Chroniquer un album de Tool n’est jamais facile tant le groupe semble en dehors du schéma musical traditionnel ! Je me contenterai donc de vous présenter cet album attendu de façon ‘sommaire’ tant la production est énorme et que cette chronique ne pourra jamais rendre honneur à tout ce travail. Et oui, on a beau faire, s’attaquer à Tool, c’est un peu comme vouloir chroniquer un long trip qui vous serait forcément propre. Alors après 5 années d’attente, bad trip ou bonne came ce ‘10,000 Days‘ ?

Une chose surprend d’abord, l’album est assez facile d’accès pour un Tool, oui, on s’étonne d’accrocher pratiquement de suite à ce nouvel opus. Entrons dans le vif du sujet avec le premier titre, ‘Vicarious‘, qui fait presque figure de titre intrus car bien qu’ayant ses propres qualités musicales, il semble s’inscrire dans la continuité la plus directe de l’album précédent, ‘Lateralus‘, ce qui peut surprendre tant la formation nous a habitués à proposer un son à chaque fois différent sur chaque album. Néanmoins, le titre n’est pas dénué d’intérêt car le morceau appuie déjà sur ce qui va se confirmer durant les 75 prochaines minutes, cette continuité musicale va se ressentir mais aussi et surtout, se faire plus recherchée et poussée. Dans tous les cas, la batterie de Carey est particulièrement mise à l’honneur sur cet opus et une nouvelle fois, on ressent la capacité des musiciens à faire de leurs instruments des entités capables de fusionner entre elles pour ne plus faire qu’une et nous donner cette impression de trip auditif, accentué bien souvent par la voix quasi mystique du chamane Maynard James Keenan.
Impression qui va se confirmer sur le second morceau, ‘Jambi‘, commençant sur un riff de guitare particulièrement lourde et qui se retrouve vite accompagnée d’une basse non moins puissante, titre où les instruments pèsent, une fois de plus, de tout leur poids sur la composition, mention spéciale à Adam Jones qui nous y offre sûrement l’un des meilleurs solos de l’album, solo dont il a le secret et durant lequel on se laisse volontiers emporter par une guitare rageuse, distordue qui semblerait presque, de manière primaire, s’exprimer d’elle-même ! Oui, c’est du bon, et comme on dit plus c’est long, plus c’est bon et dans ce registre on est servi car s’ensuivent deux titres propres à l’univers de la formation tel un schéma ‘Parabol‘ / ‘Parabola‘, ‘Wings For Marie (part 1)‘ et ‘10,000 Days (Wings part 2)‘ s’inscrivent dans une réelle continuité, grâce à des instruments au service d’une intro trippante et le développement de sa seconde partie, voyage spirituel de 11 minutes allant crescendo que Tool est l’un des rares groupes à pouvoir se permettre sans jamais ennuyer son auditeur.
Le titre suivant, ‘The Pot‘ risque de marquer les esprits avec sa superbe intro a cappella où la voix du chanteur est à peine reconnaissable, si les instrus ont leur importance dans le groupe, la qualité vocale de leur leader l’est tout autant, preuve en est encore une fois avec cet album, où ce chanteur décidément hors du commun, nous livre ici une prestation parfaite ! Puis vient le titre ‘Lost Keys‘ qui fait partie de ces morceaux à l’ambiance unique. Morceau qui en est un sans véritablement en être un, où on aurait presque l’impression d’être dans une sorte d’état auditif second, à la limite de l’état comateux dû à une éventuelle overdose, entendant les médecins et infirmières discuter autour de soi, à la fois présent et absent de la scène, le tout grâce à des guitares languissantes, calmes, douces et faux prélude au titre ‘Rosetta Stoned‘ où la voix de Maynard est méconnaissable, multiple, partout, accompagnée de guitares lourdes, entêtantes sur un titre qui devient vite organique, évoluant toujours et encore ! Bandant ? Oui carrément !
S’ensuit ‘Intension‘, encore un de ces morceaux instrus, trips à l’état pur dont on ne sait plus d’ailleurs, si on doit les définir comme morceaux ou voyages spirituels (à ce titre, on pourra évoquer le cabalistique ‘Lipan Conjuring‘ ou encore ‘Viginti Tres‘ d’une froideur clinique).
Right In Two‘ est le morceau qui porte sûrement le mieux son nom avec une composition littéralement divisée en deux parties, une première moitié douce, à la limite des morceaux les plus trippants d’A Perfect Circle (pour vous donner une idée, je pense à ‘The Package‘) avant une transition aux percus qui ne font qu’accentuer le côté tribal de l’album et que les guitares ne reprennent leurs droits avec des riffs metal et une fin de morceau revenant au style plus calme du début, m’évoquant par là-même une figure symbolique qui ne serait pas sans déplaire à la formation musicale; le symbole du serpent qui se mord la queue, l’Ouroboros.

Pour conclure, certains pourraient reprocher à cet album de ne pas proposer un son résolument nouveau. Oui, c’est vrai ‘10,000 Days‘ représente plus l’approfondissement de ‘Lateralus‘ et une recherche de perfection que les musiciens eux-mêmes avouent, le tout dans une quête d’album absolu, d’album plus en plus perfectionné mais Tool ne fait pas partie de ces groupes qui cèdent à la facilité et il faut parfois du temps pour apprécier à leurs justes valeurs ces oeuvres complexes et torturées. Néanmoins, ce dernier opus constitue une véritable perle dont la consommation n’est, elle, pas illégale et devrait même être prescrite chez tous les bons disquaires. Un ‘must have’ de cette année 2006 !