie à ses camarades.

Le film s’intéresse donc plus à la psychologie de Metallica qu’à sa musique. Sans censure apparente, on assiste aux bagarres internes, aux problèmes d’égo ainsi qu’aux états d’âme du groupe : pendant le break forcé de 10 mois, nous découvrons ainsi un Lars désoeuvré et décontenancé, bien loin de l’image de rockstar qu’il avait au début des années 90. Cette période de vaches maigres pousse le petit Danois à se remettre en question et à changer de vie : outre la cession de ses nombreuses oeuvres d’art, il décide surtout de mettre les cartes sur table avec Dave Mustaine (Megadeth), dans ce qui constitue l’un des moments les plus forts du film.

Pendant deux heures et vingt minutes, nous plongeons donc dans l’intimité de trois musiciens, avec leurs hauts et surtout leurs bas. Avec ‘Some Kind of Monster‘, Metallica n’a pas hésité à se montrer en position inconfortable : bien loin de son image de metal god invincible, le groupe apparaît plus comme un couple en pleine crise conjugale. Vous croyiez que composer un hit était un jeu d’enfant quand on s’appelait James Hetfield ? Faux, il en bave autant que tout le monde ! Dans la même logique de démystification, le groupe n’hésite pas à nous faire écouter des chutes de studio passables et à nous montrer la réaction plus que réservée de leur manager !

Avant d’acheter de DVD, ne vous méprenez pas sur la marchandise : il ne s’agit pas d’un film sur ‘St. Anger‘, et la musique n’y occupe pas une place prépondérante. En effet, seule une infime partie du film est consacrée à la genèse des morceaux : nous voyons par exemple comment James a trouvé le nom ‘Some Kind of Monster‘, ainsi que l’origine des paroles de ‘Sweet Amber‘ et ‘Shoot Me Again‘. En ce qui concerne ‘Frantic‘ et ‘The Unnamed Feeling‘, et bien attendez-vous tout au plus à une dizaine de secondes par titre ! Par contre, quel bonheur d’assister aux auditions des bassistes fin 2002 et de voir les premières réactions des Horsemen lors du passage de Rob Trujillo !

En parfait idiot que je suis, je me disais que les 7 heures de bonus présentes sur le deuxième DVD nous permettraient enfin d’assister à la naissance des morceaux et à leur évolution au fur et à mesure des semaines. Et bien tant pis pour moi, car ce n’est vraiment pas le cas. A part 2 ou 3 scènes (sur un total de 41), on n’apprend quasiment rien sur la manière de composer des Horsemen. Les réalisateurs persistent bec et ongle dans leur trip psychologique… James se dévoile ainsi sans tabous à propos de son enfance, alors qu’une scène alternative avec Dave Mustaine nous en apprend beaucoup sur ce que le grand rouquin a enduré depuis son éviction de Metallica en 1983. Les quelques minutes consacrées à la collaboration virtuelle avec Ja Rule devraient également vous faire rire tant Lars et Kirk semblent se désintéresser de ce projet… Parmi tous les sujets traités lors de ces scènes bonus, le cas Jason Newsted revient assez régulièrement : bien que le groupe ait mûri sans lui, Jason pense (à tord) qu’il est toujours un maillon essentiel de Metallica et qu’il doit être prévenu des moindres faits et gestes du groupe… Il faut l’entendre insulter indirectement ses anciens camarades après que ces derniers aient joué un concert avec Bob Rock en janvier 2003 ! Enfin, pour en terminer avec les bonus, vous ne serez pas mécontents d’entendre en fond sonore de nombreux extraits inédits sortis tout droit des sessions de ‘St. Anger‘ !

Contrairement à ‘Un an et demi de la vie de Metallica‘, ‘Some Kind of Monster‘ n’est donc pas un simple making-of de ‘St. Anger‘ : il s’agit plutôt d’un film exhaustif sur les relations au sein d’un groupe en crise. Les vrais fans de Metallica devraient logiquement prendre leur pied avec ces 10 heures d’images, tant on rentre dans l’intimité du groupe. Mais si vous n’aimez pas Metallica, ce n’est absolument pas un problème tant le film traite d’un sujet universel, à savoir comment garder la motivation de se lever le matin quand on a des dizaines de millions de dollars sur son compte en banque. Sous nos yeux de voyeurs, le groupe doute et se déchire de manière si réelle que l’on est parfois embarrassé par ce que l’on vient de voir. C’est là la force des grands documentaires.