Pour la plupart des Européens, God Forbid n’évoque certainement pas grand chose : pour vous resituer, on peut dire que ce groupe s’inspire de Machine Head, le côté métalcore en plus. Aux USA, c’est une autre histoire : là-bas, le groupe est à peu près l’égal de Chimaira, et si l’écoute de ‘Gone Forever‘ nous laissait plutôt dubitatif quant à leur mérite, la sortie de leur quatrième album ne laisse plus aucun doute possible : ce groupe est grand !

Premier constat : God Forbid se révèle très adroit dans la composition d’intros et d’outros. Il n’est ainsi pas rare de voir débouler un petit passage acoustique en début ou en milieu de morceau, tandis que les outros au piano succèdent sans heurt aux plans les plus brutaux (‘The Lonely Dead‘, ‘Crucify Your Beliefs‘).

Sur les 10 titres présents, 8 font réellement figure de tueries, les seules un peu en-dessous du lot étant ‘Under This Flag‘ et ‘Constitution of Treason‘ (malgré sa très belle intro). Même placée en fin de disque, ‘Crucify Your Beliefs‘ marque clairement les esprits avec son intro acoustique et surtout son break apocalyptique. L’intro épique de ‘The Lonely Road‘ n’est pas en reste, avec son plan de batterie piqué à Chris Kontos et son riff typiquement suédois. Dans l’ensemble, les morceaux sont techniques et regorgent de breaks, ce qui donne une incroyable impression de densité, même pour les chansons de 4 minutes !

Tout au long de ces 50 minutes, les 5 musiciens regorgent d’inventivité et de technicité, notamment les deux frangins à la guitare : ces deux derniers nous proposent une déferlante de riffs plus transcendants les uns que les autres (mention spéciale à ‘Into The Wasteland‘), ainsi que des solos techniques, old school mais pas prétentieux (ex : ‘Chains of Humanity‘). Cela faisait vraiment longtemps qu’un disque de métal ne m’avait pas mis une telle claque à la guitare, le dernier Chimaira mis à part. Au chant, Byron Davis ne surprendra pas grand monde avec ses hurlements rauques, mais on retiendra surtout de ce disque les choeurs en voix claire des frères Coyle. Contrairement à la plupart des autres groupes de métalcore, le chant clair est ici un atout, dans le sens où il apporte un vrai plus aux compositions : on ne peut ainsi que s’incliner à l’écoute de ‘Divinity‘ et surtout ‘Welcome to the Apocalypse‘ (dont le début minimaliste ressemble d’ailleurs beaucoup à ‘Descend The Shades Of Night‘ de Machine Head). Sur ces 2 morceaux, le chant doux et presque plaintif colle parfaitement l’état de fin de monde décrit tout au long de l’album.

En effet, en plus de nous proposer des compositions épiques savoureuses à souhait, God Forbid nous a pondu un petit bijou de concept album décrivant un monde post-apocalyptique à la Mad Max, où les rares survivants d’une explosion nucléaire tentent d’éradiquer la religion pour gagner en liberté. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le constat final est plutôt pessimiste…

La production de Jason Suecof (Trivium) et Eric Rachel (Atreyu, The Dillinger Escape Plan) est d’excellente facture : si le son de guitare n’est pas aussi massif que celui du dernier Chimaira, les 2 producteurs compensent par un grosse présence de la basse. Il en ressort un son dense, énergique et parfaitement adapté au style rapide du groupe.

Avec ‘IV : Constitution of Treason‘, God Forbid vient tout simplement de signer un véritable chef d’oeuvre du métal, un album qu’on peut s’écouter pendant des heures sans jamais s’ennuyer. Ce disque a tout pour lui, et rien que pour ‘The End of the World ‘ et l’incroyable ‘Crucify Your Beliefs‘, il est absolument indispensable. Plus fort que Killswitch Engage, plus accrocheur que Chimaira, God Forbid entre définitivement dans le panthéon du métal.