Les messies sont de retour. 2 ans après la sortie de ‘The Impossibility of Reason‘, ceux que je considère comme les sauveurs du métal sont de retour, avec un troisième album qui pourrait bien les établir définitivement comme LA nouvelle référence absolue. Oui, je m’emballe, je sais, mais rien à faire, je les aime ces ptits gars !

Que ceux qui s’attendaient à une redite de TIOR aillent se rhabiller tout de suite : Chimaira n’est pas du genre à se répéter, et comme tous les grands groupes, le combo de Cleveland cherche à se renouveler à chaque album, histoire de marquer son époque un peu plus à chaque fois… La furie de ‘The Impossibility of Reason‘ semble ainsi souvent lointaine, tant le groupe s’est assombri : les compos sont plus épiques (5 à 7 minutes en général), le rythme est plus posé, et hormis deux ou trois titres (‘Comatose‘ et ‘Pray For All‘ en tête), on ne retrouve jamais la vitesse de ‘Power Trip‘ ou ‘Pure Hatred‘. En fait, plutôt que de se perfectionner dans le métalcore bête et méchant, le groupe a avant tout misé cherché à créer des ambiances, souvent sombres et dépressives (‘Salvation‘), histoire de faire avancer les choses et de surprendre leur puiblic. On trouve ainsi des touches orientales de toute beauté sur ‘Nothing Remains‘ ou ‘Lazarus‘, et un peu comme sur ‘Wherever I May Roam‘ de Metallica, ces quelques notes venues d’ailleurs transcendent littéralement les morceaux en question. Le groupe a également fait d’énormes progrès pour nous proposer des introductions de chansons dans le plus pur style du Big Four : que ça soit sur ‘Lazarus‘, ‘Everything You Love‘, ‘Bloodlust‘ ou ‘Left for Dead‘, on sent dès les premières secondes de ces morceaux qu’un truc énorme est en train de se passer…

Comme vous devez vous en douter, ce disque est à de nombreux égards monumental. Rien qu’à la guitare, on frôle souvent le génie : Rob Arnold a pris une nouvelle envergure, avec des riffs étouffés plus lourds et plus incisifs que jamais. Son jeu est très carré, et on sent toute la rage mise dans chacun de ses coups de poignet (mais qu’a-t-il donc mangé pour accoucher de riffs aussi sanglants que ceux de ‘Save Ourselves‘ ou de ‘Everything You Love‘ ?). Loin de se limiter à la rythmique, le brun barbu s’affirme également comme l’un des meilleurs solistes de sa génération, avec un style rétro et un groove rappelant à de nombreux égards le jeu flamboyant de Kirk Hammett de 1986 (‘Bloodlust‘, ‘Save Ourselves‘). Outre Metallica, on pense à Machine Head (‘A Nation On Fire‘) sur l’intro de ‘Everything You Love‘ ainsi qu’à Slayer sur le solo final de ‘Inside The Horror‘. Mais c’est à peu près tout en ce qui concerne les influences : le reste du temps, Chimaira impose son son, avec cependant le côté intemporel des grands disques de métal des années 80.

En ce qui concerne le chant, Mark Hunter a définitivement abandonné ses refrains en voix claire : ici, tout est agression, quitte à paraître parfois un poil monotone… Il est clair que sa voix est particulière et difficile à apprécier, mais Mark insuffle une telle énergie aux chansons qu’on ne peut vraiment lui reprocher quoi que ce soit… Les samples sont quant à eux rares mais particulièrement efficaces (‘Lazarus‘), dans le sens où ils densifient encore plus le son du groupe.

Justement, puisqu’on parle de la production, et bien sachez qu’elle est énorme ! Merci à Ben Schiegel et Colin Richardson de nous proposer du métal avec un son aussi dantesque, ça fait du bien aux oreilles ! Parmi les déceptions, car il en faut, on pourra regretter que Kevin Talley soit si impersonnel à la batterie. Pas que le gars soit mauvais, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : simplement, ce monstre de technique se la joue petit bras et se contente de blaster sans vraiment imposer de style, contrairement à Andols Herrick qui possédait un vrai groove dans sa manière de jouer. Les compos sont certes plus axées sur les changements de rythme que par le passé, mais le côté mid tempo n’aide pas ce batteur rapide à s’exprimer pleinement. Dommage également qu’aucun instrumental ne soit pas de la partie, mais comme aiment le répéter les 2 leaders du groupe, Chimaira n’est pas là pour faire deux fois la même chose… Enfin, à l’écoute de certains titres à rallonge, on se demande parfois où va le groupe, et si à trop vouloir complexifier sa musique, Chimaira ne s’est pas un peu perdu en route (‘Bloodlust‘, ‘Comatose‘).

Chimaira‘ est donc un album plus dense que ses prédécesseurs, avec des tonnes de changements de rythme et des structures tout sauf linéaires. Il s’agit d’un disque profond et très difficile d’accès, comme ‘And Justice For All‘ de Metallica en son temps : les kids avides des hits MTV seront certainement déroutés par ce disque, et seuls les amateurs de compos torturées de plus de 5 minutes y trouveront vraisemblablement leur compte. J’avoue être partagé entre deux sentiments à l’écoute de ce disque : d’un côté, je prends un pied monstrueux quand j’entends ces structures et ces riffs tous plus excellents les uns que les autres, mais la partie critique qui se cache au fond de moi me fait tout de même dire que certains morceaux sont limites limites, et qu’on manque de 2 ou 3 grosses tueries à la TIOR (en gros j’adore les 2 premiers et les 2 derniers titres, et entre deux, je trouve ça seulement correct). Et oui, depuis le temps que j’attends ce disque, je rêvais tellement de l’album parfait que je ne peux être totalement satisfait. Même si le nirvana n’est pas encore atteint, il faut tout de même se rendre à l’évidence et admettre que ce disque marquera son époque, comme ‘Reign In Blood‘ et ‘Master of Puppets‘ en leur temps. Chimaira est passé à la vitesse supérieure, et s’affirme véritablement comme le nouveau leader d’une scène jusque là embourbée dans des schémas trop commerciaux. Quel groupe parvient aujourd’hui à nous faire autant vibrer avec du métal, dites-le moi, je cherche encore…