On se souvient encore de ce message : ‘A l’origine, on avait prévu de faire un disque en trois semaines […], cependant, l’objectif du groupe a changé. Nous continuons à écrire de nouvelles chansons‘. On était alors en 2002 et Chino Moreno nous annonçait que l’album de Team Sleep allait voir le jour en 2003. Il finissait même son message par un clairvoyant ‘Plus d’extraits audios seront disponibles bientôt…‘. Le leader de Deftones ne croyait pas si bien dire puisqu’on se retrouvait quelques mois plus tard avec des maquette de l’album… De quoi faire monter le buzz et nous faire patienter pendant que le projet de Chino, Todd Wilkinson et Dj Crook reprend à zéro. Un an plus tard, Team Sleep a le mérite de créer l’événement en mettant à disposition sur la bande original de Matrix : Reloaded un titre inédit. Les fans s’excitent, les autres s’impatientent… Après plusieurs reports, le voici : le premier album de Team Sleep qui en déroutera certainement plus d’un.

Il suffisait pourtant de coller Chino, Moreno, et Deftones sur un quelconque cd (même vierge) pour assurer un minimum de ventes. Mais non, le gros nounours qu’on a toujours envie de serrer dans ses bras venu de Sacramento est perfectioniste. On l’a bien vu lorsqu’il a décidé de tout réenregistrer pour que tout soit parfait. Et effectivement, on n’en est pas loin. Les fans de Deftones période ‘White Pony‘ seront aux anges à l’écoute de ‘Blvd. Nights‘ ou même ‘Live From The Stage‘ et ses envolées de guitares… D’autant plus que Chino reste égal à lui-même et use de ses cordes vocales à merveille. C’est le premier gros frisson. Mais se borner à comparer Team Sleep uniquement aux Deftones serait une grossière erreur car le groupe se fonde bien entendu sur ses précédents acquis mais explore aussi de nouveaux horizons. Les cieux pop avec ‘Elizabeth‘ qui pourrait être un bside sous anesthésie de Phoenix, à l’instar de ‘11/11‘ qui possède cette petite touche aseptisée mais pourtant accrocheuse qu’Air avait inculqué à son ‘Talkie Walkie‘. On applaudira aussi la performance de Dj Crook, pourtant majoritairement discret, sur ‘Staring At The Queen‘ et ses beats déstructurés comme on était habitué à en entendre uniquement sur les disques de Ninja Tunes ou Warp Records (les amateurs auront tendance à affirmer que Ra n’est pas loin…)… Et ça continue : culture new wave, mouvement progressif, ambiant, trip-hop, expérimentations à tout va… Team Sleep est un faux ami, les membres du groupe étant toujours à l’affût du petit quelque chose en plus ne pouvant s’arrêter sur un seul et unique genre . A priori rébarbatif, l’album dévoile toutes ses qualités et richesses après plusieurs écoutes. Et par nature, c’est aussi le défaut du projet : repousser les auditeurs potentiels réfractaires à ces choix musicaux. Tant pis pour eux, finalement, on aura toujours l’avantage d’avoir l’air un peu plus undeground.