In Flames, avec ses huit albums au compteur est en bonne voie pour devenir un groupe qui aura marqué l’histoire du métal. Néanmoins, pour beaucoup, depuis quelques albums déjà, le changement de cap qu’a effectué le groupe dans son style n’est pas le bienvenu : plus de mélodies, des titres plus formatés, etc… le quintet suédois essaie d’élargir son public et de sortir de son pays natal pour se plonger dans le mainstream et s’exporter. Mais cela se fera-t-il aux dépends de l’intégrité de sa musique ? Voyons si ce dernier opus, ‘Come Clarity‘, nous permet de trancher.

Car oui, même si ‘Reroute To Remains‘ était indéniablement un bon album, c’est aussi à partir de celui-ci que beaucoup d’amateurs du groupe ont commencé à râler : ‘Où sont les quelques bons riffs thrash de ‘Whoracle‘ ?’, ‘Que sont devenues les guitares au son bien oldschool de ‘The Jester Race‘ ?’, ‘Que viens faire le nom de Martine Aubry dans une chronique d’In Flames ?’ Je les entends encore… Et toutes ces critiques sont loin d’être infondées, puisque le son du groupe s’est en effet orienté vers quelque chose de beaucoup moins brut et bien plus grand public. Autant le dire tout de suite, ce n’est surement pas ‘Come Clarity‘ qui va inverser la tendance.

Pourtant, quand on entend le permier riff de ‘Take This Life‘, une énorme syncope éffrénée de tous les instruments en choeur, on ne peut que se dire que ça commence bien. Et quand on sait de quoi a déjà été capable le trio Frieden/Strömblad/Bergstrand dans le passé, on espère que du bon pour la suite. Et il est vrai qu’on ne peut pas lui reprocher grand-chose à ce titre d’ouverture qui fait aussi office de ‘single’ : ce fameux riff est terriblement entraînant et le refrain en voix claire est accrocheur. Pourtant la suite n’a rien d’aussi enthousiasmant.

Pour le dire simplement, le grand défaut de cet album est de céder si souvent à la facilité pour ce qui est de la composition. Alors oui, la production est parfaite, le son est énorme, ça fourmille de petits arrangements intéressants mais quand on écoute bien les riffs et les mélodies seuls, dépouillés de tous ces artifices, on se rend compte que ça ne vole pas si haut que ça. Pourtant la scène métal de Goteborg est renommée justement pour ses mélodies surprenantes, ses entrelacements de riffs à plusieurs guitares et compganie, non ? Et bien pour l’un des principaux représentants modernes de cette scène, In Flames ne semble pas avoir à offrir tant de choses surprenantes que ça. ‘Reflect The Storm‘, ses riffs hachés et son refrain en voix claire ont déjà été entendu des centaines de fois, tout comme la ballade insipide ‘Come Clarity‘, tout simplement ennuyeuse. Le groupe joue si souvent sur les cassures à la guitare rythmique comme celles du riff d’intro de ‘Pacing Death’s Trail‘ ou celles des couplets de ‘Crawl Through Knives‘ qu’on voit tout ça venir longtemps à l’avance.

Et puis il y a ces quelques moments sérieusement désagréables où l’on a cette impression iritante d’écouter du Evanescence. Ça commence sur ‘Dead End‘ avec l’arrivée en featuring de Lisa Miskovsky au chant, popstar suédoise de profession. L’idée était très bonne, puisque la demoiselle a une voix crystalline tout simplement magnifique… mais pourquoi faut-il que la musique tombe soudainement dans une soupe néo insupportable ? Et des refrains molassons comme ça il y en a malheureusement pas mal.

Mais attention, si cet album est propice à la critique, c’est surtout parce que quand on entend certains titres vraiment très bons, on ne peut que regretter encore plus tout le reste. Car oui, ‘Come Clarity‘ possède également quelques bonnes tueries comme sait les faire In Flames. ‘Vacuum‘, par exemple, nous sert du bon thrash enragé sur ses couplets plus percutants et un refrain mélant voix claire et hurlée. Mais surtout les guitares, pour une fois, se distinguent l’une de l’autre au lieu de simplement se contenter de l’unison certes plus facile à écouter mais tellement moins riche. De la même manière, ‘Versus Terminus‘ avec sa lead étrange ou ‘Scream‘ avec sa basse omniprésente surprennent agréablement. De manière générale, c’est bien la voix de Frieden qui sauve la situation la plupart du temps. Toujours aussi écorchée et aggressive lors des passages gueulés, Anders nous prouve également au passage qu’il n’est plus un débutant pour ce qui est du chant clair puisque la puissance et la justesse sont toujours au rendez-vous.

In Flames fait donc ce qu’il sait faire le mieux : du In Flames. Du coup, à moins d’avoir vécu dans une cave ces vingt dernières années, on est plus vraiment surpris. On leur accordera au moins le mérite d’avoir crée un style reconnaissable entre mille, mais maintenant il faudrait simplement songer à le renouveler un peu sans tomber dans les clichés. Parce qu’accroitre sa popularité c’est bien, mais accroitre sa popularité en restant fidèle à ses origines, c’est mieux. ‘Come Clarity‘ propose donc du bon métal bien mélodique par rapport à la moyenne de ce style en général, mais tout juste bon par rapport à la moyenne de la discographie d’In Flames.