Taproot n’aurait jamais du faire carrière. Ca, c’est Fred Durst qui le disait à Stephen Richards sur son répondeur, dans un message devenu culte… Mais ‘Freddy les bons tuyaux’ n’a pas toujours raison, et en ce mois d’août 2005, le groupe du Michigan revient avec son troisième album sur une major. Le troisième album, on dit souvent que c’est un cap qui vous permet de savoir si oui ou non le groupe continuera sa carrière. ‘Blue-Sky Research‘, c’est son nom, va donc nous indiquer si Taproot a réussi à se détacher de son étiquette néo-métal, et surtout si le groupe a encore de l’avenir… C’est pas gagné.

Après une jolie intro annonciatrice de titres furieux, on déchante vite, car on se rend compte que Taproot s’est méchamment calmé. La plupart des titres sont en mid tempo, et les plans soft prédominent largement, à deux ou trois exceptions près (‘Facepeeler‘). Les guitares se sont adoucies, et leur prod manque cruellement de relief : si ce constat risque de ne pas plaire à tout le monde, il faut tout de même être honnête et reconnaître que le groupe possède désormais un son de guitare claire très doux et facilement reconnaissable (un peu à la manière des Lostprophets), et que la basse fait parfois mouche (‘Promise‘).

On se dit quand même que c’est bien dommage ce côté aseptisé, parce qu’à chaque fois que le groupe monte en régime, on retrouve ce qui faisait leur charme il y a à peine 3 ou 4 ans. On prend ainsi son pied sur ‘Nighmare‘, l’une des rares chansons qui retrouve l’atmosphère de ‘Gift‘ avec ses grosses guitares bien lourdes et sa structure alambiquée. Mais les deux meilleurs moments du disque restent assurément ‘Facepeeler‘ et ‘Blue-Sky Research/Whats Left‘ : ‘Facepeeler‘ fait ainsi très mal avec sa longue montée en puissance, ses guitares saccadées et son chant tout en contrastes. Le morceau éponyme est quant à lui divisé en deux sous-parties : après une partie instrumentale en guitare claire digne des deftones, Taproot retrouve l’énergie de ses débuts, avec un Stephen qui s’époumone littéralement sur les refrains…

Mais tout de même, cet album tourne un peu beaucoup en rond tout au long de ses 51 minutes. Le côté très soft marque une cassure définitive avec le son énervé de ‘Gift‘, et le chant de Stephen, moins nasal que par le passé, perd en personnalité. A part geindre, il faut bien dire qu’il ne fait pas grand chose, ce qui est vraiment bête quand on entend ses intonations presque tooliennes sur la très bonne ‘I Will Not Fall For You‘. Tout au plus, on pourra saluer le côté catchy de ses refrains, mais là encore, rien de vraiment exceptionnel.

Dans ce disque aseptisé, on a donc l’impression d’entendre tous les clichés du néo formaté pour jeunes filles de 15 ans : entre mélodies claires et refrains super tristes, on s’ennuie ferme et on se demande où est passé le groupe qui cassait la baraque sur ‘Smile‘. Pour vous dire, on se demande parfois si n n’est pas en train d’écouter une vulgaire collection de faces B sorties à la va-vite.. BSR est donc un album de néo-rock banal qui s’oublie aussi vite qu’il s’écoute. Dommage, vraiment dommage.